JOURNAL DE BERLIN, ALONA KIMHI

Publié le par Mireille Disdero

 

À Berlin, avant que la nuit tombe, on sent une forte odeur de suie. De charbon. Ici, on se chauffe au charbon et l’odeur s’accroche aux molécules de l’air.

Mais je suis un être médiocre. J’intériorise l’essence de cette ville et de ses habitants à travers des détails insipides. Ce qui m’excite vraiment, ce sont les petits flacons de shampooing, le chausse-pied, les verres et les minuscules cendriers portant, en lettres d’imprimerie élégantes et discrètes, le nom de l’hôtel Unter den Linden.

Sans aucun doute, über alles. Impossible d’être à Berlin sans penser à Berlin. Impossible d’être à Berlin sans marquer sa place dans la ville, comme dans un tableau achevé où le personnage que vous êtes rejoint les autres plus tard, à une place qui lui est réservée sur la toile.

Quand j’écarte le rideau de ma chambre, je vois un énorme mur gris sans fenêtres, mais je n’éprouve aucune angoisse. Bizarrement, j’appartiens à cet endroit.

Alona Kimhi, Journal de Berlin, Gallimard 2008

 

 

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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