Présentation

Les mots sillons



Pour qu'un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant. Milan Kundera, L'Insoutenable légèreté de l'être.


A la radio, une dame noire chantait qu'aux petites heures de la nuit, quand tous les gens sont profondément endormis, tu restes éveillée dans ton lit et tu penses à lui, tu ne peux pas t'en empêcher... J.-P. Manchette, Le petit bleu de la côte Ouest.



Les équations absurdes, pour lesquelles aucune solution ne convient, sont qualifiées d'impossibles.
S. Larsson, La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

 

 

lisbeth-salender.jpg




«Je ne sais pas parler objectivement de moi-même. Tout être vivant est une physiologie. Et si j'écris, c'est peut-être par besoin, par hygiène, comme on mange, comme on respire, comme on chante. C'est peut-être par instinct; peut-être par spiritualité. Pangue lingua. Les animaux ont tant de manies ! C'est peut-être aussi pour m'entraîner, pour m'exciter - pour m'exciter à vivre, mieux, tant et plus ! La littérature fait partie de la vie. Ce n'est pas quelque chose "à part". Je n'écris pas par métier. Vivre n'est pas un métier."

Blaise Cendrars


affichePhoto-baudoin.jpgIls ont quitté leur pays qu'ils aimaient, l'Italie. Mon papa est venu travailler en France, cet autre pays, où je suis né, où tu es né. Il est venu avec sa force, il avait laissé ses rêves là-bas, de l'autre côté des montagnes. Il en avait gardé juste assez pour les donner à ses enfants...
Roberto, Edmond Baudoin - oct. 2007


  

Juillet 1993. Faisant les puces, je tombe sur un bouquin de Tolstoï, "Ibicus", édition de 1926 illustrée de gravures sur bois. Bonne affaire : 3 francs ! A la maison, mince, j'avais pas fait gaffe, c'est pas le Tolstoï de "Guerre et paix", c'est pas Léon, c'est Alexis ! Allez, en attente : on le lira quand on n'aura plus rien d'autre ! Trois mois passent, huit heures du soir, j'ai plus rien à lire, je me tape l'incunable. Au petit matin je le repose, fini... Coup de foudre ! La matière est là : c'est décidé, je l'adapte... Pascal Rabaté 


 

(...) En haut il fait bon, l’enfant s’amuse dans l’abri en pierre. L’homme pioche, se relève, éponge son front, ouvre sa chemise. L’air les enveloppe. Même le chien s’allonge, paisible. Il sait, lui, qu’il ne faut jamais trop en demander.

 

L’homme s’assied sur une pierre cubique. Il sait, lui, que, quand on aime, il faut cultiver la terre, construire, même de l’éphémère.

 

L’enfant arrive essoufflé, il s’assied à côté de l’homme :

 

- Ça va ?

 

- Bien.

 

 

 

Extrait de Point de vue

 
H. Grillot

 

 



...Imaginez deux lignes. L'une représente l'horizon, l'autre la plage. Et dans un coin, une sorte de baraque qui fait office de café. Le décor est planté...



    

Couverture BD Café de la plage (Le) - (Intégrale) : Le café de la plage

 



... Je n’écris pas par désir, par habitude, par volonté, par métier. J’ai écrit parce que c’était la seule façon de parler en se taisant. Parler mutique, parler muet, guetter le mot qui manque, lire, écrire, c’est le même.. Pascal Quignard,
Le nom sur le bout de la langue




L'or pur se reconnaît à l'Epreuve. Léonard de Vinci


Faust demande passionnément à la vie que l'ambition
absolue se réalise précisément en elle : qu'ici fermement il se dresse, qu'a t-il besoin d'aller errer dans l'éternité, qu'il trouve sa peine et son bonheur à poursuivre son chemin. "Comme le monde devient infini, quand on peut une bonne fois s'en tenir fermement au fini."

Goethe

 

Elle aime, de la paume, caresser la pierre, caresser ce qu'il y a dans la maison de plus sûr et de plus durable. Ce qui peut vous porter longtemps comme un navire...

Saint-Exupéry, Courrier sud


L’étymologie du mot originalité doit attirer notre attention.

Elle évoque les “commencements”, une “instauration”, un retour, de substance et de forme, aux origines.

(...) Les inventions esthétiques sont “archaïques”.

Elles portent en elles la vibration d’une lointaine source.

George Steiner, In Réelles présences - Les arts du sens, Gallimard 1991

 


Bad news from the stars... Gainsbourg


Nous avions l'air de ne savoir ni l'un ni l'autre où nous allions. Calmement étonnés, nous regardâmes la vue du haut de la colline du cimetière, et bras dessus, bras dessous, nous descendîmes jusqu'au champ brûlé par l'été et bronzé par septembre. Une cascade de couleurs se répandait sur les feuilles sèches et chantantes ; et je voulus alors que le juge entendît ce que Dolly m'avait appris : que c'était une harpe d'herbes, une harpe qui récoltait, racontait, une harpe de voix qui se rappelait une histoire.
Nous écoutions.

Truman Capote, La Harpe d'herbes - Gallimard 1951

 

 

 


Nombril du continent poumon léger du monde et poussière douce au pied

Cette route a beaucoup pour elle dans tous les axes de la boussole c'est l'espace et l'éternité savanes couleur de cuir vautours en rond dans le ciel cannelle villages verts autour d'une flaque dieux érectiles couverts de minium

Nicolas Bouvier, Les Indes galantes




Ici, c’est pas l’alcool qu’on doit chercher mais c’est l’ivresse.

Alors, lâchez-vous, lâchons-nous, bon dieu ! Arrêtons de grelotter du verbiage, d’ânonner du substantif... comme dans un salon de T

Avoir ou être, ma bonne Dame, là n’est plus la question !

Envoyez les couleurs !

Le Yang-tseu-kiang ou la Puerta del Sol... c’est ça qu’il nous faut, même quand, derrière nos barreaux, c’est juste un caniveau...

Hervé Grillot

Extrait de Des singes en hiver (catégorie Credo)

 

Les nouvelles qui nous parvenaient étaient angoissantes. Pourtant, je garde de ma mère à cette époque le souvenir d'une femme gaie et insouciante, qui jouait des airs à la guitare et chantait. Elle aimait lire aussi, et c'est d'elle que j'ai reçu la conviction que la réalité est un secret, et que c'est en rêvant qu'on est près du monde. J. M. G. Le Clézio, Ourania

 

Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journée est faite ; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. [...] Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'œil furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Arthur Rimbaud, « Mauvais sang », Une saison en enfer, 1873.

 

Je suis le défaut dans l'armure. Je suis la lucarne dans la prison. Je suis l'erreur dans le calcul, je suis la vie. Antoine de Saint-Exupéry 

 

Prayers for rain Pictures of you The same deep water as you The Cure

  

A chacun de nous, quand il vient sur la terre, un lapin de lune est donné. Nous lui courons après en étendant les bras. Certains rient, d'autres tombent. Mais la terre est ronde. Et peu d'entre nous savent qu'en réalité, le lapin ne se sauve pas. Il essaie seulement de nous rattraper, lui aussi.

                                                             Alain Gerber, Le lapin de lune

 

Ici le temps n'est plus le même. Il faut se dépouiller, se laver pour entrer dans le domaine de la mémoire. Nous faisons ce voyage ensemble, mais, pour Jemia, il s'agit d'un tout autre parcours. Elle n'avance pas seulement sur cette route, vers Smara et la Saguia el Hamra. Elle remonte aussi le courant de l'histoire, de sa propre histoire, afin de trouver la trace de sa famille qui a quitté cette terre pour émigrer vers les pays du nord, vers les villes. (Extrait de Gens des nuages, Jemia et J.M.G. Le Clézio, Gallimard 1997)

 

Lalla ne parle pas, maintenant, elle n'a pas envie de parler. Comme le Hartani, elle est du côté de la nuit. Son regard est sombre comme la nuit, sa peau est couleur d'ombre. Désert, J.M.G. Le Clézio, Gallimard 1985

 

 Comme le firent nos ancêtres il y a deux millions d’années, regardons les loups. Contemplons-les. Haïs parfois, traqués hélas, ils continuent, dans l’absolue liberté de leurs courses et de leurs amours, à nous apprendre ce sens qui se dérobe à nous, qui nous échappe, qui nous effraie et que nous entendons pourtant, certaines nuits de lune, quand ils hurlent sous le ciel : le paradis est ici, là où ils sont.  Hélène Grimaud...

 

«Le désert n'est jamais plus beau que dans le clair-obscur de l'aube ou du crépuscule. [...] L'apparition du jour promet un changement, mais, lorsqu'il a atteint sa plénitude, l'observateur le soupçonne d'être le même, revenu une fois de plus, ce jour qu'il a vécu et revécu, solitaire, ce jour aveuglant que le temps n'a pas terni» Paul Bowles, Un thé au Sahara

 

« Quand j'écris, je suis transformée, ça fait changer des choses dans ma vie. Je sens comment ça me met en mouvement... Mais l'accepter ce n'est pas forcément évident, il faut avoir une terre solide derrière soi. » Jeanne Benameur (Entretien pour La Bibliothèque de l'éducation de l'IUFM de l'Académie de Lyon).

 

Come As You are, Nirvana

 

A croire que tout est superficiel et rapide ici, nos tentatives pour cautériser le mal des profondeurs, comme nos échanges, nos mots de tous les jours ou nos élans de coeur, des hamburgers à emporter, pour tromper notre faim, la vraie.  Ludo K.  

 

 Ainsi te sens-tu emporté dans cette migration intérieure dont nul jamais ne t'a parlé. Prêt pour des noces dont tu ignores tout, mais auxquelles il faut bien que tu répondes : "On y va ? On y va." Et tu y es allé. Tu es parti en direction d'un front de guerre dont tu ne savais rien. Tu t'es mis en route, nécessairement, semblable à ce peuple d'argent qui luit, à travers champs, en marche vers la mer, ou comme dans le ciel, ce triangle noir. Que cherchais-tu ? Cette nuit-ci, tu étais presque au but. Qu'as-tu donc découvert en toi qui était si près d'apparaître ?     Saint-Exupéry, Un sens à la vie (Reportages), Gallimard 1956              

Vous aimez un homme autre que votre mari. Eh bien allez à lui. Celui que vous n'aimez pas, vous êtes sa prostituée. Celui que vous aimez vous êtes sa femme. Dans l'union des sexes, le coeur est la loi. Aimez et pensez librement. Victor Hugo, Océan prose 1864

[...] Une oeuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l'art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le coeur, une première fois, s'est ouvert.
(A. Camus - L'envers et l'endroit (Préface), p.31, Folio-essais n°41) 

 
Pour écrire, il faut aimer, et pour aimer il faut comprendre.
John Fante, Mon chien Stupide, trad. Brice Matthieussent , p.142, 10|18  

 

 Qu'est-ce que la vie ? C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit. C'est le souffle d'un bison en hiver. C'est la petite ombre qui court dans l'herbe et se perd au coucher du soleil.

Crowfoot, chef lackfeet Indien d'Amérique

 

Née d'un sentiment, l'idée du son précède son émission. Léonard de Vinci disait que l'émotion est la base de tout exercice. Jordy Savall (musicien, spécialiste de la viole de gambe et du compositeur Marin Marais dont il a rendu célèbre la musique en créant la bande-son du film Tous les matins du monde de Corneau.       

 

Nous avons connu cette petite fille qui court moins vite que les autres. Là-bas les autres jouent. "Attendez-moi ! Attendez-moi !" mais elle est un peu en retard, on va se lasser de l'attendre, on va la laisser en arrière, on va l'oublier seule au monde. Comment la rassurerait-on ? Cette forme d'angoisse est inguérissable. Car si, maintenant, elle prend part au jeu, et devrait partir, et tarde à partir, elle va lasser ses amis ! Déjà ils murmurent entre eux, déjà ils la regardent de travers... Ils vont encore la laisser seule au monde !

Saint-Exupéry, Un sens à la vie

 

 

Il faut trouver un sens à ta vie
et tu le trouves à l'intérieur pas à l'extérieur

quand tu le trouves
rien n'est gagné
mais tu obtiens une grande force

un peu comme celle que tu peux trouver lorsque tu n'as plus rien à perdre
et d'ailleurs c'est bien celle-là
mais sans violence

Tu as l'écriture, la lecture pour t'aider
crois-moi, elle peuvent te sauver la vie

alors écris, lis, cultive-toi, sois gentil avec toi.

Cathy GARCIA

 

Toute personne capable d’écrire une page de prose ajoute quelque chose à nos vies. Raymond Chandler  

 

 A Camilla, avec tout mon amour

Arturo

Toujours avec le livre j'ai fait une centaine de pas vers le sud-est, là où tout n'était que désolation. De toutes mes forces je l'ai jeté le plus loin que j'ai pu dans la direction qu'elle avait prise. Sur ce, je suis monté en voiture, j'ai fait démarrer le moteur, et je suis rentré à Los Angeles.

John Fante, Ask the Dust

 

 Tu marches en attente, l'amour est ton sang et c'est tout. Cesare Pavese

 

Nous pensons à la vie comme à un solide immuable et nous sommes sidérés quand le temps nous apprend qu'il s'agit d'un liquide.

Jim Harrison, The road home

 

 - Dis-moi ce qu'ils t'ont fait !

- Non. A toi, je ne peux pas le dire. T'as la voix du bonheur.

Clotilde Bernos, écrivain jeunesse habitant en Provence, sa fiche "auteur" sur Ricochet :

http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?id=1312

 

En mourant nous emportons avec nous la richesse des amants et des tribus, les saveurs que nous avons goûtées, les corps dans lesquels nous avons plongé et que nous avons remonté à la nage comme s'ils étaient des fleuves de sagesse, les personnages dans lesquels nous avons grimpé comme s'ils étaient des arbres, les peurs dans lesquelles nous nous sommes terrés comme si elles étaient des grottes. Je souhaite que tout cela soit inscrit dans ma chair...

 M. Ondaatje, Le Patient anglais (l'Homme flambé)

 

Ecrire c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens, s'abstient de répondre. La réponse, c'est chacun de nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté ;  mais comme histoire, langage et liberté changent infiniment, la réponse du monde à l'écrivain est infinie : on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse : affirmés, puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure.

Roland Barthes

 

Quand on prend de la hauteur, les murs cessent d'exister.

Wim Wenders, Les Ailes du désir

 

Oscar et moi nous sommes partis. Un hiver dans les neiges de Montréal, un été sur les routes d'Amérique, une saison à Montmartre, une autre en pleine montagne... Comment s'aimer, comment rester libre dans ce monde, comment résister aux contraintes de l'argent, du mensonge, de la peur ? Il n'y a pas de modèle, il faut inventer ses amours, inventer sa vie.

Alina Reyes, Quand tu aimes, il faut partir 

 

Une sensation de sécurité, de bien-être, de chaleur estivale, se répand dans ma mémoire. Vigoureuse réalité qui fait du présent un fantôme. Le miroir déborde de lumière : un bourdon est entré dans la pièce et cogne contre le plafond. Tout est bien, rien ne changera jamais, personne jamais ne mourra.

Vladimir Nabokov,  Autres Rivages, Autobiographie, coll. Folio p. 97 - Gallimard 1991

 

Nous rêvons

d'un lecteur parfait.
Supérieur à nous.
Meilleur aussi que la propre lecture
faite par nous-même.

Nous écrivons pour lui même s'il n'existe pas.
Nous ne pouvons pas ne pas ressentir sa présence cachée derrière ce silence que les mots entraînent comme une tunique fendue.

Si nous persistons dans ce métier désolé d'ériger des tours sans échafaudage,
peut-être que le lecteur absent se réveillera un jour là où le lecteur n'est plus nécessaire, puisqu'à la fin toute lecture se lit seule.


Roberto Juarroz. Dernier recueil, Quatorzième poésie verticale

 

Etre fasciné par la Sakountala, de Camille Claudel,

par l'ange noir de Budapest, par l'homme tzigane qui

joue sa vie sur les cordes d'un violon, aux abords du Danube...

Se souvenir du sable profond qui glisse entre les doigts comme de l'eau vive...

Se souvenir que pour aimer, il faut être libre... et que pour être libre, il faut être vivant.

 

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Jeudi 31 août 2006

 

Passeur d'Indigo  -  Amateur de texte tissu  -  Rivière d'encre sur les doigts Underwood  -  Ma machine à t'écrire au langage liquide  -  Plante un port bleu Méditerranée  -  Je suis bleue comme l'enfer...

Myriem Roussel 

 

par Mireille Disdero publié dans : TEXTES DE MIREILLE DISDERO
ajouter un commentaire commentaires (8)    recommander
Jeudi 31 août 2006

 

De Philippe Landreau

 

Je suis de cette nuit des trains ensommeillés qui passent des frontières, où des hommes ayant enfoui très loin en eux le mot « désir » et cessé de croire qu'embarquer fut possible, n'écoutent qu'à peine les rumeurs des gens pressés qui remontent vers Zurich avec les tentacules des pétrodollars putréfiés dans leurs mallettes serrées et l'illusion de posséder le monde.

Je suis de cette nuit des autoroutes en panne et personne ne s'arrête sauf le temps lui-même sous les arches des sonorités effondrées dans les lourdes tentures des théâtres d'ombres et les avions à Genève déchirant le ciel au-dessus des ponts dans la stridence des réacteurs, vers des lieux qui n'existent que dans les coupures des journaux, puisque tu ne les verras jamais.

Et jamais ne seras l'archet du vent sur l'âme de la voile.

Certains soirs tu refermes lentement le livre des tempêtes. Le poème, l'ennemi fraternel se refuse, revoilà le désert, ses mirages, ses cavales pétrifiées dans les statues de sable et de poussière qui roulent sur la dune leurs serpents déracinés de Nils et de papyrus et l'unique rêve de Pharaon d'ouvrir le fleuve, sur le peuple englouti des nefs et des morts dérivant, pour connaître à l'instant les mystères et les sortilèges d'au-delà.

S'il se trouve un chemin à travers les ossements, les crânes fracturés, les hommes rompus, engloutis dans l'asphyxie des lises, les membres brisés dans l'écho des tables sacrificielles, le c*ur arraché par la griffe du condor dans cette Mésopotamie luxuriante, vers les hauteurs vertigineuses et chancelantes de l'Altiplano, où tremble la splendeur dénudée du Seul-Inca, défait par les centaures et l'arquebuse, à Caxamarca.

Puis, nous, empêtrés dans le vol gluant des pétrels, pillards de charniers, énucléant les yeux morts des poissons pourrissants sur les déchetteries, leurs lambeaux d'émeraudes mazoutées secoués par les vents branlants des mers domestiquées par les vagues de transats échoués sur la plage avec le dérisoire, papiers gras et baleines des parasols. Tu voudrais faire pousser la pluie dans des herbes torrides, décliner l'avalanche et ses noms d'incendies.

Mais, Atlas est un bousier musculeux qui pousse lentement la rondeur de son butin d'excréments vers le gouffre, vautre dans la liesse, sa cène. Je suis de cette nuit attentive, aux paupières tuméfiées, à la lumière atrophiée. L'effraie scrute l'air, contemple le silence et traverse ses eaux, comme le navire écarte les ronces de l'océan, ses ergots, ses gouffres acérés.

Landreau Philippe

 


par Mireille Disdero publié dans : POETES, ECRIVAINS...
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mercredi 30 août 2006

 

 

Mustek

 

                                  Prague

 


Dans ses yeux, des icebergs rêvent froid. Ne plus parler. Voix recroquevillée.

Se traîner à genoux pour user le trottoir, son visage enneigé, la douceur au fond du caniveau. Perdre sa langue, oublier les mots, se sauver. S'abîmer comme on s'habille, avant de partir en voyage, à bord de soi. En toute détresse. Seule. Silencieuse. Touchée, intouchable.

Dans la taverne, des hommes chauds inventent leurs femmes. Quelques bières, un soleil noir pour enflammer la voûte, son millénaire slave.

Assise à mi ombre entre la nuit et l'hiver, la solitude n'est pas encore à boire.
Ils partagent l'atmosphère subtile d'une ivresse en herbe. Elle se souvient d'un air triste, la guitare de Ry Cooder. Ce scénario d'un désert. Elle décalque de vieilles images sur ses yeux. Continentaux.
 
Elle aimerait mourir ses souvenirs. Choyer les icebergs.

Ses lèvres tournées vers la fenêtre déchirent un rire. Une silhouette se détache sur la rue. Danse-t-elle ? Elle rêve. La réalité se vide comme la rue pleure en voix de Bohême.

Prague, navire échoué, les hommes ouvrent nos bras. Nous ne pourrons jamais les refermer.

Sommeil, la nuit s'agite en son nid de brouillard. Les vitres reflètent des lueurs de cœurs, des travées obscures palpitent les mots de Kafka et Milena. Les mots de chaque jour...

Dans la taverne de Mustek, un verre contre la joue, s'endort un ange. Il coule à flot sur sa vie. Elle aimerait caresser ses cheveux. Mais la brûlure de ses doigts l'éveillerait. Son ange, relevant le col du soir, quitterait la taverne.

Dans ses yeux, des icebergs pour aimer froid. Ne plus souffrir de la chair qu'on révèle, sous les écailles givrées des mots quand la vie chante une berceuse slave.

Elle plie son cœur dans un mouchoir et l'abandonne dans une poche perdue.
Demain, elle sera une rue de Prague. Elle vous marchera, vous portera, vous illuminera pour longtemps.
Son ange endormi vous offrira un café turc au Puskin. Une belle rue de Prague, tout au fond de vous...


MD

Prague en février 2001, vue du château

 

Vous pouvez lire aussi Mustek dans le recueil Nuange de la collection de Sables...

 

par Mireille Disdero publié dans : TEXTES DE MIREILLE DISDERO
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mardi 29 août 2006

 

 

Je vous signale la possiblilité d'une...  

lecture dense et singulière, comme je les aime, et la possibilité d'imprimer le recueil sous le format de la collection Bandonéon :

 

Mes fleurs de chiens, recueil de textes de Ludo Kaspar à télécharger ici

 

Ou sur le site d'Hervé Grillot Un endroit sur la terre (voirs Liens ci-dessous) : il s'agit d'un recueil de sa collection Bandonéon (n°29) aux éditions Tapuscrit dont le "credo" est  :

 

L'écriture et la lecture enfin libérées !

Ce recueil est pour vous, lisez-le, gardez-le ou déposez-le dans un lieu public. Bonne lecture ! (Exemplaire gratuit). Edition Tapuscrit 2006.

 Quelque part sur la terre... http://www.hervegrillot.info

Un endroit sur la terre... http://pagesperso.laposte.net/unendroit/

 Avec conseils de HG pour fabriquer votre exemplaire papier pour de vrai du recueil.

 

Pour la Ville Nouvelle

C'est une ville bizarre
Où l'esprit s'use entre les gouttes

Même la pluie sent le neuf
La voiture dernier cri
Le Virgin
Le Carrefour

Tant que tu marches debout
Parfaitement déprimé
Dans l'illusion de la grande
Plane surface ; et le déni du gouffre

La Ville restera Nouvelle
La ville d'entre les gouttes
Où tout est prêt-à-vivre
Si tu retrouves ta taille

C'est une ville bizarre
A dimension humaine
Un peu style quatrième

Et c'est là, oui c'est là
Que je rentre mes neuf vies
Dans une boite de ronrons
Sans date de péremption

Non je ne me plains pas
J'ai pris l'habitude d'être 
L'espace
Qui pleut entre les gouttes.

LK

 

 

par Mireille Disdero publié dans : INFO. ACTU. PUBLICATIONS...
ajouter un commentaire commentaires (8)    recommander
Lundi 28 août 2006

Dans Carnet de routes du Sahara,

de Hervé GRILLOT


Quand l’homme est exposé au pire, sans pouvoir réagir, Ce peut être le pire qui le sauve, sans pouvoir dire pourquoi...


 

On construit rarement une route là où tout le monde se presse. Par exemple, cette fois-ci, au moins quatre heures de transport sépare le chantier d’un soupçon de civilisation. Qui s’en inquiéterait ? Personne !

Tout notre beau monde continue à déplacer les cailloux pour y mettre un semblant d’ordre humain.

C’est d’ailleurs en soulevant une pierre que l’homme se fait piquer par le scorpion.

Une heure plus tard, c’est dire beaucoup trop tard, ils sont trois ou quatre à me présenter le blessé. Je suis le chef, sais faire une route, donc je dois savoir le sauver aussi...

L’homme est blanc de peur, moi, livide d’incapacité.

- C’est bon, je vais te sauver ( l’important est, au pire, de le rassurer pour ses derniers instants).

N’ayant rien qui ressemble à un bloc opératoire et encore moins à une trousse de pharmacie adéquate, je conseille au doigt mordu de piquer une tête dans un fût de gas-oil ! Ensuite, ordre sentencieux est donné à l’ouvrier d’aller s’allonger dans sa guitoune jusqu’au lendemain : son dernier repos ?

Je ne sais s’il a pu dormir, moi pas. Le lendemain, j’arrive perplexe. Les mêmes m’attendent avec des paroles de respect. Il parait que mon remède, renforcé d’un chapelet de prières au Miséricordieux, ont sauvé le moribond.

Je suis bien le seul à penser le contraire !

Mais il est des instants fragiles où l’on doit laisser planer le doute comme le papillon dans l’azur.

 

Hervé GRILLOT

 

A lire sur le site : http://www.hervegrillot.info/

 

Le Sahara, Mauritanie

 

par Mireille Disdero publié dans : CARNETS, NOTES DE VOYAGES
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander

Bleu et bleus





Inge Boesken Kanold, artiste peintre, a un intérêt particulier pour les couleurs rares, anciennes et perdues.

Pendant un long séjour en Asie, elle commence ses recherches en Indonésie où elle retrouve les premières traces d’une nouvelle récolte d’indigo. Les peintures des années trente sur l’île de Bali l’incitent à s’intéresser à l’origine de ces couleurs qui se composent de pigments comme l’ocre, le cinabre, l’orpiment, le noir de suie, le blanc des os calcinés.

Elle s’installe dans les années 80 à Lacoste en Provence. Les marchés du pays lui fournissent les coquillages dont elle a besoin pour recréer en 1993 une couleur perdue au VII e siècle de notre ère : le Tekhelet, le bleu de la Bible, qui n’est autre que l’indigo issu de la mer



Ecoutez, le soleil se couche sur le col de l'Assekrem. Jaune, ocre, bleu ciel, bleu outremer, carmin. Ciel, terre, montagnes et vallées.

 

Maurizio Maggiani



Cercle chromatique Von Goethe



Goethe




Le bleu cyan, (kuanos en Grec, azurite) est une couleur pure de la lumière, souvent appelée bleu ciel.

 

Mes bras sont bleus d'avoir cueilli du bleu pour mes arbres de lumière. B. Tirtiaux, Le passeur de lumière

Avant... le bleu fut la couleur de Déméter, la déesse du blé, de l'Egyptienne Isis, déesse de la magie, et d'Hator, déesse de l'amour. Dans la mythologie égyptienne, le bleu trace une frontière entre le profane et le sacré, et évoque à la fois la nuit étoilée et l'obscurité des eaux primordiales de la création du monde. Les Egyptiens cherchèrent donc des pierres bleues jusqu'en Mésopotamie. Le bleu du lapis-lazuli en a fait une pierre à la spiritualité incontournable de l'histoire de la Mésopotamie, de l'Egypte et de l'ensemble du Proche-Orient. Dans la mythologie sumérienne, le dieu Ninurta, après sa victoire sur les démons, aura béni la fameuse pierre qui a combattu à ses côtés. Le bleu intense de la pierre accompagnera les monarchies assyriennes puis babyloniennes. "Pierre de délivrance", le lapis-lazuli était aussi utilisé pour fabriquer des potions magiques.

En Europe, le bleu était aussi une couleur initiatique... Patrick Banon, Actes Sud Junior 2006

*

Un bleu ? c'est aussi... neuf, novice, original, bizut, inédit, prosélyte, récent, débutant... 

*

Persio, celeste, celestino, azzurino, turchino, pagonazzo, bladetto...

*

Mes bras sont bleus d'avoir cueilli du bleu pour mes arbres de lumière. B. Tirtiaux, Le passeur de lumière

*

L'indigo (la teinture à) est connu depuis le néolithique dans les régions où pousse l'arbuste (Inde, Moyen-Orient, Afrique). Bleu, Histoire d'une couleur, Michel Pastoureau - Seuil point Histoire 2006

*

Je dis feu. Et c'est moi, Marc Chagall, qui entre à mon tour dans le tableau, portant les couleurs de la joie.

 *

Je voudrais des prairies teintes en rouge et des arbres peints en bleu. Charles Baudelaire

*

C'est l'action réciproque de la lumière et de l'obscurité qui produit la couleur. G. Ohsawa

*

Nous sommes en route et nos coeurs se prennent à battre en couleurs vertes et violettes. Naie pas peur. Ce n'est pas pour jouer. Si ma tête n'est pas là, elle s'attarde où il faut. Chagall

*

Pourvu que je me souvienne du soleil ! Gustave Courbet (entrant dans sa cellule en 1871)

*

Je lègue à mes amis
un bleu céruleum pour voler haut un bleu de cobalt pour le bonheur un bleu d'outremer pour stimuler l'esprit un vermillon pour faire circuler le sang allègrement un vert mousse pour apaiser les nerfs un jaune d'or : richesse un violet de cobalt pour la rêverie une garance qui fait entendre le violoncelle un jaune barite : science-fiction, brillance, éclat un ocre jaune pour accepter la terre un vert Véronèse pour la mémoire du printemps un indigo pour pouvoir accorder l'esprit à l'orage un orange pour exercer la vue d'un citronnier au loin un jaune citron pour la grâce un blanc pur: pureté terre de Sienne naturelle: la transmutation de l'or un noir somptueux pour voir Titien une terre d'ombre pour mieux accepter la mélancolie noire une terre de Sienne brûlée pour le sentiment de durée 
(Viera da Silva, Le Testament)

 

ROUGE ! La couleur rouge a un statut à part parmi les couleurs. Couleur la plus vive, elle est la couleur par excellence, la couleur archétypale, la première des couleurs... Le rouge n‘est-il pas d‘ailleurs à l‘origine du nom d‘Adam, le premier Homme ? (...) Annie Mollard-Desfour, Le Dictionnaire des mots et expressions de couleur, CNRS éditions 2000

*

 La mer, a dit le vieux Bahti, c'est l'endroit le plus beau du monde, l'endroit où tout est vraiment bleu. Il y a toutes sortes de bleus dans la mer, dit le vieux Bahti. Comment peut-il y avoir plusieurs sortes de bleus, a demandé Petite Croix. C'est comme cela pourtant, il y a plusieurs bleus...

JMG Le Clézio, Peuple du ciel (Mondo et autres histoires)

 *

... Bleu de cobalt : un rêve de bonheur.

(...) Bleu d'outremer : une eau étincellante.

Bleu zinsolin : la profondeur sous les nymphéas.

(...) Bleu ciel, bleu marine, bleu roi, bleu lagon, bleu myosotis, bleu pervenche, bleu saphir, les reflets dans la rivière.

(...) Bleu de Prusse : l'ombre sur le mur. Bleu de Delft : le soleil sur le mur.

Bleu cyan : la lumière du regard.

(...) Bleu d'indigo : l'infini du ciel.

Agnès Rosenstiehl, Bleus air, eau, ciel, Ed. Autrement 2001 (Petite Collection de Peinture)

 *

 Les couleurs sont des forces, Henri Matisse

 *

 

.. Un rai de lumière oblique entrait par la porte-fenêtre et projetait ses feux sur le verre à facettes empli d'eau teintée et sur l'émail de la boîte de couleurs. Ada... Sous l'oeil du soleil... V. Nabokov, Ada

 *

 Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge - Pablo Picasso

 *

Bleu Klein

En 1960, l'artiste Y. Klein a breveté un bleu particulièrement profond, sous le nom International Klein Blue (IKB). Entre 1960 et 1961, Klein a peint quinze monochromes en bleu IKB, dont l'un des plus célèbres, IKB 3, est exposé au centre Georges-Pompidou à ParisSources Wikipedia

 *

On était dans les montagnes ; il y avait une merveille de soleil levant, des fraîcheurs mauves, des pentes rougeoyantes, l’émeraude des pâturages dans les vallées, la rosée et les changeants nuages d’or. (…) Bientôt ce fut l’obscurité, une obscurité de raisins, une obscurité pourprée sur les plantations de mandariniers et les champs de melons ; le soleil couleur de raisins écrasés, avec des balafres rouge bourgogne, les champs couleur de l’amour et des mystères hispaniques. Je passais ma tête par la fenêtre et aspirais à longs traits l’air embaumé. C’étaient les plus magnifiques de tous les instants. Kerouac  http://raymondalcovere.hautetfort.com/archive/2006/10/18/toute-ma-vie-je-me-suis-arrache-le-cœur-a-ecrire-jack-keroua.html

 Celui qui met du rouge quand il n'a pas de bleu vous invite dans un monde barbouillé de couleur, de poésie et de vérité. Qui l'aime le suive ! Pablo Picasso

Texte veut dire TISSU

Tout finit par passer. Tout passe par l'infini... Nous ne serons jamais finis, ni définis. Nous résistons à la définition qui tuerait notre poésie du coeur et de l'être.

Pascal Ludovic Saissi, septembre 2006

*

Nous avons pris la route du Sud comme si nous étions réveillés, et pourtant, chaque détail du paysage se liait au suivant selon la logique impeccable du rêve.

Jemia et J.M.G. Le Clézio, Gens des nuages, Gallimard - Folio 1997

 * 

L'orage est mon domaine et quand le vent se lève mon âme tourbillonne.
Beethoven

*

Que ferais-je sans ce monde, sans visage, sans question
Où être ne dure qu'un instant
Où chaque instant verse dans le vide
Dans l'oubli d'avoir été
Sans cette ombre où à la fin corps et ombres ensemble s'engloutissent
Que ferais-je sans ce silence, gouffre de murmures
Haletant, furieux, vers le secours, vers l'amour
Sans ce ciel qui s'élève sur la poussière de ses lests
Que ferais-je ? Je ferais comme hier, comme aujourd'hui
Regardant par mon hublot si je ne suis pas seul
A errer et à virer loin de toute vie
Dans un espace pantin
Sans voix, parmi les voix enfermées avec moi.

Samuel Beckett

* 

Une femme, douce crème, forte d'un café italien tassé de tessitures a pris mes mains battues de poussières et de routes dans une gare allumée par le soir.

Pascal Ludovic Saissi

 *

-- I would shelter you
Keep you in light
But I can only teach you
Night vision --

S. Vega, Solitude standing

  *

L’invisible a ses chemins, et nous avons les nôtres. (...)

Peu lui importe notre rôle d’esclave et notre fatuité qui nous affirme que nous sommes libres.

Jean Cocteau, In Journal d’un Inconnu


 *

Libre à vous de croire et de chercher, de donner encore à la poésie ce but : dans un monde de non-sens, tous les sens sont primordiaux.

Daniel Brochard

 *

Je crois en l'amour. A une dimension absolue de l'amour. Je crois en l'amour comme le chercheur croit au fabuleux aperçu un jour dans son microscope et qu'il n'a de cesse de vouloir prouver envers et contre tout. Même quand on le décrie, même quand on se moque, même quand on le fait mourir.

Île Eniger

Blog : Cinéma sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus