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LA FILLE DU MARDI, VERS MINUIT - HERVE GRILLOT

Publié le par Mireille Disdero

Tous les mardi soirs c’est pareil...

C’est vers minuit que ça leur prend. De mon côté, j’ai l’habitude, je fais le mort. Je « pause » la musique, je « clique » la lumière, je m’allonge sur le lit et j’attends. A cet instant, la Ducati est arrivée depuis un bon moment.

 


 

Quel bruit ! Vous connaissez le bruit d’une Ducati, le soir au fond d’un square ? Un bruit à démonter, réviser et remonter soi-même et par piston tous les samedi. Un bruit vraiment mécanique, viril, pistonné, flamenco espagnol, à quatre temps et trois mouvements.

Le gars doit en connaître un rayon question moto.

Entre le bruit de la Ducati traversant le square et la suite de l’histoire, vous avez le temps de feuilleter un magazine. Si, si.. allez-y, je vous en prie... je vous ferai signe.

Car l’histoire des poubelles que sort, entre temps, le concierge, n’apporte rien à ce qui nous intéresse ce mardi soir-là, comme toutes les semaines. Quatre poubelles pleines qui feront le trottoir jusqu’à leur dernier client du mercredi matin, à sept heures quinze, pile. Un grand mal rasé qui sautera du camion pour attraper les filles du docteur March, les vider et puis basta.. ce sera le début d’une nouvelle journée à humer, quatre poubelles bouches bées et haleine fétide. Quatre superbes poubelles n’apportant rien à l’histoire, même arrosées pendant toute la nuit par la majorité des chiens du quartier. Non, vraiment, rien d’intéressant, croyez-moi, vous pouvez continuer à feuilleter votre magazine. Moi j’attends, allongé sur mon lit, la musique « pausée » et la lumière « cliquée ». J’attends, un air de jazz dans la tête : Around midnignt !

Puis voilà que ça arrive, que ça commence à couiner, elle et lui... posez donc votre magazine, s’il vous plait ! Au fait, vous lisiez quoi ?

C’est toujours plus elle que lui... comme un chat, un petit chat qu’on caresse, puis qu’on chatouille, puis qu’on étrangle, avant que le petit chat se transforme en tigre rugissant. Elle crie, la voisine, vers minuit.

De lui -du motard sympa à la Ducati garée vers les poubelles, les poubelles où les chiens pissent- du gars à poil, le casque posé sans doute au pied du lit... rien à attendre, rien, pas même un mot, pas un souffle - en tout cas que je ne puisse entendre d’ici, depuis mon lit, avec ma musique "pausée" et la lumière "cliquée"-, vrai... rien de rien.

Rien, silencieux l’easy rider, aussi muet que vous avec votre magazine posé sur vos genoux. Alors qu’elle... qu’ELLE ! Le gars doit en connaître un rayon question sexe.

C’est drôle d’entendre une femme jouir à côté. Je veux dire... quand on n’est ni dessus, ni dedans. En fait, ce n’est pas drôle du tout. Vous imaginez ?

Ensuite, les mardi soirs après minuit, j’attends encore, immobile, musique "pausée" et lumière "cliquée". Ils parlent en morse : elle une phrase longue, lui, comme tout motard qui se respecte, une réponse courte... une longue, une courte, une longue, une courte. Elle développe, il coupe court.

Le gars doit en connaître un rayon question onomatopées.

L’un des deux se désespère enfin car j’entends un bruit de chasse qu’on tire, d’eau qui coule, de tuyaux en cuivre qui vibrent et tout le tremblement. Je n’arrive jamais à savoir lequel des deux a tiré. J’avoue que ça m’embête un peu de partager leur intimité hebdomadaire, sans pouvoir mettre un visage sur la chasse tirée.

Si ça se trouve, le gars doit en connaître un rayon question plomberie... si ça se trouve.

Ensuite, quelques minutes suffisent pour oublier la chasse d’eau, pour cliquer la lumière, pour remettre la musique avec "play". Goodbye Pork Pie Hat. Vous aimez Charlie Mingus ? C’est beau !

C’est beau, mais dehors, ça s’agite. Les chiens surpris la patte en l’air par une Ducati sur le départ. Bon sang, ce bruit, la Ducati... les mardi soirs, au bord du trottoir d’où les cabots décarrent sans demander leurs restes de poubelles.

Le gars doit être nul question trente millions d’amis.

Puis tout s’arrête dans le quartier, comme un soufflé refroidi et à moitié servi. Même les chiens reviennent pisser en silence, se lécher les couilles sans un mot. C’est vous dire... ces mardi soirs ou plutôt mercredi matin, avec ma musique qui "stoppe" au bout du disque, Charlie Mingus qui repose sa contrebasse, le barman du morceau qui doit déjà retourner les chaises et balayer.

C’est le silence des premières heures, après minuit, j’ai envie de dormir mais j’attends, comme tous les mercredi matins, très tôt. Je pense à Charlie Mingus, à l’éboueur de sept heures quinze, pile. On n’y est pas encore, ni lui, ni moi, ni ma voisine qui recommence, toute seule, à se manifester, à faire du bruit, elle pleure la Ducati partie. Oui, ma voisine pleure.

Le gars doit être nul question amour.

Moi aussi j’ai envie de pleurer. C’est pas drôle d’entendre une femme pleurer à côté... je veux dire quand on n’est pas à ses côtés, à caresser sa joue, à mordre ses cheveux. Non, ce n’est pas drôle du tout... vous imaginez ? Vous imaginez comment je sers mon oreiller ?

Alors je me lève doucement, en silence, pieds nus, je caresse mes disques... Flamenco c’est trop fort, Tango c’est trop triste. Bill Evans c’est juste bien, c’est cool. Les notes du piano dégoulinent jusqu’à l’étage du dessous.

J’imagine la fille séchant ses larmes puis s’endormant jusqu’au mardi suivant, Belle au bois dormant, sans autre bruit, pas même celui d’une Ducati qu’un Prince, pas si charmant, doit bichonner maintenant.

 

Hervé Grillot

 

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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SLAM - DIDJEKO - JO CORBEAU - INFO.

Publié le par Mireille Disdero

 

Marseille

Les restes du chantier sont entourés d'un cortège de grues immobiles. Une forêt métallique de pylones et de lignes désormais inutiles prolongent
Une vue sur la ville
Et son silence intérieur
Qui vous retourne la tête
Jusque tard dans la nuit
S'élève dans le ciel
Indécente, incandescente

Aux quatre points cardinaux
Désarroi

lumière sombre
le côté un peu déglingué
Reste dans le brouillard
gras

Les lumières des buildings clignotent comme des phares
exubérants
au point mort
qui veulent toujours
le plein

Démarreur
Pourtant, rien n'y fait

 

BARACUDAS MEFIEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT


--
di.
Direct à l'essentiel - www.direDareDare.org

 

Info.

Jeudi 14 décembre au Balthazar - 3 Place Paul Cézanne - Marseille

JO CORBEAU & ADN SOUND SYSTEM - reggae-ragga

Général Ganpati propose ce concert tant attendu, à l'occasion du quatrième anniversaire de la fondation de l'amicale Dub Naturelle avec en première partie "Les Salyens". Il débutera par les visuels du collectif "Dreadlocks.13" à 20 heures et sera animé par le slameur DIDJEKO !


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MURMURE

Publié le par Mireille Disdero

 




L’ouverture érode les contours

D’un prisme émaillé


Dentelles de coquillage


Et le lointain murmure

De la houle

Au creux de l’oreille.


Les palmes écoulent l’ondulation

De profondeurs


Cheveux d’algues aux abords

De rivages perdus.


Les voix que l’on connaissait

Résonnent de nouveau


De très loin venues nous réinvestir,


Retrouver le berceau de velours,


Le duvet nacré


En nous réincarné.




Valérie Canat de Chizy, 23 janvier 2005

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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JACOMINO - RÊVE A MER

Publié le par Mireille Disdero


 
 


Jacomino n’a pas quitté le pays comme les autres de son âge. Pour rentrer chez lui, il a pris l’habitude de passer sous la voûte sombre de la maison de Philomène. L’hiver il s’empêtre toujours dans cette neige de tous les diables. Elle est lourde, glaciale et lui grignote son rêve, un peu plus chaque année. Puis elle brûle ses grosses chaussures de cuir. Jacomino s’en moque, il en a une demi-douzaine du même genre, solides, fourrées, larges. Des chaussures d’ours. Elles font « raquettes » sur la neige fraîche. Et puis sur la dure, elles accrochent sans glisser.


L’été tout change. Il boit moins de grappa, sort en chemise sans manche, histoire d’emmagasiner la lumière sur la peau, avant l’hiver long, trop long dans ce pays.


La mère de Jacomino est morte depuis trois ans maintenant. Et lorsqu’on l’a déposée au fond, il n’a pas pu s’empêcher de se laisser glisser doucement vers le bord, avec son chant préparé pour elle, cassé dans la gorge. Monsieur le curé n’a rien dit. Il s’est éloigné avec sa robe qui léchait le sol, ses mots funèbres et tout le monde l’a suivi. Alors, Jacomino a pu pleurer, tout seul, comme un homme qui pleure maman. Et la neige est tombée sur la terre qui s’est mise à geler. Comme il avait un peu froid en rentrant le soir, Jacomo a commencé à boire un peu plus qu’avant.


Maintenant, il se déplace avec une canne et puis se tient un peu voûté, aussi.


Dix ans en arrière, il aurait pu se marier avec la fille de Pier-Luigi, celui de la trattoria d’en bas. Elle le voulait, malgré la grappa l’hiver et la maison à refaire de fond en comble. Mais pendant l’été, un de Sampeyre avait emporté la fille sur une moto, pour la promener, lui faire voir du pays et finalement, on ne les avait plus jamais revus au village.

Jacomino avait regretté, bien sûr. Il avait laissé glisser son rêve et commencé à boire trop de grappa, même en été.


Aujourd’hui il n’a plus envie de se marier. Il a raison, c’est trop tard. Il faut dire qu’un samedi soir particulièrement arrosé, il s’était endormi sur le fil sombre de la route, les yeux dans les étoiles de son rêve qui tressautait, dansait au rythme de sa respiration. Et puis la voiture l’avait charrié, trimballé sur quelques mètres avant de s’arrêter.


Maintenant Jacomino souffre un peu moins des jambes mais il ne se déplace plus sans sa canne. Quand il se regarde dans le miroir, il s’étonne encore de trouver ce drôle de visage strié de vie, une belle figure aux yeux trop clairs, comme ceux de sa mère.

La mère, c’est du passé. La fille de Pier-Luigi, du rêve foutu. Reste la grappa, vraie de vraie. Réelle au point de lui brûler la gorge, de remplacer le chant cassé, au fond du rêve.

L’hiver ici, Jacomino a de plus en plus froid, il faut se réchauffer.

Heureusement l’été revient toujours, apportant les autres, ceux d’ailleurs, les Français puis les gens du Sud avec leurs accents qui dansent. Jacomino les écoute, les regarde déambuler et parfois il cherche à leur parler pour de bon, avec plus que des mots, avec des gestes et des rires, enfin… autre chose.


Et puis début septembre il a croisé Régine, une Française qui mangeait des pizzas chez Leo, il se rappelle. Dix ans de ça. C’est long. Elle était gaie, se laissait embrasser par Leo à l’époque, et d’autres hommes la voulaient aussi, bien sûr.

Quand il s’est trouvé près d’elle sur la place aux herbes, il a posé sa main sur son épaule : « Bon die, Regina ». Mais il n’a pas compris pourquoi tout à coup en le voyant, elle s’est mise à crier, hurler comme si elle avait vu le diable. Il n’a pas compris et s’est éloigné en hochant la tête. Elle l’a vite rattrapé pourtant, l’a pris par le bras et lui a expliqué :

- Pardon Jacomo, je croyais que tu étais mort !

- ...

- Oui ... Leo m’a appris que tu avais eu un accident et que ... tu étais mort. Je ne sais pas pourquoi il m’a raconté ça, mais je l’ai cru. Alors tout à l’heure en te voyant, ça m’a fait un choc, comme si je rencontrais un fantôme ... Comme si je délirais, tu comprends?

- ...

- Non mais maintenant je suis contente de te voir, de savoir que tu es vivant. 


Depuis, Jacomino y pense souvent.

Dans sa tête il écoute le refrain :« je croyais que tu étais mort ». Et ils ont raison Leo et Régine. Depuis quelques temps, la nuit arrive tôt, de plus en plus. Elle couvre les gens, les murs, le ciel. Rien ne reste. En novembre, on fête les morts et le village est muet.

Alors, Jacomino comprend ce que c’est que d’être enterré. Oui. En rentrant chez lui chaque fois, il écoute le bruit de ses grosses chaussures d’ours sur la pierre humide du chemin et ça résonne tellement que seuls les fous pourraient croire qu’un vivant avance à cette allure.


Le lendemain de la fête des morts, il prépare sa valise de cuir noir, abandonne ses chaussures de montagne et descend jusqu’au village pour demander à la postière Emilia de lui prendre une réservation pour le train de Nice, Antibes ... Il sait qu’elle s’occupe de tout pour lui. Il n’a qu’à payer et attendre. De toute façon, quand on est mort, le temps ne compte plus, la roue a tourné.


Maintenant Jacomino descend du train à Antibes, Juan les pins, où sa mère a laissé des souvenirs, un amour, quelque chose qu’il imagine sans trop comprendre. Il traverse les rues, les places en soufflant, soutenu par sa vieille canne. Ensuite il appelle un taxi, demande cette plage, ce bord de mer... Mandelieu.


Sa canne le soutient difficilement pendant qu’il avance sur les galets. Il s’assied, se plie lentement, pas vraiment certain de pouvoir se relever après. Face à la mer qui commence à bourdonner dans ses oreilles, il boit le soir, la lumière en trace d’or sur les galets, et la ligne de mer devant ses yeux.

Doucement, Jacomino se laisse glisser sur le côté, la tête dans les galets. Bien sûr il a un peu froid. Il serre son manteau, remonte le col fourré sur son cou. Et puis encore, allongé, il écoute le bleu de l’eau qui glisse sur lui, les pulsations des vagues, le sang dans sa tête.

Alors, il commence à murmurer un vieux chant de novembre, dans la langue de sa mère. Et comme quand il était petit, elle vient près de lui et l’aide à retrouver son rêve. Comme un enfant, il serre fort sa main et n’a plus peur de mourir en s’endormant, Jacomino.


Mireille D.

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LE CAFEZOÏDE A PARIS

Publié le par Mireille Disdero

 


Quand je suis à Paris dans le dix-neuvième, j'aime bien passer par le Cafézoïde. C'est chaleureux, accueillant, il y a des enfants partout, dans tous les coins, on sent que quelque chose se passe ici... et puis on boit du thé à la menthe en discutant avec Anne-Marie, David, Marie-France... Je ne sais pas ce que vous en pensez, vous, mais moi, j'aime. Le cafézoïde à Paris, j'ai envie d'en parler sur Bleu Indigo, pour les couleurs du monde qui n'y manquent pas et pour la créativité, l'esprit de fête et de jeux.

Mireille D.

 

Un message de Marie-France : au cafézoïde, les enfants ont un lieu pour jouer, faire la fête, faire les fous ou assister aux ateliers, la radiozoïde, le cinézoÏde de Mathieu.

Ils peuvent aussi chanter avec William, danser avec David, être artiste avec Orianne, faire du théatre, de la peinture, etc. La participation d'un euro cinquante donne aussi droit à un petit goûter, comme une gaufre ou une part de gâteau. Les bébés ne sont pas oubliés ; ils peuvent  venir aux matinées d'éveil musical du jeudi et du vendredi matin. Les parents peuvent se retrouver pour discuter. Un lieu fantastique d'échanges et de dialoque. Je n'ai pas parlé des journées à thème, la journée russe, la journée italienne la fête des morts mexicains ! Venez nous voir !

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SOURCE - VALERIE CANAT DE CHIZY

Publié le par Mireille Disdero

 

Camille, Oasis de Terjit

Source





La peau est noire

Aux reflets ocres


Ô plume rouge

Et verte

Surgie d’une terre perdue

Fendillée par les âges,

Souviens-toi de la source

Dans laquelle tu baignas


Le souffle calme des bisons

S’abreuvant au rivage

Te déposa

À l’orée de mes songes


Je t’élève

Dans le vent plus haut que terre

Je te lave

À la clarté de mon front.





18 novembre 2006

Valérie Canat de Chizy

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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BLEU METHYLENE

Publié le par Mireille Disdero

 

Retrouvé, dans une boîte à chaussures, 24 images ficelées dans du papier de soie. Je les reconnais.

+ Un flacon étiqueté "bleu de méthylène", rempli d'objets petits. Inventaire :

26 coquillages, 52 fragments de verre usés par la Méditerranée, 27 bleus, 13 blancs, 15 verts, 10 orangés,

+ dans une boîte marquée "pastels 288", je trouve, dans un coin de papier cristal : 5 cailloux, 2 boutons bleus, 1 plume turquoise, 1 bouchon de pêche, 1 médaille oxydée de madone

+ à côté, ce carnet gros comme une boîte d'allumettes, avec cette écriture au bic bleu. Black. Oubli. Amnésie. Ecriture que je ne reconnais pas. Je décrypte.

..........

Frédéric Clément, Méthylène - rêve rond de 3 minutes 33, Albin Michel 2000

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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CHOSES QUI... RIMBAUD !

Publié le par Mireille Disdero

 
La nuit grandit de nous avoir éparpillés



Choses qui me piquent les yeux



La vie blottie dans ta main que tu fermes sans savoir. Un cri tranchant le tissu de la nuit dans ton premier sommeil. L’odeur de résine de l'amitié, au fond du tiroir chez mémé. Une femme au langage d’oiseau, une fille qui s'en va quand tout s’abîme, surtout sa peau à sauver dans les ruelles du vent, attendant un client. L'encre tarie de ton stylo abandonné pour un clavier. Trois mots inanimés. Nos regards où le froid durcit. Les hommes inventant des confettis avec des brins de soleil découpé. Une petite fille qui se bouche les oreilles pour écouter son cœur sous la peur. La fenêtre fermée de cette maison que tu aimais, impasse des Bateaux. Le chat abyssin Petit Nuage et mille ans de sable pensif dans son pelage.

Enfin, un livre de poésie oublié sous la pluie, près de l’arrêt de bus où tu cours pour te rattraper, les mots soulignés à l’intérieur se noyant doucement. « Quoi ? L’éternité ». Rimbaud à genoux devant un port du désert qui se fait sourd et muet. Alors, l’éternité

Mireille D. dans Jean Nicolas Arthur Rimbaud, L'Harmattan 2005


 

 

Photo de Rimbaud en Afrique trouvée récemment par Claude Jeancolas
(prise en 1882 à Sheikh-Uthman, près d'Aden)

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LUDO KASPAR ET KEROUAC

Publié le par Mireille Disdero

 

JACK KEROUAC (1922-1959)

« Kérouac est un fou sans talent » BUK in Journal d'un vieux dégueulasse (de mémoire !!!)

 

 


En 1957 il publie un calibré pour faire émeute. On the road, dont le héros est Neal Cassady. Ca déménage, ça route 66 et ses chemins de traverses, tout juste si on entend pas Cabrel au fond du Canyon. On observe les héros de la Beat Generation déconner à plein tube, le froid Burroughs murgé à l'héro décanille sa femme à l'arbalète : il s'est planté de zone de pomme. Famille riche. Liberté etc. Lucien Car tue par coup de Cantat mais en self-defense. Français pauvre, il prend une dégelée. Ginsberg se glorifie de Howl, Corso a la ferveur de Ferlinghetti, tout ce beau monde se fréquente pour réussir. Celui qui en a le moins envie, celui qui en a le moins besoin, et qui en aura le plus, celui que le succès tuera s'appelle Kerouac. Pratiquement tous ses livres ont été écrits avant la furie de 1957. Sans soutien éditorial. Des milliers de pages inscrites par nécessité. Dans des piaules, chez sa mère. Écrire toujours des manuscrits. Tous refusés et bien sûr acceptés après La route.

Un conseil : commencez par sur La route pour faire doucement connaissance sans en tirer de conclusions hâtives et évitez à tout prix Les clochards célestes, un lde commande amputé de la moitiéde son contenu, puis Zen. Vous êtzen ?

Puis intéressez vous à la vie de l'auteur avant de poursuivre. Lisez L'ange déchu chez Mille et une nuit, les deux tomes de correspondances réunies par Ann Charters chez Gallimard. Kerouac il faudrait dix ans pour le comprendre. Peut-être il faut avoir 15 ans du matin pour s'y piquer ? Il écrivait comme il vivait et vivait son écriture à en frôler la folie, par une méditation contradictoire entre catholicisme et boudhisme qui l'a perdu elle aussi. Jack était un gosse de génie qui mélangeait vie et écriture. Sans le faire VRAIMENT exprès. Cela ne fit pas de la littérature. C'est vivant, c'est croyable. Ces meilleurs livres démontrent combien nous allions être à l'Ouest de la plaque. Nous y parvenons. De manière simple, comme une tape amicale. Dans Satory à Paris il écrit « qu'il écrit par amitié ». Il vous répondrait aussi en franco-canadien, qu'il n'y comprend rien et c'est vrai tellement c'est faux. Le naïf, le gosse, cherchait du sens à ce qu'il advenait. En enclenchant une huitième vitesse imaginaire qui le rendait poète en prose et en recueil. Loin du réalisme de Bukowski, de la loufoquerie d'un Brautigan. L'imagination de Jack tout en longueurs et digressions vous embarque loin de ce monde collé à lui car elle prend source à l'enfance et ne lâche pas le chemin jusqu'à l'homme. Ex :

  1. - Maggie Cassidy

  2. - Docteur Sax

(...) quand les gens auront compris que Kerouac ne se voulait le représentant de personne alors peut-être qu'on le prendra comme il est : un écrivain, rien qu'un écrivain. En ce moment je ne peux en dire plus. C'était 1% de JK en impressionnisme.

Mes livres préférés :

  1. - Big sur

  2. - Le vagabond solitaire

  3. - Vanité de Duluoz

  4. - Tristessa

 

(Poème sans titre)

C'est ton ami, laisse le rêver

Ce n'est pas ton frère, pas ton père

Pas Saint-Michel : juste un type.

Il est marié, il travaille, va dehors encore

De l'autre côté du monde

Va pensant, dans la grande nuit européenne

Je vous explique cet homme à ma façon, pas la votre

Enfant, Chien, écoute,  va trouver ton âme.

Va sentir le vent, va loin.

La vie est une pitié. Ferme le livre, va

N'écris plus sur le mur, sur la lune

Au chien dans l'océan au fond de neige

Va trouver Dieu dans le ciel, dans les nuages aussi

Quand cela s'arrêtera-t-il le grand tournis autour du crâne

Oh Neal, il y a des hommes, des choses à faire dehors

Grandes tombes d'Activité Dans le désert africain du coeur

Les anges noirs, les femmes au lit

Avec leurs bras magnifiques ouverts à toi

Dans leur jeunesse, un peu de tendresse

Implorant dans le même linceul

Les grand nuages de continents nouveaux

Ô pieds fatigués sous des cieux si mystérieux

Ne va pas de l'autre côté pour rien.

1952

KEROUAC

 

 Ludovic Kaspar © 2006

 

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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LITTERATURE JEUNESSE - AFGHANES

Publié le par Mireille Disdero

 

Dans le comité de lecture jeunesse des bibliothécaires de ma région, "La Marmite à lire". Chaque mois nous lisons, commentons et nous réunissons autour d'une table... avec nos piles de livres : albums, contes, documentaires, romans, premières lectures...

Chaque année sort un catalogue, La Marmite à lire, exposant notre sélection et servant à guider les petits lecteurs, leurs parents et tous ! 

Nous y signalons nos coups de coeur. Parmi les miens, il y a ce roman pour adolescents dont le thème est l’Afghanistan. Passionnant du début à la fin, ce récit est la preuve - s’il en est besoin - que la littérature jeunesse n’est pas un “sous-genre”. Alors là, vraiment pas !

 

 

FISHER STAPLES, Suzanne - Afghanes - Gallimard, 2006(Scripto)

 

 

 

 

 

 

 Nous sommes aux lendemains du 11 Septembre. Najmah, jeune afghane vit sous le joug des Talibans dans un pays déchiré par la guerre civile. Un bombardement américain décime son village et la jette sur les routes de l'exil. De son côté, Nusrat est une jeune américaine mariée à un médecin pakistanais et convertie à l'islam. Bénévole pour une association humanitaire, elle recherche son mari disparu en mission. Leur destin tragique va rapprocher ces deux femmes. Opposées dans leur culture, elle se retrouvent dans l'amour de ce pays : l'Afghanistan, qui est aussi la source de leur drame.
Cette histoire émouvante est servie par une écriture fluide et élégante. La narration joue finement sur l'alternance des deux voix : le "je" pour Najmah qui nous projette dans la réalité du pays, et un narrateur extérieur qui traduit bien la situation de Nusrat, à mi-chemin entre deux cultures. Échappant à tout manichéisme, ce roman nous éveille à la richesse de la culture musulmane. Son auteur nous fait partager sans peine sa passion pour l'Afghanistan, loin des clichés véhiculés par les médias. Elle brosse surtout le portrait émouvant de deux femmes meurtries qui nous accompagnent longtemps une fois le livre refermé... À réserver à des lecteurs à partir de 14-15 ans.


http://marmitalire.free.fr/test/romans.php

 

 

 

 

Publié dans NOTES DE LECTURE

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