TU VIVRAS MON FILS - PIN YATHAY - TEMOIGNAGE (CAMBODGE)

Publié le par Mireille Disdero

... Soudain, alors que je descendais une pente dans ce paysage vallonné, j'entendis un bruit, un lointain ronronnement mécanique. Plus j'allais bas, plus le son diminuait. Quand je montais de nouveau, il reprenait. Plus haut je grimpais, plus il était distinct. Il semblait venir de l'ouest, droit devant. Je me demandais si l'épuisement me provoquait des hallucinations. Non : le vrombissement distant, persistant et étouffé était bien réel.

Tout à coup je débouchai des arbres, au bord du plateau. En face, se déployait un spectacle magnifique, spectacle dont j'avais tant rêvé, que j'avais tellement désespéré de voir un jour. Plus de mille mètres plus bas, au pied d'une chaîne montagneuse, au-delà de la forêt, s'étirait une autoroute où la circulation grondait, des maisons de poupées éparpillées au milieu des champs et, au loin, la mer.

La Thaïlande.

... Je gagnais le bas-côté à quatre pattes et, toujours à genoux, je vis une voiture passer. Un camion fila dans la direction opposée.

Je roulais sur moi-même et restai étendu sur le dos, trop exténué pour bouger, la tête tournée vers l'autoroute, contemplant le spectacle féerique de la circulation : motos, taxis, voitures, camions. Je me sentais renaître, aussi heureux que si j'étais arrivé au paradis.

Nous étions le 22 juin 1977 et j'étais libre, enfin.

Extrait de Tu vivras, mon fils, Pin Yathay (Editions de L'Archipel 2000)

Dans ce récit, l'auteur témoigne du génocide cambodgien par les Khmers rouges avec leur "révolution" meurtrière. En quelques années seulement, près d'un tiers des Cambodgiens meurent sous le régime de Pol Pot... 

L'auteur remercie les pays comme la Thaïlande qui ont accepté d'accueillir les réfugiés cambodgiens.

TU VIVRAS MON FILS - PIN YATHAY - TEMOIGNAGE (CAMBODGE)

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