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BLEUE COMME L'ENFER

Publié le par Mireille Disdero

 

Passeur d'Indigo  -  Amateur de texte tissu  -  Rivière d'encre sur les doigts Underwood  -  Ma machine à t'écrire au langage liquide  -  Plante un port bleu Méditerranée  -  Je suis bleue comme l'enfer...

Myriem Roussel 

 

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JE SUIS DE CETTE NUIT...

Publié le par Mireille Disdero

 

De Philippe Landreau

 

Je suis de cette nuit des trains ensommeillés qui passent des frontières, où des hommes ayant enfoui très loin en eux le mot « désir » et cessé de croire qu'embarquer fut possible, n'écoutent qu'à peine les rumeurs des gens pressés qui remontent vers Zurich avec les tentacules des pétrodollars putréfiés dans leurs mallettes serrées et l'illusion de posséder le monde.

Je suis de cette nuit des autoroutes en panne et personne ne s'arrête sauf le temps lui-même sous les arches des sonorités effondrées dans les lourdes tentures des théâtres d'ombres et les avions à Genève déchirant le ciel au-dessus des ponts dans la stridence des réacteurs, vers des lieux qui n'existent que dans les coupures des journaux, puisque tu ne les verras jamais.

Et jamais ne seras l'archet du vent sur l'âme de la voile.

Certains soirs tu refermes lentement le livre des tempêtes. Le poème, l'ennemi fraternel se refuse, revoilà le désert, ses mirages, ses cavales pétrifiées dans les statues de sable et de poussière qui roulent sur la dune leurs serpents déracinés de Nils et de papyrus et l'unique rêve de Pharaon d'ouvrir le fleuve, sur le peuple englouti des nefs et des morts dérivant, pour connaître à l'instant les mystères et les sortilèges d'au-delà.

S'il se trouve un chemin à travers les ossements, les crânes fracturés, les hommes rompus, engloutis dans l'asphyxie des lises, les membres brisés dans l'écho des tables sacrificielles, le c*ur arraché par la griffe du condor dans cette Mésopotamie luxuriante, vers les hauteurs vertigineuses et chancelantes de l'Altiplano, où tremble la splendeur dénudée du Seul-Inca, défait par les centaures et l'arquebuse, à Caxamarca.

Puis, nous, empêtrés dans le vol gluant des pétrels, pillards de charniers, énucléant les yeux morts des poissons pourrissants sur les déchetteries, leurs lambeaux d'émeraudes mazoutées secoués par les vents branlants des mers domestiquées par les vagues de transats échoués sur la plage avec le dérisoire, papiers gras et baleines des parasols. Tu voudrais faire pousser la pluie dans des herbes torrides, décliner l'avalanche et ses noms d'incendies.

Mais, Atlas est un bousier musculeux qui pousse lentement la rondeur de son butin d'excréments vers le gouffre, vautre dans la liesse, sa cène. Je suis de cette nuit attentive, aux paupières tuméfiées, à la lumière atrophiée. L'effraie scrute l'air, contemple le silence et traverse ses eaux, comme le navire écarte les ronces de l'océan, ses ergots, ses gouffres acérés.

Landreau Philippe

 


Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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MUSTEK - PRAGUE

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Mustek

 

                                  Prague

 


Dans ses yeux, des icebergs rêvent froid. Ne plus parler. Voix recroquevillée.

Se traîner à genoux pour user le trottoir, son visage enneigé, la douceur au fond du caniveau. Perdre sa langue, oublier les mots, se sauver. S'abîmer comme on s'habille, avant de partir en voyage, à bord de soi. En toute détresse. Seule. Silencieuse. Touchée, intouchable.

Dans la taverne, des hommes chauds inventent leurs femmes. Quelques bières, un soleil noir pour enflammer la voûte, son millénaire slave.

Assise à mi ombre entre la nuit et l'hiver, la solitude n'est pas encore à boire.
Ils partagent l'atmosphère subtile d'une ivresse en herbe. Elle se souvient d'un air triste, la guitare de Ry Cooder. Ce scénario d'un désert. Elle décalque de vieilles images sur ses yeux. Continentaux.
 
Elle aimerait mourir ses souvenirs. Choyer les icebergs.

Ses lèvres tournées vers la fenêtre déchirent un rire. Une silhouette se détache sur la rue. Danse-t-elle ? Elle rêve. La réalité se vide comme la rue pleure en voix de Bohême.

Prague, navire échoué, les hommes ouvrent nos bras. Nous ne pourrons jamais les refermer.

Sommeil, la nuit s'agite en son nid de brouillard. Les vitres reflètent des lueurs de cœurs, des travées obscures palpitent les mots de Kafka et Milena. Les mots de chaque jour...

Dans la taverne de Mustek, un verre contre la joue, s'endort un ange. Il coule à flot sur sa vie. Elle aimerait caresser ses cheveux. Mais la brûlure de ses doigts l'éveillerait. Son ange, relevant le col du soir, quitterait la taverne.

Dans ses yeux, des icebergs pour aimer froid. Ne plus souffrir de la chair qu'on révèle, sous les écailles givrées des mots quand la vie chante une berceuse slave.

Elle plie son cœur dans un mouchoir et l'abandonne dans une poche perdue.
Demain, elle sera une rue de Prague. Elle vous marchera, vous portera, vous illuminera pour longtemps.
Son ange endormi vous offrira un café turc au Puskin. Une belle rue de Prague, tout au fond de vous...


MD

Prague en février 2001, vue du château

 

Vous pouvez lire aussi Mustek dans le recueil Nuange de la collection de Sables...

 

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MES FLEURS DE CHIENS

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Je vous signale la possiblilité d'une...  

lecture dense et singulière, comme je les aime, et la possibilité d'imprimer le recueil sous le format de la collection Bandonéon :

 

Mes fleurs de chiens, recueil de textes de Ludo Kaspar à télécharger ici

 

Ou sur le site d'Hervé Grillot Un endroit sur la terre (voirs Liens ci-dessous) : il s'agit d'un recueil de sa collection Bandonéon (n°29) aux éditions Tapuscrit dont le "credo" est  :

 

L'écriture et la lecture enfin libérées !

Ce recueil est pour vous, lisez-le, gardez-le ou déposez-le dans un lieu public. Bonne lecture ! (Exemplaire gratuit). Edition Tapuscrit 2006.

 Quelque part sur la terre... http://www.hervegrillot.info

Un endroit sur la terre... http://pagesperso.laposte.net/unendroit/

 Avec conseils de HG pour fabriquer votre exemplaire papier pour de vrai du recueil.

 

Pour la Ville Nouvelle

C'est une ville bizarre
Où l'esprit s'use entre les gouttes

Même la pluie sent le neuf
La voiture dernier cri
Le Virgin
Le Carrefour

Tant que tu marches debout
Parfaitement déprimé
Dans l'illusion de la grande
Plane surface ; et le déni du gouffre

La Ville restera Nouvelle
La ville d'entre les gouttes
Où tout est prêt-à-vivre
Si tu retrouves ta taille

C'est une ville bizarre
A dimension humaine
Un peu style quatrième

Et c'est là, oui c'est là
Que je rentre mes neuf vies
Dans une boite de ronrons
Sans date de péremption

Non je ne me plains pas
J'ai pris l'habitude d'être 
L'espace
Qui pleut entre les gouttes.

LK

 

 

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SOUS LE SIGNE DU SCORPION

Publié le par Mireille Disdero

Dans Carnet de routes du Sahara,

de Hervé GRILLOT


Quand l’homme est exposé au pire, sans pouvoir réagir, Ce peut être le pire qui le sauve, sans pouvoir dire pourquoi...


 

On construit rarement une route là où tout le monde se presse. Par exemple, cette fois-ci, au moins quatre heures de transport sépare le chantier d’un soupçon de civilisation. Qui s’en inquiéterait ? Personne !

Tout notre beau monde continue à déplacer les cailloux pour y mettre un semblant d’ordre humain.

C’est d’ailleurs en soulevant une pierre que l’homme se fait piquer par le scorpion.

Une heure plus tard, c’est dire beaucoup trop tard, ils sont trois ou quatre à me présenter le blessé. Je suis le chef, sais faire une route, donc je dois savoir le sauver aussi...

L’homme est blanc de peur, moi, livide d’incapacité.

- C’est bon, je vais te sauver ( l’important est, au pire, de le rassurer pour ses derniers instants).

N’ayant rien qui ressemble à un bloc opératoire et encore moins à une trousse de pharmacie adéquate, je conseille au doigt mordu de piquer une tête dans un fût de gas-oil ! Ensuite, ordre sentencieux est donné à l’ouvrier d’aller s’allonger dans sa guitoune jusqu’au lendemain : son dernier repos ?

Je ne sais s’il a pu dormir, moi pas. Le lendemain, j’arrive perplexe. Les mêmes m’attendent avec des paroles de respect. Il parait que mon remède, renforcé d’un chapelet de prières au Miséricordieux, ont sauvé le moribond.

Je suis bien le seul à penser le contraire !

Mais il est des instants fragiles où l’on doit laisser planer le doute comme le papillon dans l’azur.

 

Hervé GRILLOT

 

A lire sur le site : http://www.hervegrillot.info/

 

Le Sahara, Mauritanie

 

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VISION DE NUIT

Publié le par Mireille Disdero

-- I would shelter you
Keep you in light
But I can only teach you
Night vision --

S. Vega, Solitude standing

 

Un herbier
empli de mots séchés
au soleil

Le chemin muletier
escarpé
vers le jour

Des fenêtres
aveugles aux sens
de la vie

Quelques verres perdus près de ton cendrier
Une étoile de papier pour oublier la vraie
La chanson des images aux racines nouées

Puis
ma main
qui se souvient
de celle de l’été

La magie de ton cri

................Notre vision de nuit

MD

Photo LK, Paris

 

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BONHEURS A RECULONS

Publié le par Mireille Disdero

 

 

 

Tout coule délicatement à travers les doigts de la mer

Dans son herbe d'algues                    sous le vent

je cours et les heures sont des bonheurs à reculons

qui se détachent                        à mesure que j'avance

 


Plage de Port-Saint-Louis, Camargue

 

 

Et sur moi le soleil en extrait

Imprime un puits de lumière

                                      Une ombre portée


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DU CIEL VENISE EST UN POISSON

Publié le par Mireille Disdero

San Zaccaria, Venise - mai 2004

Grimpant aux terrasses des cafés, le voyage farde un rio serpentin. Miroir, je te vois. Dans l’âtre où crépitent les souffrances et le tendre des regards. Onzolo, je te vois. Transparent ancêtre, malgré les masques et le fantôme de ton alto sans archet. Tu sais la nostalgie plus forte que tristesse. Avec l’accent d’un quartier pauvre, tu roules l’air pour soupirer les mots puis, approchant les fenêtres du palazzolo, tu te souviens d’une histoire chuchotée. Dans le labyrinthe, chaque canal te devient familier. Tu es chez toi et tu souris car cette nuit, l’air est tendre comme un début de roman. Les pages occupent un lecteur qui se déplace à l’intérieur du jardin, chez toi. Onzolo, tu le vois, l’académie des Arts comme en ralenti révèle sa pensée archaïque puisée dans les hauts fonds … Miroir, je te vois et je vois le monde nager dans les mots, noyer le Rialto.

Collée à ta main, une bougie ouvre un chemin aux lumières intérieures. Tu brûles en toi les pages noircies et les étapes. Ton roman attend, les vitrines continuent à appeler. Tu aimes cet endroit où la grive musicienne, par-delà les toits de l’Arsenal, s’élance.
Oiseau seul, je te vois et j’entends le monde. Eau et pierre lavent ton cœur brûlé.
Du ciel, Venise est un poisson. Dans la valise de mes destinées, quittant l’île, les souvenirs au hublot penchent, un poème à la traîne en réverbération de ma joie.

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VENISE

Publié le par Mireille Disdero

 

Venise et L'orage, mai 2004

Tant de lions couchés devant le seuil des portes,
Tant d'aiguilles de bois, de dentelles de fer,
De dentelles de marbre et de chevaux en l'air ?
Où vit-on tant de fruits qu'on charge et qu'on décharge ?
Tant de Jésus marcher sur l'eau,
Tant de pigeons marchant de long en large
Avec habit à queue et les mains dans le dos ?
...
Où vit-on atteler des hippocampes d'or ?


Jean Cocteau

 

 

Dans Venise la rouge,
Pas un bateau qui bouge,
Pas un pêcheur dans l'eau,
Pas un falot.
(...)


                                 Alfred de Musset

 

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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TRAIN DE VIE - MINUSCULE

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Un jour, 

il nous arrive quelque chose qu'on ne peut pas empêcher et qui tranche en quelques heures le cordon vivant de notre existence. Le silence qui suit après, en soi, est destructeur.

La vie sans majuscule. Dans le train à l’arrêt, j’attends. Je regarde droit devant, le dossier du siège est un horizon aux frontières étouffantes. L’impression d’une eau profonde dans laquelle je coule en m’enroulant sur moi-même. Si fatiguée, tellement ballottée, comme un chiffon de chair. Le train attend un signal. Je ne sais plus lequel. Je fais des gestes simples, ceux que mon cerveau de reptile peut décider sans moi. Sans moi… je me quitte. Un sourire déchiré c’est la grimace des dents cognées. Je replie incessamment le pli trop plissé de ma robe au teint pâle. Je replie incessamment mes morceaux éparpillés pour parvenir à les recoudre plus tard.

 

Plus tard…

 

Devant moi j’observe le néant, j’ai besoin de ce néant pour oublier la fatigue… La fatigue et autre chose. Celle qui creuse son tunnel dans ma vie vécue avant en pente douce. J’écoute le signal du train, celui du chef de quai ou alors, celui d’un oiseau qui hurle. La femme à côté de moi me secoue le bras tout à coup, me sort du fluide amniotique dans lequel je viens de retourner. Je frissonne et j’ai peur, elle me montre au dehors, derrière la vitre un homme qui me fixe. Alors le train entend ma crainte et démarre et m’emporte loin du chiffonneur de chair. Alors le train me sauve et quelque chose cesse de me battre. Dans la vitesse, en mouvement. Ma voisine s’éloigne vers le wagon restaurant. Le paysage dessine un visage reflet sur la vitre. Est-ce moi ? Désormais oui, c’est moi, le reflet. Mon corps, lui, peut faire ce qu’il veut. Plus rien n’est à perdre le perdu est perdu. Je pose mon être dans le reflet. Je suis le reflet. Le reflet ne peut pas être touché. Il flotte dans la transparence. Est-ce que je peux parler ? Oui. Alors voilà, quand j’aurai raconté mot après mot, je passerai ma main sur le miroir, pour enlever la buée. Ce sera le moment d’en sortir. Sortir prendre la direction du soleil. Un pas, encore un. Un train puis un, deux, trois soleils.   MD

 

Destinée, Maury Perseval

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