CHRONIQUE, BANGKOK : ÉCRITS SANS PAPIERS

Publié le par Mireille Disdero

Dans le n°18 du Magazine Un tuk tuk pour Bangkok, en janvier 2016, Pascal Brousse (rédacteur en chef de la revue) écrit une belle et pertinente chronique du recueil Ecrits sans papiers. Pour la route, entre Marrakech et Marseille, éditions La Boucherie Littéraire (nov. 2015)

Mireille Disdero, en une cinquantaine de pages d'écrits pointillistes, accroche au papier des bribes de souvenirs, des images du Maroc et de la Provence. Ces notes brèves, manières de poèmes en prose, croquent des détails, des personnages, des objets à la fois juste entrevus et cependant percés jusque dans leur signification.

Il y a dans ces écrits une exigence qui se dit dérisoire. Dans le titre, dès l'introduction nous sommes prévenus : "... mon témoignage de vie restera sans papiers. L'important n'est pas écrit."

Mais est-ce si vrai ? Ecrire, pour Mireille Disdero, c'est aussi retirer la peau des choses pour nous montrer ce qu'elle voit dessous. N'est-ce pas d'ailleurs l'essence même de la poésie ?

Il y a des personnages, un gardien de musée "Vieil homme pour ceux qui ont de l'argent, pour les étrangers.", des filles "au regard ourlé de khôl (qui) s'affrontent en embarquant", un couple en désarroi "Au second une femme hurle à sa fenêtre, vidant sa haine sur l'homme... De ses yeux de chien il larmoie : ma douce, ma petite, mon miel...". Tous sont saisis avec tendresse et respect.

Des animaux aussi, dans leur compagnonnage avec l'homme ou au contraire dans leur distance "Midi brûle, on croise un dromadaire chevelu, basané comme nous, assis dans la poussière, un bouddha souriant.". "... une famille entière de geckos qui existaient sans tapage et en harmonie avec nous.". L'auteur nous parle bien sûr de la lumière du sud "Un ciel sans bavure et sans faux-semblant." et encore "Le sud lie ton corps au soleil et la lumière en voyage vient boire dans ta main.". Où l'on sent que la Méditerranée est la mer où son coeur aime à se baigner.

Je crois qu'il faut lire Ecrits sans papiers très lentement. S'arrêter un peu après chaque "témoignage" et prendre le temps de recréer avec ses propres matériaux, mémoire ou imagination, ce qui n'est écrit que si partiellement. De cette manière, les mots apparemment légers vont retrouver toute leur densité car, comme toujours dans la poésie, rien n'est totalement donné dans le texte, juste des portes entr'ouvertes, des images - j'entends des métaphores - qu'il appartient au lecteur de faire siennes puis de transformer.

A lire au calme, dans la durée donc. Mireille Disdero nous montre des chemins ensoleillés, à nous de les suivre à notre façon.

Pascal Brousse. Bangkok, Thaïlande.

Un Tuk Tuk pour Bangkok, janvier 2016 (N°18)

Un Tuk Tuk pour Bangkok, janvier 2016 (N°18)

Publié dans NOTES DE LECTURE

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