
Roman lu plusieurs fois, apprécié, reconnu.
Le 17 mars 1678 "La Princesse de Clèves" est mise en vente, sans nom d'auteur, uniquement avec l'avis du libraire. Le roman a eu la faveur immédiate des Modernes
et l'hostilité des Anciens. Il a déclenché des débats passionnés. Le but du groupe de Madame de la Fayette avait donc été atteint.
Thématique et symbolique du roman : il ne s'agit pas d'abord d'une thématique de l'amour comme on pourrait le croire mais de celle d'un conflit. Ce conflit oppose
deux codes : celui de la passion et celui de la bienséance sociale et morale. Une thématique moderne qui résonne encore clairement au XXIème siècle. La preuve, un film : "La Belle
personne".
Mais à l'intérieur de notre esprit - je crois que c'est à l'intérieur de notre esprit - il y a une
toute petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque j'imagine. Et il faut que nous
fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu'il y a dans nos coeurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l'aérer, changer l'eau des fleurs. En d'autres
termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque. Haruki Murakami, Kafka sur le rivage
A croire que tout est superficiel et rapide ici, nos tentatives pour cautériser le mal des profondeurs, comme nos échanges, nos
mots de tous les jours ou nos élans de coeur, des hamburgers à emporter, pour tromper notre faim, la vraie. Ludo Kaspar
Dans ces paysages faits de peu, je me sens chez moi, et marcher seul, au chaud sous la laine sur une route d’hiver, est un exercice
salubre et litanique qui donne à ce peu - en nous et au-dehors - sa chance d’être perçu, pesé juste, exactement timbré dans une partition plus vaste, toujours présente mais dont notre surdité
au monde nous prive trop souvent.
Nicolas Bouvier

Edmond Baudoin

L'été quand on roule, les couleurs se déplacent vite, il faut les prendre sans tarder...
Pour qu'un amour soit
inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant. Milan Kundera, L'Insoutenable légèreté de l'être.
A la radio, une dame noire chantait qu'aux petites heures de la nuit, quand tous les gens sont profondément endormis, tu restes éveillée dans ton lit et tu penses à lui, tu ne peux pas t'en
empêcher... J.-P. Manchette, Le petit bleu de la côte Ouest.
Les équations absurdes, pour lesquelles aucune solution ne
convient, sont qualifiées d'impossibles.
S. Larsson, La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et
d'une allumette

«Je ne sais pas parler objectivement de moi-même. Tout être vivant est une physiologie. Et si j'écris, c'est peut-être par besoin, par hygiène, comme on mange, comme on respire, comme on chante.
C'est peut-être par instinct; peut-être par spiritualité. Pangue lingua. Les animaux ont tant de manies ! C'est peut-être aussi pour m'entraîner, pour m'exciter - pour m'exciter à vivre, mieux,
tant et plus ! La littérature fait partie de la vie. Ce n'est pas quelque chose "à part". Je n'écris pas par métier. Vivre n'est pas un métier."
Blaise Cendrars
Ils ont quitté leur pays qu'ils aimaient, l'Italie. Mon papa est venu travailler en France, cet autre pays, où je suis né, où tu es
né. Il est venu avec sa force, il avait laissé ses rêves là-bas, de l'autre côté des montagnes. Il en avait gardé juste assez pour les donner à ses enfants...
Roberto, Edmond Baudoin - oct. 2007
Juillet 1993. Faisant les puces, je tombe sur un bouquin de Tolstoï, "Ibicus", édition de 1926 illustrée de gravures sur
bois. Bonne affaire : 3 francs ! A la maison, mince, j'avais pas fait gaffe, c'est pas le Tolstoï de "Guerre et paix", c'est pas Léon, c'est Alexis ! Allez, en attente : on le lira quand on
n'aura plus rien d'autre ! Trois mois passent, huit heures du soir, j'ai plus rien à lire, je me tape l'incunable. Au petit matin je le repose, fini... Coup de foudre ! La matière est là : c'est
décidé, je l'adapte... Pascal Rabaté
(...) En haut il fait bon, l’enfant s’amuse dans l’abri en pierre. L’homme pioche, se relève, éponge son front, ouvre sa chemise. L’air les enveloppe. Même le chien
s’allonge, paisible. Il sait, lui, qu’il ne faut jamais trop en demander.
L’homme s’assied sur une pierre cubique. Il sait, lui, que, quand on aime, il faut cultiver la terre, construire, même de l’éphémère.
L’enfant arrive essoufflé, il s’assied à côté de l’homme :
- Ça va ?
- Bien.
Extrait de Point de vue
H. Grillot
...Imaginez deux lignes. L'une représente l'horizon, l'autre la plage. Et dans un coin, une sorte de baraque qui fait office de café. Le décor est
planté...
... Je n’écris pas par désir, par habitude, par volonté, par métier. J’ai écrit parce que c’était la seule façon de parler en se taisant. Parler mutique, parler muet, guetter le mot qui manque,
lire, écrire, c’est le même.. Pascal Quignard, Le nom sur le bout de la langue

L'or pur se reconnaît à l'Epreuve. Léonard de Vinci
Faust demande passionnément à la vie que l'ambition absolue se réalise précisément en elle : qu'ici fermement il se
dresse, qu'a t-il besoin d'aller errer dans l'éternité, qu'il trouve sa peine et son bonheur à poursuivre son chemin. "Comme le monde devient infini, quand on peut une bonne fois s'en tenir fermement au fini."
Goethe
Elle aime, de la paume, caresser la pierre, caresser ce qu'il y a dans la maison de plus sûr et de plus durable. Ce qui peut vous porter longtemps comme un
navire...
Saint-Exupéry, Courrier sud
L’étymologie du mot originalité doit attirer notre
attention.
Elle évoque les “commencements”, une “instauration”, un retour, de
substance et de forme, aux origines.
(...) Les inventions esthétiques sont
“archaïques”.
Elles portent en elles la vibration d’une lointaine
source.
George Steiner, In Réelles présences
- Les arts du sens, Gallimard 1991
Bad news from the stars... Gainsbourg
Nous avions l'air de ne savoir ni l'un ni l'autre où nous allions. Calmement étonnés, nous regardâmes la vue du haut de la colline du cimetière, et bras dessus, bras dessous, nous descendîmes
jusqu'au champ brûlé par l'été et bronzé par septembre. Une cascade de couleurs se répandait sur les feuilles sèches et chantantes ; et je voulus alors que le juge entendît ce que Dolly m'avait
appris : que c'était une harpe d'herbes, une harpe qui récoltait, racontait, une harpe de voix qui se rappelait une histoire. Nous
écoutions.
Truman Capote, La Harpe d'herbes - Gallimard 1951
Nombril du continent poumon léger du monde et poussière
douce au pied
Cette route a beaucoup pour elle dans tous les axes de la boussole c'est l'espace et
l'éternité savanes couleur de cuir vautours en rond dans le ciel cannelle villages verts autour d'une flaque dieux érectiles couverts de minium
Nicolas Bouvier, Les Indes
galantes
Ici, c’est pas l’alcool qu’on doit chercher mais c’est l’ivresse.
Alors, lâchez-vous, lâchons-nous, bon dieu ! Arrêtons de grelotter du verbiage, d’ânonner du substantif... comme dans un salon de T
Avoir ou être, ma bonne Dame, là n’est plus la question !
Envoyez les couleurs !
Le Yang-tseu-kiang ou la Puerta del Sol... c’est ça qu’il nous faut, même quand, derrière nos barreaux, c’est juste un caniveau...
H Grillot
Extrait de Des singes en hiver (catégorie Credo)
Les nouvelles qui nous parvenaient étaient angoissantes. Pourtant, je garde de ma mère à
cette époque le souvenir d'une femme gaie et insouciante, qui jouait des airs à la guitare et chantait. Elle aimait lire aussi, et c'est d'elle que j'ai reçu la conviction que la réalité est un
secret, et que c'est en rêvant qu'on est près du monde. J. M. G. Le Clézio, Ourania
Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journée est
faite ; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. [...] Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'œil furieux : sur mon
masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Arthur Rimbaud, « Mauvais sang », Une saison en enfer, 1873.
Je suis le défaut dans l'armure. Je suis la lucarne dans la
prison. Je suis l'erreur dans le calcul, je suis la vie. Antoine de Saint-Exupéry
Prayers for rain Pictures of you The same deep water as you The Cure
A chacun de nous, quand il vient sur la terre, un lapin de lune est donné. Nous lui courons après en étendant les bras. Certains rient, d'autres tombent. Mais la
terre est ronde. Et peu d'entre nous savent qu'en réalité, le lapin ne se sauve pas. Il essaie seulement de nous rattraper, lui aussi.
Alain Gerber, Le lapin de lune
Ici le temps n'est plus le même. Il faut se dépouiller, se laver pour entrer dans le domaine de la mémoire. Nous faisons ce voyage ensemble, mais, pour Jemia, il
s'agit d'un tout autre parcours. Elle n'avance pas seulement sur cette route, vers Smara et la Saguia el Hamra. Elle remonte aussi le courant de l'histoire, de sa propre histoire, afin de trouver
la trace de sa famille qui a quitté cette terre pour émigrer vers les pays du nord, vers les villes. (Extrait de Gens des nuages, Jemia et J.M.G.
Le Clézio, Gallimard 1997)
Lalla ne parle pas, maintenant, elle n'a pas envie de parler. Comme le Hartani, elle est du côté de la nuit. Son regard est sombre comme la nuit, sa peau est couleur
d'ombre. Désert, J.M.G. Le Clézio, Gallimard 1985
Comme le firent nos ancêtres il y a deux millions d’années, regardons les loups. Contemplons-les. Haïs parfois, traqués hélas, ils continuent, dans l’absolue
liberté de leurs courses et de leurs amours, à nous apprendre ce sens qui se dérobe à nous, qui nous échappe, qui nous effraie et que nous entendons pourtant, certaines nuits de lune, quand ils
hurlent sous le ciel : le paradis est ici, là où ils sont. Hélène Grimaud...
«Le désert n'est jamais plus beau que dans le clair-obscur de l'aube ou du crépuscule. [...] L'apparition du jour promet un changement, mais, lorsqu'il a atteint sa
plénitude, l'observateur le soupçonne d'être le même, revenu une fois de plus, ce jour qu'il a vécu et revécu, solitaire, ce jour aveuglant que le temps n'a pas terni» Paul Bowles,
Un thé au Sahara
« Quand j'écris, je suis transformée, ça fait changer des choses dans ma vie. Je
sens comment ça me met en mouvement... Mais l'accepter ce n'est pas forcément évident, il faut avoir une terre solide derrière soi. » Jeanne Benameur (Entretien pour La Bibliothèque de l'éducation de l'IUFM de l'Académie de
Lyon).
Come As You are, Nirvana
Ainsi te sens-tu emporté dans cette migration intérieure dont nul jamais ne t'a parlé. Prêt pour des noces dont tu ignores tout, mais auxquelles il faut bien
que tu répondes : "On y va ? On y va." Et tu y es allé. Tu es parti en direction d'un front de guerre dont tu ne savais rien. Tu t'es mis en route, nécessairement, semblable à ce peuple d'argent
qui luit, à travers champs, en marche vers la mer, ou comme dans le ciel, ce triangle noir. Que cherchais-tu ? Cette nuit-ci, tu étais presque au but. Qu'as-tu donc découvert en toi qui était si
près d'apparaître ? Saint-Exupéry, Un sens à la vie (Reportages), Gallimard
1956
Vous aimez un homme autre que votre mari. Eh bien allez à lui. Celui que vous n'aimez pas, vous êtes sa prostituée. Celui que vous aimez vous êtes sa femme. Dans
l'union des sexes, le coeur est la loi. Aimez et pensez librement. Victor Hugo, Océan prose 1864
[...] Une oeuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l'art les deux ou trois images simples et grandes sur
lesquelles le coeur, une première fois, s'est ouvert.
(A. Camus - L'envers et l'endroit (Préface), p.31, Folio-essais n°41)
Qu'est-ce que la vie ? C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit. C'est le souffle d'un bison en hiver. C'est la petite ombre qui court dans l'herbe et se perd
au coucher du soleil.
Crowfoot, chef lackfeet Indien d'Amérique
Née d'un sentiment, l'idée du son précède son émission. Léonard de Vinci disait que l'émotion est la base de tout exercice. Jordy
Savall (musicien, spécialiste de la viole de gambe et du compositeur Marin Marais dont il a rendu célèbre la musique en créant la bande-son du film Tous les
matins du monde de Corneau.
Nous avons connu cette petite fille qui court moins vite que les autres. Là-bas les autres jouent. "Attendez-moi ! Attendez-moi !" mais elle est un peu en retard, on
va se lasser de l'attendre, on va la laisser en arrière, on va l'oublier seule au monde. Comment la rassurerait-on ? Cette forme d'angoisse est inguérissable. Car si, maintenant, elle
prend part au jeu, et devrait partir, et tarde à partir, elle va lasser ses amis ! Déjà ils murmurent entre eux, déjà ils la regardent de travers... Ils vont encore la laisser seule au monde
!
Saint-Exupéry, Un sens à la vie
Il faut trouver un sens à ta vie
et tu le trouves à l'intérieur pas à l'extérieur
quand tu le trouves
rien n'est gagné
mais tu obtiens une grande force
un peu comme celle que tu peux trouver lorsque tu n'as plus rien à perdre
et d'ailleurs c'est bien celle-là
mais sans violence
Tu as l'écriture, la lecture pour t'aider
crois-moi, elle peuvent te sauver la vie
alors écris, lis, cultive-toi, sois gentil avec toi.
Cathy GARCIA
Toute personne capable d’écrire une page de prose ajoute quelque chose à nos vies. Raymond Chandler
A Camilla, avec tout mon amour
Arturo
Toujours avec le livre j'ai fait une centaine de pas vers le sud-est, là où tout n'était que désolation. De toutes mes forces je l'ai jeté le plus loin que j'ai pu
dans la direction qu'elle avait prise. Sur ce, je suis monté en voiture, j'ai fait démarrer le moteur, et je suis rentré à Los Angeles.
John Fante, Ask the Dust
Tu marches en attente, l'amour est ton sang et c'est tout. Cesare Pavese
Nous pensons à la vie comme à un solide immuable et nous sommes sidérés quand le temps nous apprend qu'il s'agit d'un liquide.
Jim Harrison, The road home
- Dis-moi ce qu'ils t'ont fait !
- Non. A toi, je ne peux pas le dire. T'as la voix du bonheur.
Clotilde Bernos, écrivain jeunesse habitant en Provence, sa fiche "auteur" sur Ricochet :
http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?id=1312
En mourant nous emportons avec nous la richesse des amants et des tribus, les saveurs que nous avons goûtées, les corps dans lesquels nous avons plongé et que nous
avons remonté à la nage comme s'ils étaient des fleuves de sagesse, les personnages dans lesquels nous avons grimpé comme s'ils étaient des arbres, les peurs dans lesquelles nous nous sommes
terrés comme si elles étaient des grottes. Je souhaite que tout cela soit inscrit dans ma chair...
M. Ondaatje, Le Patient anglais (l'Homme flambé)
Ecrire c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens, s'abstient de répondre. La réponse,
c'est chacun de nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté ; mais comme histoire, langage et liberté changent infiniment, la réponse du monde à l'écrivain est
infinie : on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse : affirmés, puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure.
Roland Barthes
Quand on prend de la hauteur, les murs cessent d'exister.
Wim Wenders, Les Ailes du désir
Oscar et moi nous sommes partis. Un hiver dans les neiges de Montréal, un été sur les routes d'Amérique, une saison à Montmartre, une autre en pleine montagne... Comment s'aimer, comment rester
libre dans ce monde, comment résister aux contraintes de l'argent, du mensonge, de la peur ? Il n'y a pas de modèle, il faut inventer ses amours, inventer sa vie.
Alina Reyes, Quand tu aimes, il faut partir
Une sensation de sécurité, de bien-être, de chaleur estivale, se répand dans ma mémoire. Vigoureuse réalité qui fait du présent un fantôme. Le miroir déborde de
lumière : un bourdon est entré dans la pièce et cogne contre le plafond. Tout est bien, rien ne changera jamais, personne jamais ne mourra.
Vladimir Nabokov, Autres Rivages, Autobiographie, coll. Folio p. 97 - Gallimard 1991
Nous rêvons
d'un lecteur parfait.
Supérieur à nous.
Meilleur aussi que la propre lecture faite par nous-même.
Nous écrivons pour lui même s'il n'existe pas.
Nous ne pouvons pas ne pas ressentir sa présence cachée derrière ce silence que les mots entraînent comme une tunique fendue.
Si nous persistons dans ce métier désolé d'ériger des tours sans échafaudage,
peut-être que le lecteur absent se réveillera un jour là où le lecteur n'est plus nécessaire, puisqu'à la fin toute lecture se lit seule.
Roberto Juarroz. Dernier recueil, Quatorzième poésie verticale
Etre fasciné par la Sakountala, de Camille Claudel,
par l'ange noir de Budapest, par l'homme tzigane qui
joue sa vie sur les cordes d'un violon, aux abords du Danube...
Se souvenir du sable profond qui glisse entre les doigts comme de l'eau vive...
Se souvenir que pour aimer, il faut être libre... et que pour être libre, il faut être vivant.