Présentation

Les mots sillons



Pour qu'un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant. Milan Kundera, L'Insoutenable légèreté de l'être.


A la radio, une dame noire chantait qu'aux petites heures de la nuit, quand tous les gens sont profondément endormis, tu restes éveillée dans ton lit et tu penses à lui, tu ne peux pas t'en empêcher... J.-P. Manchette, Le petit bleu de la côte Ouest.



Les équations absurdes, pour lesquelles aucune solution ne convient, sont qualifiées d'impossibles.
S. Larsson, La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

 

 

lisbeth-salender.jpg




«Je ne sais pas parler objectivement de moi-même. Tout être vivant est une physiologie. Et si j'écris, c'est peut-être par besoin, par hygiène, comme on mange, comme on respire, comme on chante. C'est peut-être par instinct; peut-être par spiritualité. Pangue lingua. Les animaux ont tant de manies ! C'est peut-être aussi pour m'entraîner, pour m'exciter - pour m'exciter à vivre, mieux, tant et plus ! La littérature fait partie de la vie. Ce n'est pas quelque chose "à part". Je n'écris pas par métier. Vivre n'est pas un métier."

Blaise Cendrars


affichePhoto-baudoin.jpgIls ont quitté leur pays qu'ils aimaient, l'Italie. Mon papa est venu travailler en France, cet autre pays, où je suis né, où tu es né. Il est venu avec sa force, il avait laissé ses rêves là-bas, de l'autre côté des montagnes. Il en avait gardé juste assez pour les donner à ses enfants...
Roberto, Edmond Baudoin - oct. 2007


  

Juillet 1993. Faisant les puces, je tombe sur un bouquin de Tolstoï, "Ibicus", édition de 1926 illustrée de gravures sur bois. Bonne affaire : 3 francs ! A la maison, mince, j'avais pas fait gaffe, c'est pas le Tolstoï de "Guerre et paix", c'est pas Léon, c'est Alexis ! Allez, en attente : on le lira quand on n'aura plus rien d'autre ! Trois mois passent, huit heures du soir, j'ai plus rien à lire, je me tape l'incunable. Au petit matin je le repose, fini... Coup de foudre ! La matière est là : c'est décidé, je l'adapte... Pascal Rabaté 


 

(...) En haut il fait bon, l’enfant s’amuse dans l’abri en pierre. L’homme pioche, se relève, éponge son front, ouvre sa chemise. L’air les enveloppe. Même le chien s’allonge, paisible. Il sait, lui, qu’il ne faut jamais trop en demander.

 

L’homme s’assied sur une pierre cubique. Il sait, lui, que, quand on aime, il faut cultiver la terre, construire, même de l’éphémère.

 

L’enfant arrive essoufflé, il s’assied à côté de l’homme :

 

- Ça va ?

 

- Bien.

 

 

 

Extrait de Point de vue

 
H. Grillot

 

 



...Imaginez deux lignes. L'une représente l'horizon, l'autre la plage. Et dans un coin, une sorte de baraque qui fait office de café. Le décor est planté...



    

Couverture BD Café de la plage (Le) - (Intégrale) : Le café de la plage

 



... Je n’écris pas par désir, par habitude, par volonté, par métier. J’ai écrit parce que c’était la seule façon de parler en se taisant. Parler mutique, parler muet, guetter le mot qui manque, lire, écrire, c’est le même.. Pascal Quignard,
Le nom sur le bout de la langue




L'or pur se reconnaît à l'Epreuve. Léonard de Vinci


Faust demande passionnément à la vie que l'ambition
absolue se réalise précisément en elle : qu'ici fermement il se dresse, qu'a t-il besoin d'aller errer dans l'éternité, qu'il trouve sa peine et son bonheur à poursuivre son chemin. "Comme le monde devient infini, quand on peut une bonne fois s'en tenir fermement au fini."

Goethe

 

Elle aime, de la paume, caresser la pierre, caresser ce qu'il y a dans la maison de plus sûr et de plus durable. Ce qui peut vous porter longtemps comme un navire...

Saint-Exupéry, Courrier sud


L’étymologie du mot originalité doit attirer notre attention.

Elle évoque les “commencements”, une “instauration”, un retour, de substance et de forme, aux origines.

(...) Les inventions esthétiques sont “archaïques”.

Elles portent en elles la vibration d’une lointaine source.

George Steiner, In Réelles présences - Les arts du sens, Gallimard 1991

 


Bad news from the stars... Gainsbourg


Nous avions l'air de ne savoir ni l'un ni l'autre où nous allions. Calmement étonnés, nous regardâmes la vue du haut de la colline du cimetière, et bras dessus, bras dessous, nous descendîmes jusqu'au champ brûlé par l'été et bronzé par septembre. Une cascade de couleurs se répandait sur les feuilles sèches et chantantes ; et je voulus alors que le juge entendît ce que Dolly m'avait appris : que c'était une harpe d'herbes, une harpe qui récoltait, racontait, une harpe de voix qui se rappelait une histoire.
Nous écoutions.

Truman Capote, La Harpe d'herbes - Gallimard 1951

 

 

 


Nombril du continent poumon léger du monde et poussière douce au pied

Cette route a beaucoup pour elle dans tous les axes de la boussole c'est l'espace et l'éternité savanes couleur de cuir vautours en rond dans le ciel cannelle villages verts autour d'une flaque dieux érectiles couverts de minium

Nicolas Bouvier, Les Indes galantes




Ici, c’est pas l’alcool qu’on doit chercher mais c’est l’ivresse.

Alors, lâchez-vous, lâchons-nous, bon dieu ! Arrêtons de grelotter du verbiage, d’ânonner du substantif... comme dans un salon de T

Avoir ou être, ma bonne Dame, là n’est plus la question !

Envoyez les couleurs !

Le Yang-tseu-kiang ou la Puerta del Sol... c’est ça qu’il nous faut, même quand, derrière nos barreaux, c’est juste un caniveau...

Hervé Grillot

Extrait de Des singes en hiver (catégorie Credo)

 

Les nouvelles qui nous parvenaient étaient angoissantes. Pourtant, je garde de ma mère à cette époque le souvenir d'une femme gaie et insouciante, qui jouait des airs à la guitare et chantait. Elle aimait lire aussi, et c'est d'elle que j'ai reçu la conviction que la réalité est un secret, et que c'est en rêvant qu'on est près du monde. J. M. G. Le Clézio, Ourania

 

Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journée est faite ; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. [...] Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'œil furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Arthur Rimbaud, « Mauvais sang », Une saison en enfer, 1873.

 

Je suis le défaut dans l'armure. Je suis la lucarne dans la prison. Je suis l'erreur dans le calcul, je suis la vie. Antoine de Saint-Exupéry 

 

Prayers for rain Pictures of you The same deep water as you The Cure

  

A chacun de nous, quand il vient sur la terre, un lapin de lune est donné. Nous lui courons après en étendant les bras. Certains rient, d'autres tombent. Mais la terre est ronde. Et peu d'entre nous savent qu'en réalité, le lapin ne se sauve pas. Il essaie seulement de nous rattraper, lui aussi.

                                                             Alain Gerber, Le lapin de lune

 

Ici le temps n'est plus le même. Il faut se dépouiller, se laver pour entrer dans le domaine de la mémoire. Nous faisons ce voyage ensemble, mais, pour Jemia, il s'agit d'un tout autre parcours. Elle n'avance pas seulement sur cette route, vers Smara et la Saguia el Hamra. Elle remonte aussi le courant de l'histoire, de sa propre histoire, afin de trouver la trace de sa famille qui a quitté cette terre pour émigrer vers les pays du nord, vers les villes. (Extrait de Gens des nuages, Jemia et J.M.G. Le Clézio, Gallimard 1997)

 

Lalla ne parle pas, maintenant, elle n'a pas envie de parler. Comme le Hartani, elle est du côté de la nuit. Son regard est sombre comme la nuit, sa peau est couleur d'ombre. Désert, J.M.G. Le Clézio, Gallimard 1985

 

 Comme le firent nos ancêtres il y a deux millions d’années, regardons les loups. Contemplons-les. Haïs parfois, traqués hélas, ils continuent, dans l’absolue liberté de leurs courses et de leurs amours, à nous apprendre ce sens qui se dérobe à nous, qui nous échappe, qui nous effraie et que nous entendons pourtant, certaines nuits de lune, quand ils hurlent sous le ciel : le paradis est ici, là où ils sont.  Hélène Grimaud...

 

«Le désert n'est jamais plus beau que dans le clair-obscur de l'aube ou du crépuscule. [...] L'apparition du jour promet un changement, mais, lorsqu'il a atteint sa plénitude, l'observateur le soupçonne d'être le même, revenu une fois de plus, ce jour qu'il a vécu et revécu, solitaire, ce jour aveuglant que le temps n'a pas terni» Paul Bowles, Un thé au Sahara

 

« Quand j'écris, je suis transformée, ça fait changer des choses dans ma vie. Je sens comment ça me met en mouvement... Mais l'accepter ce n'est pas forcément évident, il faut avoir une terre solide derrière soi. » Jeanne Benameur (Entretien pour La Bibliothèque de l'éducation de l'IUFM de l'Académie de Lyon).

 

Come As You are, Nirvana

 

A croire que tout est superficiel et rapide ici, nos tentatives pour cautériser le mal des profondeurs, comme nos échanges, nos mots de tous les jours ou nos élans de coeur, des hamburgers à emporter, pour tromper notre faim, la vraie.  Ludo K.  

 

 Ainsi te sens-tu emporté dans cette migration intérieure dont nul jamais ne t'a parlé. Prêt pour des noces dont tu ignores tout, mais auxquelles il faut bien que tu répondes : "On y va ? On y va." Et tu y es allé. Tu es parti en direction d'un front de guerre dont tu ne savais rien. Tu t'es mis en route, nécessairement, semblable à ce peuple d'argent qui luit, à travers champs, en marche vers la mer, ou comme dans le ciel, ce triangle noir. Que cherchais-tu ? Cette nuit-ci, tu étais presque au but. Qu'as-tu donc découvert en toi qui était si près d'apparaître ?     Saint-Exupéry, Un sens à la vie (Reportages), Gallimard 1956              

Vous aimez un homme autre que votre mari. Eh bien allez à lui. Celui que vous n'aimez pas, vous êtes sa prostituée. Celui que vous aimez vous êtes sa femme. Dans l'union des sexes, le coeur est la loi. Aimez et pensez librement. Victor Hugo, Océan prose 1864

[...] Une oeuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l'art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le coeur, une première fois, s'est ouvert.
(A. Camus - L'envers et l'endroit (Préface), p.31, Folio-essais n°41) 

 
Pour écrire, il faut aimer, et pour aimer il faut comprendre.
John Fante, Mon chien Stupide, trad. Brice Matthieussent , p.142, 10|18  

 

 Qu'est-ce que la vie ? C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit. C'est le souffle d'un bison en hiver. C'est la petite ombre qui court dans l'herbe et se perd au coucher du soleil.

Crowfoot, chef lackfeet Indien d'Amérique

 

Née d'un sentiment, l'idée du son précède son émission. Léonard de Vinci disait que l'émotion est la base de tout exercice. Jordy Savall (musicien, spécialiste de la viole de gambe et du compositeur Marin Marais dont il a rendu célèbre la musique en créant la bande-son du film Tous les matins du monde de Corneau.       

 

Nous avons connu cette petite fille qui court moins vite que les autres. Là-bas les autres jouent. "Attendez-moi ! Attendez-moi !" mais elle est un peu en retard, on va se lasser de l'attendre, on va la laisser en arrière, on va l'oublier seule au monde. Comment la rassurerait-on ? Cette forme d'angoisse est inguérissable. Car si, maintenant, elle prend part au jeu, et devrait partir, et tarde à partir, elle va lasser ses amis ! Déjà ils murmurent entre eux, déjà ils la regardent de travers... Ils vont encore la laisser seule au monde !

Saint-Exupéry, Un sens à la vie

 

 

Il faut trouver un sens à ta vie
et tu le trouves à l'intérieur pas à l'extérieur

quand tu le trouves
rien n'est gagné
mais tu obtiens une grande force

un peu comme celle que tu peux trouver lorsque tu n'as plus rien à perdre
et d'ailleurs c'est bien celle-là
mais sans violence

Tu as l'écriture, la lecture pour t'aider
crois-moi, elle peuvent te sauver la vie

alors écris, lis, cultive-toi, sois gentil avec toi.

Cathy GARCIA

 

Toute personne capable d’écrire une page de prose ajoute quelque chose à nos vies. Raymond Chandler  

 

 A Camilla, avec tout mon amour

Arturo

Toujours avec le livre j'ai fait une centaine de pas vers le sud-est, là où tout n'était que désolation. De toutes mes forces je l'ai jeté le plus loin que j'ai pu dans la direction qu'elle avait prise. Sur ce, je suis monté en voiture, j'ai fait démarrer le moteur, et je suis rentré à Los Angeles.

John Fante, Ask the Dust

 

 Tu marches en attente, l'amour est ton sang et c'est tout. Cesare Pavese

 

Nous pensons à la vie comme à un solide immuable et nous sommes sidérés quand le temps nous apprend qu'il s'agit d'un liquide.

Jim Harrison, The road home

 

 - Dis-moi ce qu'ils t'ont fait !

- Non. A toi, je ne peux pas le dire. T'as la voix du bonheur.

Clotilde Bernos, écrivain jeunesse habitant en Provence, sa fiche "auteur" sur Ricochet :

http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?id=1312

 

En mourant nous emportons avec nous la richesse des amants et des tribus, les saveurs que nous avons goûtées, les corps dans lesquels nous avons plongé et que nous avons remonté à la nage comme s'ils étaient des fleuves de sagesse, les personnages dans lesquels nous avons grimpé comme s'ils étaient des arbres, les peurs dans lesquelles nous nous sommes terrés comme si elles étaient des grottes. Je souhaite que tout cela soit inscrit dans ma chair...

 M. Ondaatje, Le Patient anglais (l'Homme flambé)

 

Ecrire c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens, s'abstient de répondre. La réponse, c'est chacun de nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté ;  mais comme histoire, langage et liberté changent infiniment, la réponse du monde à l'écrivain est infinie : on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse : affirmés, puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure.

Roland Barthes

 

Quand on prend de la hauteur, les murs cessent d'exister.

Wim Wenders, Les Ailes du désir

 

Oscar et moi nous sommes partis. Un hiver dans les neiges de Montréal, un été sur les routes d'Amérique, une saison à Montmartre, une autre en pleine montagne... Comment s'aimer, comment rester libre dans ce monde, comment résister aux contraintes de l'argent, du mensonge, de la peur ? Il n'y a pas de modèle, il faut inventer ses amours, inventer sa vie.

Alina Reyes, Quand tu aimes, il faut partir 

 

Une sensation de sécurité, de bien-être, de chaleur estivale, se répand dans ma mémoire. Vigoureuse réalité qui fait du présent un fantôme. Le miroir déborde de lumière : un bourdon est entré dans la pièce et cogne contre le plafond. Tout est bien, rien ne changera jamais, personne jamais ne mourra.

Vladimir Nabokov,  Autres Rivages, Autobiographie, coll. Folio p. 97 - Gallimard 1991

 

Nous rêvons

d'un lecteur parfait.
Supérieur à nous.
Meilleur aussi que la propre lecture
faite par nous-même.

Nous écrivons pour lui même s'il n'existe pas.
Nous ne pouvons pas ne pas ressentir sa présence cachée derrière ce silence que les mots entraînent comme une tunique fendue.

Si nous persistons dans ce métier désolé d'ériger des tours sans échafaudage,
peut-être que le lecteur absent se réveillera un jour là où le lecteur n'est plus nécessaire, puisqu'à la fin toute lecture se lit seule.


Roberto Juarroz. Dernier recueil, Quatorzième poésie verticale

 

Etre fasciné par la Sakountala, de Camille Claudel,

par l'ange noir de Budapest, par l'homme tzigane qui

joue sa vie sur les cordes d'un violon, aux abords du Danube...

Se souvenir du sable profond qui glisse entre les doigts comme de l'eau vive...

Se souvenir que pour aimer, il faut être libre... et que pour être libre, il faut être vivant.

 

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Jeudi 30 novembre 2006

Tous les mardi soirs c’est pareil...

C’est vers minuit que ça leur prend. De mon côté, j’ai l’habitude, je fais le mort. Je « pause » la musique, je « clique » la lumière, je m’allonge sur le lit et j’attends. A cet instant, la Ducati est arrivée depuis un bon moment.

 


 

Quel bruit ! Vous connaissez le bruit d’une Ducati, le soir au fond d’un square ? Un bruit à démonter, réviser et remonter soi-même et par piston tous les samedi. Un bruit vraiment mécanique, viril, pistonné, flamenco espagnol, à quatre temps et trois mouvements.

Le gars doit en connaître un rayon question moto.

Entre le bruit de la Ducati traversant le square et la suite de l’histoire, vous avez le temps de feuilleter un magazine. Si, si.. allez-y, je vous en prie... je vous ferai signe.

Car l’histoire des poubelles que sort, entre temps, le concierge, n’apporte rien à ce qui nous intéresse ce mardi soir-là, comme toutes les semaines. Quatre poubelles pleines qui feront le trottoir jusqu’à leur dernier client du mercredi matin, à sept heures quinze, pile. Un grand mal rasé qui sautera du camion pour attraper les filles du docteur March, les vider et puis basta.. ce sera le début d’une nouvelle journée à humer, quatre poubelles bouches bées et haleine fétide. Quatre superbes poubelles n’apportant rien à l’histoire, même arrosées pendant toute la nuit par la majorité des chiens du quartier. Non, vraiment, rien d’intéressant, croyez-moi, vous pouvez continuer à feuilleter votre magazine. Moi j’attends, allongé sur mon lit, la musique « pausée » et la lumière « cliquée ». J’attends, un air de jazz dans la tête : Around midnignt !

Puis voilà que ça arrive, que ça commence à couiner, elle et lui... posez donc votre magazine, s’il vous plait ! Au fait, vous lisiez quoi ?

C’est toujours plus elle que lui... comme un chat, un petit chat qu’on caresse, puis qu’on chatouille, puis qu’on étrangle, avant que le petit chat se transforme en tigre rugissant. Elle crie, la voisine, vers minuit.

De lui -du motard sympa à la Ducati garée vers les poubelles, les poubelles où les chiens pissent- du gars à poil, le casque posé sans doute au pied du lit... rien à attendre, rien, pas même un mot, pas un souffle - en tout cas que je ne puisse entendre d’ici, depuis mon lit, avec ma musique "pausée" et la lumière "cliquée"-, vrai... rien de rien.

Rien, silencieux l’easy rider, aussi muet que vous avec votre magazine posé sur vos genoux. Alors qu’elle... qu’ELLE ! Le gars doit en connaître un rayon question sexe.

C’est drôle d’entendre une femme jouir à côté. Je veux dire... quand on n’est ni dessus, ni dedans. En fait, ce n’est pas drôle du tout. Vous imaginez ?

Ensuite, les mardi soirs après minuit, j’attends encore, immobile, musique "pausée" et lumière "cliquée". Ils parlent en morse : elle une phrase longue, lui, comme tout motard qui se respecte, une réponse courte... une longue, une courte, une longue, une courte. Elle développe, il coupe court.

Le gars doit en connaître un rayon question onomatopées.

L’un des deux se désespère enfin car j’entends un bruit de chasse qu’on tire, d’eau qui coule, de tuyaux en cuivre qui vibrent et tout le tremblement. Je n’arrive jamais à savoir lequel des deux a tiré. J’avoue que ça m’embête un peu de partager leur intimité hebdomadaire, sans pouvoir mettre un visage sur la chasse tirée.

Si ça se trouve, le gars doit en connaître un rayon question plomberie... si ça se trouve.

Ensuite, quelques minutes suffisent pour oublier la chasse d’eau, pour cliquer la lumière, pour remettre la musique avec "play". Goodbye Pork Pie Hat. Vous aimez Charlie Mingus ? C’est beau !

C’est beau, mais dehors, ça s’agite. Les chiens surpris la patte en l’air par une Ducati sur le départ. Bon sang, ce bruit, la Ducati... les mardi soirs, au bord du trottoir d’où les cabots décarrent sans demander leurs restes de poubelles.

Le gars doit être nul question trente millions d’amis.

Puis tout s’arrête dans le quartier, comme un soufflé refroidi et à moitié servi. Même les chiens reviennent pisser en silence, se lécher les couilles sans un mot. C’est vous dire... ces mardi soirs ou plutôt mercredi matin, avec ma musique qui "stoppe" au bout du disque, Charlie Mingus qui repose sa contrebasse, le barman du morceau qui doit déjà retourner les chaises et balayer.

C’est le silence des premières heures, après minuit, j’ai envie de dormir mais j’attends, comme tous les mercredi matins, très tôt. Je pense à Charlie Mingus, à l’éboueur de sept heures quinze, pile. On n’y est pas encore, ni lui, ni moi, ni ma voisine qui recommence, toute seule, à se manifester, à faire du bruit, elle pleure la Ducati partie. Oui, ma voisine pleure.

Le gars doit être nul question amour.

Moi aussi j’ai envie de pleurer. C’est pas drôle d’entendre une femme pleurer à côté... je veux dire quand on n’est pas à ses côtés, à caresser sa joue, à mordre ses cheveux. Non, ce n’est pas drôle du tout... vous imaginez ? Vous imaginez comment je sers mon oreiller ?

Alors je me lève doucement, en silence, pieds nus, je caresse mes disques... Flamenco c’est trop fort, Tango c’est trop triste. Bill Evans c’est juste bien, c’est cool. Les notes du piano dégoulinent jusqu’à l’étage du dessous.

J’imagine la fille séchant ses larmes puis s’endormant jusqu’au mardi suivant, Belle au bois dormant, sans autre bruit, pas même celui d’une Ducati qu’un Prince, pas si charmant, doit bichonner maintenant.

 

Hervé Grillot

 

par Mireille Disdero publié dans : POETES, ECRIVAINS...
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 29 novembre 2006

 

Marseille

Les restes du chantier sont entourés d'un cortège de grues immobiles. Une forêt métallique de pylones et de lignes désormais inutiles prolongent
Une vue sur la ville
Et son silence intérieur
Qui vous retourne la tête
Jusque tard dans la nuit
S'élève dans le ciel
Indécente, incandescente

Aux quatre points cardinaux
Désarroi

lumière sombre
le côté un peu déglingué
Reste dans le brouillard
gras

Les lumières des buildings clignotent comme des phares
exubérants
au point mort
qui veulent toujours
le plein

Démarreur
Pourtant, rien n'y fait

 

BARACUDAS MEFIEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT


--
di.
Direct à l'essentiel - www.direDareDare.org

 

Info.

Jeudi 14 décembre au Balthazar - 3 Place Paul Cézanne - Marseille

JO CORBEAU & ADN SOUND SYSTEM - reggae-ragga

Général Ganpati propose ce concert tant attendu, à l'occasion du quatrième anniversaire de la fondation de l'amicale Dub Naturelle avec en première partie "Les Salyens". Il débutera par les visuels du collectif "Dreadlocks.13" à 20 heures et sera animé par le slameur DIDJEKO !


par Mireille Disdero publié dans : INFO. ACTU. PUBLICATIONS...
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 29 novembre 2006
 




L’ouverture érode les contours

D’un prisme émaillé


Dentelles de coquillage


Et le lointain murmure

De la houle

Au creux de l’oreille.


Les palmes écoulent l’ondulation

De profondeurs


Cheveux d’algues aux abords

De rivages perdus.


Les voix que l’on connaissait

Résonnent de nouveau


De très loin venues nous réinvestir,


Retrouver le berceau de velours,


Le duvet nacré


En nous réincarné.




Valérie Canat de Chizy, 23 janvier 2005

par Mireille Disdero publié dans : POETES, ECRIVAINS...
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mardi 28 novembre 2006

 
 


Jacomino n’a pas quitté le pays comme les autres de son âge. Pour rentrer chez lui, il a pris l’habitude de passer sous la voûte sombre de la maison de Philomène. L’hiver il s’empêtre toujours dans cette neige de tous les diables. Elle est lourde, glaciale et lui grignote son rêve, un peu plus chaque année. Puis elle brûle ses grosses chaussures de cuir. Jacomino s’en moque, il en a une demi-douzaine du même genre, solides, fourrées, larges. Des chaussures d’ours. Elles font « raquettes » sur la neige fraîche. Et puis sur la dure, elles accrochent sans glisser.


L’été tout change. Il boit moins de grappa, sort en chemise sans manche, histoire d’emmagasiner la lumière sur la peau, avant l’hiver long, trop long dans ce pays.


La mère de Jacomino est morte depuis trois ans maintenant. Et lorsqu’on l’a déposée au fond, il n’a pas pu s’empêcher de se laisser glisser doucement vers le bord, avec son chant préparé pour elle, cassé dans la gorge. Monsieur le curé n’a rien dit. Il s’est éloigné avec sa robe qui léchait le sol, ses mots funèbres et tout le monde l’a suivi. Alors, Jacomino a pu pleurer, tout seul, comme un homme qui pleure maman. Et la neige est tombée sur la terre qui s’est mise à geler. Comme il avait un peu froid en rentrant le soir, Jacomo a commencé à boire un peu plus qu’avant.


Maintenant, il se déplace avec une canne et puis se tient un peu voûté, aussi.


Dix ans en arrière, il aurait pu se marier avec la fille de Pier-Luigi, celui de la trattoria d’en bas. Elle le voulait, malgré la grappa l’hiver et la maison à refaire de fond en comble. Mais pendant l’été, un de Sampeyre avait emporté la fille sur une moto, pour la promener, lui faire voir du pays et finalement, on ne les avait plus jamais revus au village.

Jacomino avait regretté, bien sûr. Il avait laissé glisser son rêve et commencé à boire trop de grappa, même en été.


Aujourd’hui il n’a plus envie de se marier. Il a raison, c’est trop tard. Il faut dire qu’un samedi soir particulièrement arrosé, il s’était endormi sur le fil sombre de la route, les yeux dans les étoiles de son rêve qui tressautait, dansait au rythme de sa respiration. Et puis la voiture l’avait charrié, trimballé sur quelques mètres avant de s’arrêter.


Maintenant Jacomino souffre un peu moins des jambes mais il ne se déplace plus sans sa canne. Quand il se regarde dans le miroir, il s’étonne encore de trouver ce drôle de visage strié de vie, une belle figure aux yeux trop clairs, comme ceux de sa mère.

La mère, c’est du passé. La fille de Pier-Luigi, du rêve foutu. Reste la grappa, vraie de vraie. Réelle au point de lui brûler la gorge, de remplacer le chant cassé, au fond du rêve.

L’hiver ici, Jacomino a de plus en plus froid, il faut se réchauffer.

Heureusement l’été revient toujours, apportant les autres, ceux d’ailleurs, les Français puis les gens du Sud avec leurs accents qui dansent. Jacomino les écoute, les regarde déambuler et parfois il cherche à leur parler pour de bon, avec plus que des mots, avec des gestes et des rires, enfin… autre chose.


Et puis début septembre il a croisé Régine, une Française qui mangeait des pizzas chez Leo, il se rappelle. Dix ans de ça. C’est long. Elle était gaie, se laissait embrasser par Leo à l’époque, et d’autres hommes la voulaient aussi, bien sûr.

Quand il s’est trouvé près d’elle sur la place aux herbes, il a posé sa main sur son épaule : « Bon die, Regina ». Mais il n’a pas compris pourquoi tout à coup en le voyant, elle s’est mise à crier, hurler comme si elle avait vu le diable. Il n’a pas compris et s’est éloigné en hochant la tête. Elle l’a vite rattrapé pourtant, l’a pris par le bras et lui a expliqué :

- Pardon Jacomo, je croyais que tu étais mort !

- ...

- Oui ... Leo m’a appris que tu avais eu un accident et que ... tu étais mort. Je ne sais pas pourquoi il m’a raconté ça, mais je l’ai cru. Alors tout à l’heure en te voyant, ça m’a fait un choc, comme si je rencontrais un fantôme ... Comme si je délirais, tu comprends?

- ...

- Non mais maintenant je suis contente de te voir, de savoir que tu es vivant. 


Depuis, Jacomino y pense souvent.

Dans sa tête il écoute le refrain :« je croyais que tu étais mort ». Et ils ont raison Leo et Régine. Depuis quelques temps, la nuit arrive tôt, de plus en plus. Elle couvre les gens, les murs, le ciel. Rien ne reste. En novembre, on fête les morts et le village est muet.

Alors, Jacomino comprend ce que c’est que d’être enterré. Oui. En rentrant chez lui chaque fois, il écoute le bruit de ses grosses chaussures d’ours sur la pierre humide du chemin et ça résonne tellement que seuls les fous pourraient croire qu’un vivant avance à cette allure.


Le lendemain de la fête des morts, il prépare sa valise de cuir noir, abandonne ses chaussures de montagne et descend jusqu’au village pour demander à la postière Emilia de lui prendre une réservation pour le train de Nice, Antibes ... Il sait qu’elle s’occupe de tout pour lui. Il n’a qu’à payer et attendre. De toute façon, quand on est mort, le temps ne compte plus, la roue a tourné.


Maintenant Jacomino descend du train à Antibes, Juan les pins, où sa mère a laissé des souvenirs, un amour, quelque chose qu’il imagine sans trop comprendre. Il traverse les rues, les places en soufflant, soutenu par sa vieille canne. Ensuite il appelle un taxi, demande cette plage, ce bord de mer... Mandelieu.


Sa canne le soutient difficilement pendant qu’il avance sur les galets. Il s’assied, se plie lentement, pas vraiment certain de pouvoir se relever après. Face à la mer qui commence à bourdonner dans ses oreilles, il boit le soir, la lumière en trace d’or sur les galets, et la ligne de mer devant ses yeux.

Doucement, Jacomino se laisse glisser sur le côté, la tête dans les galets. Bien sûr il a un peu froid. Il serre son manteau, remonte le col fourré sur son cou. Et puis encore, allongé, il écoute le bleu de l’eau qui glisse sur lui, les pulsations des vagues, le sang dans sa tête.

Alors, il commence à murmurer un vieux chant de novembre, dans la langue de sa mère. Et comme quand il était petit, elle vient près de lui et l’aide à retrouver son rêve. Comme un enfant, il serre fort sa main et n’a plus peur de mourir en s’endormant, Jacomino.


Mireille D.

par Mireille Disdero publié dans : TEXTES DE MIREILLE DISDERO
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Dimanche 26 novembre 2006

 


Quand je suis à Paris dans le dix-neuvième, j'aime bien passer par le Cafézoïde. C'est chaleureux, accueillant, il y a des enfants partout, dans tous les coins, on sent que quelque chose se passe ici... et puis on boit du thé à la menthe en discutant avec Anne-Marie, David, Marie-France... Je ne sais pas ce que vous en pensez, vous, mais moi, j'aime. Le cafézoïde à Paris, j'ai envie d'en parler sur Bleu Indigo, pour les couleurs du monde qui n'y manquent pas et pour la créativité, l'esprit de fête et de jeux.

Mireille D.

 

Un message de Marie-France : au cafézoïde, les enfants ont un lieu pour jouer, faire la fête, faire les fous ou assister aux ateliers, la radiozoïde, le cinézoÏde de Mathieu.

Ils peuvent aussi chanter avec William, danser avec David, être artiste avec Orianne, faire du théatre, de la peinture, etc. La participation d'un euro cinquante donne aussi droit à un petit goûter, comme une gaufre ou une part de gâteau. Les bébés ne sont pas oubliés ; ils peuvent  venir aux matinées d'éveil musical du jeudi et du vendredi matin. Les parents peuvent se retrouver pour discuter. Un lieu fantastique d'échanges et de dialoque. Je n'ai pas parlé des journées à thème, la journée russe, la journée italienne la fête des morts mexicains ! Venez nous voir !

par Mireille Disdero publié dans : INFO. ACTU. PUBLICATIONS...
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander

Bleu et bleus





Inge Boesken Kanold, artiste peintre, a un intérêt particulier pour les couleurs rares, anciennes et perdues.

Pendant un long séjour en Asie, elle commence ses recherches en Indonésie où elle retrouve les premières traces d’une nouvelle récolte d’indigo. Les peintures des années trente sur l’île de Bali l’incitent à s’intéresser à l’origine de ces couleurs qui se composent de pigments comme l’ocre, le cinabre, l’orpiment, le noir de suie, le blanc des os calcinés.

Elle s’installe dans les années 80 à Lacoste en Provence. Les marchés du pays lui fournissent les coquillages dont elle a besoin pour recréer en 1993 une couleur perdue au VII e siècle de notre ère : le Tekhelet, le bleu de la Bible, qui n’est autre que l’indigo issu de la mer



Ecoutez, le soleil se couche sur le col de l'Assekrem. Jaune, ocre, bleu ciel, bleu outremer, carmin. Ciel, terre, montagnes et vallées.

 

Maurizio Maggiani



Cercle chromatique Von Goethe



Goethe




Le bleu cyan, (kuanos en Grec, azurite) est une couleur pure de la lumière, souvent appelée bleu ciel.

 

Mes bras sont bleus d'avoir cueilli du bleu pour mes arbres de lumière. B. Tirtiaux, Le passeur de lumière

Avant... le bleu fut la couleur de Déméter, la déesse du blé, de l'Egyptienne Isis, déesse de la magie, et d'Hator, déesse de l'amour. Dans la mythologie égyptienne, le bleu trace une frontière entre le profane et le sacré, et évoque à la fois la nuit étoilée et l'obscurité des eaux primordiales de la création du monde. Les Egyptiens cherchèrent donc des pierres bleues jusqu'en Mésopotamie. Le bleu du lapis-lazuli en a fait une pierre à la spiritualité incontournable de l'histoire de la Mésopotamie, de l'Egypte et de l'ensemble du Proche-Orient. Dans la mythologie sumérienne, le dieu Ninurta, après sa victoire sur les démons, aura béni la fameuse pierre qui a combattu à ses côtés. Le bleu intense de la pierre accompagnera les monarchies assyriennes puis babyloniennes. "Pierre de délivrance", le lapis-lazuli était aussi utilisé pour fabriquer des potions magiques.

En Europe, le bleu était aussi une couleur initiatique... Patrick Banon, Actes Sud Junior 2006

*

Un bleu ? c'est aussi... neuf, novice, original, bizut, inédit, prosélyte, récent, débutant... 

*

Persio, celeste, celestino, azzurino, turchino, pagonazzo, bladetto...

*

Mes bras sont bleus d'avoir cueilli du bleu pour mes arbres de lumière. B. Tirtiaux, Le passeur de lumière

*

L'indigo (la teinture à) est connu depuis le néolithique dans les régions où pousse l'arbuste (Inde, Moyen-Orient, Afrique). Bleu, Histoire d'une couleur, Michel Pastoureau - Seuil point Histoire 2006

*

Je dis feu. Et c'est moi, Marc Chagall, qui entre à mon tour dans le tableau, portant les couleurs de la joie.

 *

Je voudrais des prairies teintes en rouge et des arbres peints en bleu. Charles Baudelaire

*

C'est l'action réciproque de la lumière et de l'obscurité qui produit la couleur. G. Ohsawa

*

Nous sommes en route et nos coeurs se prennent à battre en couleurs vertes et violettes. Naie pas peur. Ce n'est pas pour jouer. Si ma tête n'est pas là, elle s'attarde où il faut. Chagall

*

Pourvu que je me souvienne du soleil ! Gustave Courbet (entrant dans sa cellule en 1871)

*

Je lègue à mes amis
un bleu céruleum pour voler haut un bleu de cobalt pour le bonheur un bleu d'outremer pour stimuler l'esprit un vermillon pour faire circuler le sang allègrement un vert mousse pour apaiser les nerfs un jaune d'or : richesse un violet de cobalt pour la rêverie une garance qui fait entendre le violoncelle un jaune barite : science-fiction, brillance, éclat un ocre jaune pour accepter la terre un vert Véronèse pour la mémoire du printemps un indigo pour pouvoir accorder l'esprit à l'orage un orange pour exercer la vue d'un citronnier au loin un jaune citron pour la grâce un blanc pur: pureté terre de Sienne naturelle: la transmutation de l'or un noir somptueux pour voir Titien une terre d'ombre pour mieux accepter la mélancolie noire une terre de Sienne brûlée pour le sentiment de durée 
(Viera da Silva, Le Testament)

 

ROUGE ! La couleur rouge a un statut à part parmi les couleurs. Couleur la plus vive, elle est la couleur par excellence, la couleur archétypale, la première des couleurs... Le rouge n‘est-il pas d‘ailleurs à l‘origine du nom d‘Adam, le premier Homme ? (...) Annie Mollard-Desfour, Le Dictionnaire des mots et expressions de couleur, CNRS éditions 2000

*

 La mer, a dit le vieux Bahti, c'est l'endroit le plus beau du monde, l'endroit où tout est vraiment bleu. Il y a toutes sortes de bleus dans la mer, dit le vieux Bahti. Comment peut-il y avoir plusieurs sortes de bleus, a demandé Petite Croix. C'est comme cela pourtant, il y a plusieurs bleus...

JMG Le Clézio, Peuple du ciel (Mondo et autres histoires)

 *

... Bleu de cobalt : un rêve de bonheur.

(...) Bleu d'outremer : une eau étincellante.

Bleu zinsolin : la profondeur sous les nymphéas.

(...) Bleu ciel, bleu marine, bleu roi, bleu lagon, bleu myosotis, bleu pervenche, bleu saphir, les reflets dans la rivière.

(...) Bleu de Prusse : l'ombre sur le mur. Bleu de Delft : le soleil sur le mur.

Bleu cyan : la lumière du regard.

(...) Bleu d'indigo : l'infini du ciel.

Agnès Rosenstiehl, Bleus air, eau, ciel, Ed. Autrement 2001 (Petite Collection de Peinture)

 *

 Les couleurs sont des forces, Henri Matisse

 *

 

.. Un rai de lumière oblique entrait par la porte-fenêtre et projetait ses feux sur le verre à facettes empli d'eau teintée et sur l'émail de la boîte de couleurs. Ada... Sous l'oeil du soleil... V. Nabokov, Ada

 *

 Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge - Pablo Picasso

 *

Bleu Klein

En 1960, l'artiste Y. Klein a breveté un bleu particulièrement profond, sous le nom International Klein Blue (IKB). Entre 1960 et 1961, Klein a peint quinze monochromes en bleu IKB, dont l'un des plus célèbres, IKB 3, est exposé au centre Georges-Pompidou à ParisSources Wikipedia

 *

On était dans les montagnes ; il y avait une merveille de soleil levant, des fraîcheurs mauves, des pentes rougeoyantes, l’émeraude des pâturages dans les vallées, la rosée et les changeants nuages d’or. (…) Bientôt ce fut l’obscurité, une obscurité de raisins, une obscurité pourprée sur les plantations de mandariniers et les champs de melons ; le soleil couleur de raisins écrasés, avec des balafres rouge bourgogne, les champs couleur de l’amour et des mystères hispaniques. Je passais ma tête par la fenêtre et aspirais à longs traits l’air embaumé. C’étaient les plus magnifiques de tous les instants. Kerouac  http://raymondalcovere.hautetfort.com/archive/2006/10/18/toute-ma-vie-je-me-suis-arrache-le-cœur-a-ecrire-jack-keroua.html

 Celui qui met du rouge quand il n'a pas de bleu vous invite dans un monde barbouillé de couleur, de poésie et de vérité. Qui l'aime le suive ! Pablo Picasso

Texte veut dire TISSU

Tout finit par passer. Tout passe par l'infini... Nous ne serons jamais finis, ni définis. Nous résistons à la définition qui tuerait notre poésie du coeur et de l'être.

Pascal Ludovic Saissi, septembre 2006

*

Nous avons pris la route du Sud comme si nous étions réveillés, et pourtant, chaque détail du paysage se liait au suivant selon la logique impeccable du rêve.

Jemia et J.M.G. Le Clézio, Gens des nuages, Gallimard - Folio 1997

 * 

L'orage est mon domaine et quand le vent se lève mon âme tourbillonne.
Beethoven

*

Que ferais-je sans ce monde, sans visage, sans question
Où être ne dure qu'un instant
Où chaque instant verse dans le vide
Dans l'oubli d'avoir été
Sans cette ombre où à la fin corps et ombres ensemble s'engloutissent
Que ferais-je sans ce silence, gouffre de murmures
Haletant, furieux, vers le secours, vers l'amour
Sans ce ciel qui s'élève sur la poussière de ses lests
Que ferais-je ? Je ferais comme hier, comme aujourd'hui
Regardant par mon hublot si je ne suis pas seul
A errer et à virer loin de toute vie
Dans un espace pantin
Sans voix, parmi les voix enfermées avec moi.

Samuel Beckett

* 

Une femme, douce crème, forte d'un café italien tassé de tessitures a pris mes mains battues de poussières et de routes dans une gare allumée par le soir.

Pascal Ludovic Saissi

 *

-- I would shelter you
Keep you in light
But I can only teach you
Night vision --

S. Vega, Solitude standing

  *

L’invisible a ses chemins, et nous avons les nôtres. (...)

Peu lui importe notre rôle d’esclave et notre fatuité qui nous affirme que nous sommes libres.

Jean Cocteau, In Journal d’un Inconnu


 *

Libre à vous de croire et de chercher, de donner encore à la poésie ce but : dans un monde de non-sens, tous les sens sont primordiaux.

Daniel Brochard

 *

Je crois en l'amour. A une dimension absolue de l'amour. Je crois en l'amour comme le chercheur croit au fabuleux aperçu un jour dans son microscope et qu'il n'a de cesse de vouloir prouver envers et contre tout. Même quand on le décrie, même quand on se moque, même quand on le fait mourir.

Île Eniger