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MARSEILLE BOULEVARD DE PARIS

Publié le par Mireille Disdero

 

Je t’aurais mangée sais-tu
Si grande fille
Je t’aurais mangée
J’en pleure seul en marchant
J’aime et je désire
Mais le bien est monotone… 

Jean-Louis Murat

Ce que tu désires (extrait)
In Mockba, éditions Scarlett 2005

 

 

Marseille, boulevard de Paris

 

Quand l’esprit des nuits longe la Corniche
il m’arrive de m’exiler vers le boulevard de Paris,
à Marseille.
Du ciment. FRANCE TÉLÉCOM.
Ces travaux effaceurs de seuil plombant les solitudes
et le nulle part de Maxi Asia - rideau baissé. Puis effacé.
Avec des abandons de façades
un parfum persistant de coriandre ou de secret,
avec ce bistrot arabe
où seuls les hommes s’attablent et font brûler l’encens
le regard de la mémoire s’accroche
au ciel couleur titane 
et reprend le boulevard de Paris
à reculons
vers la jungle de nos mains.

C’est le vide qui fait rire l’enseigne d’une façade
sur la ville habillée à la hâte quand
touchant le pont de l’autoroute à l’aube
le soleil franchit la beauté en même temps que moi.

MD

In Un Ogre dans la ville

 

(voir l'article http://indigo.over-blog.com.over-blog.net/article-3947713.html)


 

 

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UN OGRE DANS LA VILLE

Publié le par Mireille Disdero

 Photographie Jérôme Nicolle

 

Depuis une demi-heure je suis assise sur un rocher blanc du Château d’If. Le bateau du retour ne passera que dans quarante-cinq minutes. J’attends en fumant ma toute première cigarette. Je ne tousse pas. On dirait que j’ai toujours fait ça. Ici dans l’île, je suis libre et ne risque pas de croiser le tatoueur. Je m’allonge sur la pierre chaude, les yeux vers le ciel. J’écoute les vagues se jeter contre l’île. Shhhhhhhhuuuuuuuu… Des mouettes tournoient au-dessus de moi pour m’inviter au voyage. La lumière est presque palpable. Je la sens me toucher, m’aimer. Je suis bien. Aujourd’hui, il n’y a personne, pas un seul touriste. J’aime cet endroit. Je pense à la première fois que je suis arrivée à Marseille avec mes parents. On devait atterrir à Marignane mais l’avion est venu faire un demi-tour au-dessus de Marseille et du Frioul, en fin d’après-midi. L’ombre des ailes frôlait les vagues. Ce jour-là, j’ai été heureuse d’avoir des yeux capables de découvrir cette ville adossée à la mer. Je garde encore la marque de sa beauté, même des années après, en traversant ses quartiers aux murailles écorchées. J’aime Marseille, je l’ai dans les yeux, comme une couleur.


Ce texte est extrait de Un Ogre dans la ville, paru ce mois de septembre aux éditions de l'Harmattan, dans la collection Exclamationniste (Paris 2006).


Un Ogre dans la ville est un roman à l'encre noire, sans sucre.

 


Cédric Yole - ci-dessus - écrit dans la postface :


(...) A l’image de Marie et d’Angelo, les deux protagonistes de ce récit, Marseille reflète des solitudes endémiques magnifiées par les illustrations de Catherine Carruggi. Eblouies par le soleil méditerranéen, les fictions marseillaises relatent très souvent des épopées sanguinolentes et désabusées. Le réalisme de Mireille Disdero propose une vision alternative et oppressante : la construction du roman conforte ce souci de justesse où le prisme des réalités intérieures influe sur la perception du monde extérieur. (...)


Sur Internet, il est possible de commander Un Ogre dans la ville sur le site de l'Harmattan http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=22098

mais aussi sur Amazon.fr, Alapage.com etc.  


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HORIZON

Publié le par Mireille Disdero

... de Philippe Soupault

 

 

Toute la ville est entrée dans ma chambre

les arbres disparaissaient

et le soir s'attache à mes doigts

Les maisons deviennent des transatlantiques

le bruit de la mer est monté jusqu'à moi

Nous arriverons dans deux jours au Congo

J'ai franchi l'Equateur et le Tropique du Capricorne

je sais qu'il y a des collines innombrables

Notre-Dame cache le Gaurisankar et les aurores boréales

la nuit tombe goutte à goutte

j'attends les heures

 

Donnez-moi cette citronnade et la dernière cigarette

je reviendrai à Paris

 

 

 

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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Y COMPRIS ET SURTOUT DANS LA NUIT DE HERVE GRILLOT

Publié le par Mireille Disdero

Il m'arrive parfois de lire un texte qui  - comme l'écrit Chandler -  ajoute quelque chose à nos vies...

Difficile d'expliquer ce qui fait qu'en traversant une nouvelle bien plus qu'une rue, on va rester silencieux, après. Un tout petit peu plus grand, aussi... Enfin, on l'espère. Les images "écrites" nous percutent parfois aussi sûrement que des souvenirs vécus, dans les profondeurs.

Evidemment le thème est porteur.

Condition des femmes, de la femme, relation entre les hommes et les femmes, pauvreté et simplicité qui soudain prennent la parole jusqu'à l'épuisement des images et des corps. Alors, décalage (et cadrage. Le texte est légèrement cinématographique. On "voit" les plans se succéder). Tout à coup je pense à un film de Doillon, sur un thème proche : Raja (l'histoire d'une jeune fille, au Maroc).

Alors voilà. Il était une fois un texte... d'Hervé Grillot.

Je ne cite que le début sur Indigo, vous renvoyant ainsi plutôt sur son site pour lire la suite.

Allez-y, allez-y, allez...   

.

Casablanca, Maroc.


 

C’était une femme qui marchait dans la ville aux tâches de lumière. C’était minuit qui ne sonnait pas mais qui se devinait aux trottoirs déserts et aux voitures solitaires. C’était une femme arabe avec une jupe à mi-mollets ; assez osée pour oser croire à une fille sans plus rien à cacher. C’était une femme à lapider, ou bien c’était une femme qui n’en pouvait plus de ne plus pouvoir payer mais de devoir à tous. C’était une femme qui acceptait d’être un corps, à Casablanca, à minuit, en jupe, sur le trottoir, otage des lumières dans ce clair obscur sans issue.

(...)

Quelque part sur la terre :

http://www.hervegrillot.info/article.php3?id_article=532&date=2006-09

 

 

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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BOSCO

Publié le par Mireille Disdero

Je viens de dérober un passage d'Henri Bosco que Raymond Alcovere cite sur son blog : c'est mon côté chasseuse de textes. A mon avis, il ne m'en voudra pas. 

 

Il n'y a pas deux temps pareils de solitude, car jamais on n'est seul de la même façon. Il est des êtres singuliers dont le passage vous inspire un sentiment plus vaste ou plus profond d'isolement, après qu'ils vous ont laissé seul. Plus eux-mêmes sont solitaires, plus leur présence vous emplit, plus leur absence vous laisse de vide. Peut-être vous accordent-ils, eux qui sont faits pour le désert, aux lois secrètes de la solitude.

Henri Bosco, Malicroix

 

J'aime ce texte, je l'aime car il est exactement accordé, juste (comme une note de musique peut l'être).

MD

Atelier de Catherine Carruggi, Aix en Provence

 

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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REVUE PYRO

Publié le par Mireille Disdero

Le directeur de publication de la revue Pyro, Didier Osso, nous informe :

le nouveau PYRO est disponible. (...) Les abonnés devraient le recevoir aujourd'hui. Si vous n'êtes pas
abonné, vous pouvez vous le procurer via le site internet ou dans quelques librairies.
A l'honneur de ce nouveau numéro, le poète Roger Lahu et le dessinateur David Hébert. Vous retrouverez bon nombre de poètes et photographes qui ont déjà participé à notre revue, deux nouveaux se sont joints à nous, Mireille Disdero et Jean-Paul Daoust.

Sur le site du Grand Incendie, le Petit Musée Ephémère rouvre ses portes. Benoît Joly, qui a participé à PYRO 6 nous offre une histoire courte haute en couleurs.

Bonne lecture,

Didier Osso
------------------------------------------
http://www.legrandincendie.net - un site de poésie, de littérature et d'art alternatifs.

 

J'ai la revue sous les yeux. Je commence par Un été parisien de Lise LefebvreL'histoire se fera sans vous, sans nous... On se retrouve sur les mêmes parkings, / Et les plages, trimballant la glacière avec nos idées mortes. Ensuite, Julia Muste-Marchand. :

...

Il y aura eu

l'amie la lune

comme une promesse d'enfant

derrière l'arbre de la cour

les rythmiques du corps ami qui soudain se tait

perdu dans la même foule que moi

rencontré au même point d'errance

sur même ligne de fuite

 

Seul

 

Seule

 

Comme il se doit

pour rouler sa bosse

modeler les méandres

 

Comme il se doit 

pour s'exiler à tout

(...)

Julia Musté-Marchand

 

Le texte est beau tout entier mais je n'en cite qu'une courte partie... Trouvez la revue, allez la lire, vous verrez ! Ma lecture continue avec Jérôme Nicolle, ses photos, ses textes... Un passage :

 

Ce que j'aime les volutes

dessiner dans le soir

la caduque impression d'échapper à la mort

l'espace en mouvement

l'invisible en action permanente

 

au ciel

comme une montée profane

 

ma femme endormie à deux pas

(...)

Jérôme Nicolle

 

 

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PIETRA SERENA

Publié le par Mireille Disdero

                    Un jour de fil noir 
                   en robe d'obscur dénouée vers ton image
                  ...


Pietra Serena

 

Beauté posée sur l'eau
bateau de terre cuite
lacis en viaducs de couleurs
ma photo d'Henri Michaux par madame Cahun
 
Fouillis d’images
silence en clarté délicate
éventail d’indigo orange
mes tresses de doigts pour attacher le ciel au vent
 
Amour cicatrice
d’ouvrage en regard fièvre
stridulation d'insectes bavards
aux mots médusés leur tapis de pierres sèches
 
Soleil souffrance
entrée bleu métis mon secret
prend l'eau la parole et la vie
nous ne plierons jamais sous une identité
 
Pietra Serena
beauté posée sur l'eau
pour tuer le temps mort
et sécher le soleil étendu à nos fils
 
MD, Nuange 2003

If language were liquid...

if language were liquid
it would be rushing in
instead here we are
in a silence more eloquent
than any word could ever be
(...)
I d'like to meet you
in a timeless placeless place
somewhere out of context
and beyond all consequences
(...)
I won't use words again
they don't mean what I meant
they don't say what I said
They're just the crust of the meaning
With realms underneath
Never touched
never stirred
Never even moved through

Su. Vega

 

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LES FRUITS BLEUS

Publié le par Mireille Disdero

 


     Plateau du Yagour, Haut-Atlas

 


Armés
du tranchant de leurs voix
sur les hauts-temps ils habitent
et à torrent d'air respirent
n'attendant pas la nuit pour exister

Accompagnée
J’échange le soir contre un corps
                     qui n'est corps

 Et l'eau éclate aux yeux des hommes
qui tiennent l'amour comme un bébé chat
dans la paume de leurs mains
                     mon éboulis de joie

Eveillée
je deviens comme eux ce regard nomade
sur les fruits bleus du monde... qui bat.


MD

Yacine

 

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AILLEURS

Publié le par Mireille Disdero





Il est possible que des objets sans importance résistent à l'attraction désastre... bien longtemps après nous.

 

 

J'ai commencé à accélérer. Mes battements de coeur surtout, puis mon allure en marchant. Une personne attentive aurait pensé à la bande image qu'on rembobine à toute vitesse. Mais j'étais dans le film, je ne discernais plus les contours ni les limites.

Au bureau, la clim était mal réglée. Une équipe du service technique commençait à démonter le mécanisme. J'ai dit "bonjour" comme j'aurais murmuré "ailleurs". Personne n'a remarqué les yeux rouges ni perçu la voix fissurée... et l'accélération.

Le soir j'ai bouclé ma valise avec mon coeur dedans. Le voyage m'a rappelé la morsure des moments sans importance. Au-dehors les vivants s'estompaient tels des trains fous qui ne s'arrêtent dans aucune gare. J'étais un rail, des champs, la lumière qui couvre les bancs, là-bas, j'étais mille kilomètres qui fonçaient dans l'azur sans assurance vie et... Tellement.

J'étais tellement. C'était ma nature.

Mon premier pas ailleurs a fait taire le voyage. D'un seul coup. Le soir m'a prise dans un café du cinquième, rue des Ecoles, pendant que j'avalais un second coca light. J'ai dévisagé mon reflet dans le miroir qui me faisait face. C'est alors qu'un souvenir a commencé à s'agiter autour de moi. Un collier de chien en cuir usé a glissé de mon sac ouvert. Alors, quelque part sur la terre un barrage a cédé. Un train a déraillé, une enfant a rêvé d'un chien qui gardait ses nuits, ses jours et la douceur contr'elle.

Septembre 2006

 


Rosanna Arquette In New York Stories

 

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MAHMOUD DARWICH - PASCAL LUDOVIC SAISSI

Publié le par Mireille Disdero

Trois rencontres avec le lointain

 

1.

J'ai rencontré Mahmoud Darwich
dans la terre infinie de son exil
dans les cases vides de sa valise
sous les paupières de son premier amour,
dans les cheveux du vent
que peignent les pas de Jésus,
entre Gaza perdue et la gloire du Golan.
Et il m'a dit : "Regarde ces amandiers !
les filles d'une Jérusalem terrestre
ont allumé leurs fleurs fragiles
dans mes yeux.
Où j'habitais... sur les sillons labourés par mon père
aplanis par les pelleteuses de l'occupant,
les filles ont des seins d'oranges
les épaules de l'amour sont nues
le silence échangé contre le silence,
et parmi les langues tragiques du désert
seules les bêtes se souviennent.”

2.


J'ai rencontré Mahmoud Darwich
sous les paupières de son premier amour,
et il m'a crié : “ici je suis, j'ai le droit
d'être et d'avoir ; je ne suis plus qui j'étais,
mais je serai ; ici je serai, j'aurai, j'aurai le droit
d'être et d'avoir le parfum léger de la paix,
colombe elle aussi rampante, elle aussi
exilée du ciel au sol stérile
que des mains religieuses s'arrachent
dans le seul enfantement
de la douleur.”
“Regarde cette lune bleue
sur Jérusalem endormie
je ne pourrai pas l'attraper, car les artères
du monde sont barrées aux prophéties,
bien que les sirènes chantent
à la terreur des tirs de DCA ; dans la nuit
tragique d'une capitale absente, des mains
noires de sang battent l'enfance et la survie
des dieux trahis.”

 

3.


J'ai rencontré Mahmoud Darwich
sous les paupières de son premier amour
dans sa terre infinie d'exil, quelque part
là-bas, du côté de l'universelle honte
dans un hôtel étrangement feutré de solitude,
et il m'a crié le Chant des Chants contre
la sourdine des rotors et de Fox News,
le Chant des Chants pour consacrer
l'amour dans le sein du sein de la myrrhe,
au-dessus des montagnes de déchirures
où deux frères luttaient jusqu'au dernier sang,
et il m'a crié le Chant des Chants
perdu dans les rouleaux électroniques
de la haine américaine, fermé sur son propre
dépassement d'esprit et de lumière,
au désert où fut le cri de sa parturiante,
lieu étrange que les mères juives et arabes
traversent
pour crier leurs martyrs au silence du siècle.

Extrait de Echelles, Pascal Ludovic Saissi

 

Pascal à Cluny

 

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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