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LILI DE LA LAGUNE

Publié le par Mireille Disdero

 

Dans les romans, il m'arrive d'être saisie par un personnage plus que par les autres. Ca n'est pas forcément le narrateur, encore moins le personnage principal. Ceux qui me retiennent sont les inattendus...

Dans "Ada or ardor" de Nabokov - par exemple - la petite Lucinda (personnage secondaire, il paraît) "marque" ma lecture à la façon d'une trace indélébile. Nabokov d'ailleurs ne s'y trompe pas, le moment le plus fort du récit est écrit autour d'elle. J'ai relu plusieurs fois le roman, afin de comprendre exactement sa trajectoire, afin de LA comprendre.

Dans Ourania de Le Clézio, "mon" personnage est Lili de la lagune.

 *

Lili me protège. Elle maintient le monde dans sa nouveauté, avec son regard.

Lili, tu ne m'as pas interrogé, tu ne m'as pas demandé ce que je cherchais, pourquoi j'étais venu. Tu as dit seulement : "Et maintenant ?" Tu as l'âge du basalte des temples, tu es une racine impérissable. Tu es douce et vivante, tu as connu le mal et tu es restée nouvelle. Tu repousses la frange d'ordures au bord du canal, tu filtres l'eau noire de la lagune d'Orandino, tu fais briller les murs et les toits des maisons des Parachutistes.

Elle est entrée dans la maison. Dona Tilla l'appelle, pour un verre d'eau, une assiette de soupe. J'ai glissé dans mon rêve. J'ai laissé Lili, je suis parti sans me retourner, j'ai dépassé la boutique de Don Jorge où les enfants se pressent pour acheter leurs chiclés, leurs sacs de sodas. Le soleil tombe vers les collines, du côté de Campos. Les passereaux traversent le ciel vide dans la direction des grands eucalyptus, au bord de la route de Los Reyes. J'entre dans la vallée qui gronde, les autos et les camions des fraisiers vont entamer leur ronde, les lueurs vertes et rouges vont s'allumer dans les jardins de la Zone, pour devancer minuit.

J. M. G. Le Clézio, Ourania - Gallimard 2006

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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ENCEPHALOGRAMME

Publié le par Mireille Disdero

 

Parfois, je rencontre des textes, des gens, des textes... qui me donnent envie d'en parler. Je ne le fais pas forcément (enfant déjà, j'étais la "Reine du silence", un jeu qui me permettait de rêver tout en approchant... des autres).

Encéphalogramme, de Séverine Capeille, est publié en ligne sur Sistoeurs depuis le 21 février. Par les méandres de l'écrit, son texte me rapproche de Au-dessus de nos moyens, de Hervé Grillot. Sans doute parce qu'ils me "travaillent" encore bien longtemps après la lecture. Pour le thème, le "témoin" vivant entre les lignes... ? Pour les choses de la vie (sans penser à Guimard, ni même à Michel Piccoli )... Ces choses de la vie qu'on prend dans les dents comme un coup de fouet... ?

 

 

BIP

Doucement, tu lui caresses la tête
Entre les deux oreilles, tu fais des va-et-vient
Avec ta main. Tu répètes
Le geste comme un joli refrain.
Il y a ses yeux qui reflètent
Tes silences. Et il y a le train
De l'existence qui s'arrête
A la gare du destin
BLEU

Il n'y a rien.
Rien que…
Toi et ton chien.

BIP

Tu l'entoures comme un trésor, tu le tiens
De tes doigts engourdis, repliés
Sur ton sort. Tu t'endors
Le rouge dans tes veines gonflées,
Dilatées par les larmes du malheur
Traçant obstinément son chemin.
Et le noir de la mort
Fait une danse sur ton sein
BLANC

Il n'y a rien.
Rien que…
Toi et ton vin.

BIP

Tu rêves et qu'importe ces matins
Qui t'ignorent, passent sans s'arrêter
Sur tes efforts. Tu dors
Drapé dans ton manteau usé
Tu crois sentir la chaleur
Du bitume. Et tu retiens
La lune de ton leurre
Elle et toi, seuls auditeurs
Du gargouillis de tes intestins
ROUGES

Il n'y a rien.
Rien que…
Toi et ta faim.

BIPPPPP….

Tu dissous tes chagrins
Dans la boue, tes nerfs d'acier
Dans tes peurs. Tu cherches l'or
Surtout. Tu te laisses emporter
Au rythme effréné des couleurs
De l'amertume. Et tu peins
Les solitudes et les douleurs
Et l'insolence du fossoyeur
NOIR

Il n'y a rien.
Rien que…
Toi et puis… BIPPPPP… rien.

Séverine Capeille, à lire aussi sur Sistoeurs :

http://www.sistoeurs.net/ss/article.php3?id_article=273

 

 

 

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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A VOIX NUE

Publié le par Mireille Disdero

 

Parfois le silence à voix nue. Beau, rare... puis les centaines d'images prononcées entre un être et un autre comme des continents qui se rencontrent et dérivent les mots. Seul à bord de soi, on ne peut prévoir quand un voyage se prépare à l'intérieur d'un autre. Pourtant on découvre les gestes et respire la voix, le vent s'engouffrant dans les ruelles où se mêlent les vies et nos saveurs intérieures.

 

Les esprits sont épicés comme dans nos rêves d'étals. 

 

Alors, on marche à même le soleil, au coeur du monde, pour qu'un sens gicle de la lumière dehors comme dedans.

 

Mireille D. 

 

Ill. Macha Chmakoff

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L'ARMENIE ET MARSEILLE

Publié le par Mireille Disdero

Par la rédaction de Cityvox Marseille : Sabrina Achiba
 

A l'occasion de la manifestation nationale Arménie mon amie, des centaines d'évènements sont organisées. Concerts, expositions, mode, cinéma, festivals et conférences permettent de découvrir la richesse de la culture arménienne. Rendez-vous à Erevan.

En 2006, Marseille inaugurait le premier monument érigé à la mémoire des victimes du génocide arménien, financé en totalité par des fonds publics. 80 000 citoyens d'origine arménienne habitent la cité phocéenne. (...) Lire la suite ici :

http://www.fra.cityvox.fr/guide_marseille/l-annee-de-l-armenie-a-marseille_3501352/PageNews

 

Côté cinéma :

A partir du 2 mars "Marseille fête le cinéma arménien". Pendant 3 mois, les différentes salles de la cité phocéenne projettent des films de Dovlatian, Malian, Verneuil et Pelechian. La soirée d'ouverture se fera à la Friche de la Belle-de-Mai en belle compagnie : Robert Guédiguian, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin... 

 


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LITTERATURE JEUNESSE : PROMETHEE LE REVOLTE

Publié le par Mireille Disdero

TEISSON, Janine - Prométhée le révolté Nathan 2006, Histoires Noires de la Mythologie.

 

 

Les Dieux de l'Olympe s'amusent un jour à fabriquer des créatures vivantes dont les hommes, les plus fragiles de tous. Prométhée, touché par ces êtres qui ressemblent à des dieux minuscules, les protège malgré la désapprobation de Zeus. Il va même braver son interdit en leur procurant le feu : Zeus entre dans une terrible colère. Pour arrêter Prométhée, il a une idée : créer la première femme, Pandore, et en faire l'épouse du fils des Titans. Prométhée la refuse et se révolte. Son destin se décide alors. Zeus le fait enchaîner au Mont Caucase pendant que la boîte de Pandore répand ses malheurs sur les hommes...
Ce texte présente l'un des mythes fondateurs avec beaucoup de nuance et d'intelligence. À la fois du point de vue de l'écriture et de la structure du récit - parfaitement construit -, mais aussi dans le traitement du mythe et des idées. L'auteur prend soin de montrer combien Prométhée est essentiel dans l'histoire des hommes. Les informations en fin d'ouvrage permettent au lecteur d'affiner sa connaissance du mythe : généalogie, origine, interprétations artistiques et variations des figures de Prométhée. À partir de 12 ans.

 

 

Publié dans NOTES DE LECTURE

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LES RUINES DE L'INDIFFERENCE

Publié le par Mireille Disdero

 

Les âmes proches devraient habiter le même soleil
Elles bâtiraient du jour avec la nuit
L'intuition des rendez-vous de vie

 

Les ruines de l'indifférence
 

...

 

... Et les rêveurs parfois touchent la lumière comme on parle à un enfant, sans filtre rouge ou vert pour traverser la chaussée, pour atténuer le contraste et le choc juste après. Après, quand la lucidité vient en miroir réfléchir la lumière dans le coeur des hommes. 

Alors lentement, avec le geste en bandouillère, le regard se fait vigilant, chercheur de vie et de comment faire. On y pense, on retrouve l'image, on la remonte à l'envers, à la nage des profondeurs car on veut la toucher encore, pour la changer. Seulement la vie ne fait pas de brouillon. Cependant, elle ritournelle... car toujours revient l'instant où la chance est donnée, différente mais issue de la même graine qui va construire les ruines de l'indifférence, les ruines de l'indifférence... et les propager comme un virus qui sauverait la fraternité.

 

Ecarquiller les yeux

mettre un geste, un contact sur ce regard...

 

Mireille D.

 


 

"... Bien sûr, le trottoir a de ces vendeurs à la sauvette, de ces piétons affolés, de ces poussettes remplies de bébés... Mais cette vieille, dites donc, qu'en ferons-nous ?..."

Au-dessus de nos moyens, à lire ici :

http://www.hervegrillot.info/article.php3?id_article=576

 

 

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OCEANIQUE - LETTRE D'EAU

Publié le par Mireille Disdero


         


Rien ne peut fermer ma voix, me faire taire, crier de froid.

 

J'erre en cet étrange lieu froissé de menthe et de basilic. Sur une tablette acajou au nom de départ, d'envol et de ciel transmué en coquillage, une lettre à peine posée, presque effacée par les premières marées de la maison.

 

Rectangle océanique sur papier frontière, elle attire ma main, mes doigts et me retient. Aimant. Un instant blanc. Je suis en ciel.

 

Soudain elle me libère, me touche, me prend, m'emporte un peu plus loin. Si pressée et tendue je l'ouvre à la hâte, elle disparaîtra dans le silence magique ou sans y prendre garde elle se détruira. Alors, sachant cela, je la repose, brûle mon regard, m'éloigne puis m'échappe de la maison. L'ombre d'une main me touche, m'émeut et me dissipe. Je rêve éveillée.

 

Maintenant je cours dans les rues. La lettre danse, danse, elle est à moi, papillon qui nage en eaux profondes dans ses mots. J'aime.

 


Ce qu'elle recèle se lève avec le jour. Bleue extrême comme les mots de pluie.

 

Me voici océan. En chemin de ses mots, buvant ses couleurs, j'avale son miel d'algues.
Lorsque je serai rentrée, quelqu'un aura rangé la lettre d'eau. Mais je la trouverai. Je le sais bien, l'océanique est en moi. Plus fort que la mort. J'apprends la haute mer, plus loin. Je suis en ciel.

 

Rien ne peut fermer ma voix, me faire taire, crier de froid. J'aime.

 

 Mireille D.


 

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AVEC LA NUIT

Publié le par Mireille Disdero

 

... Avec la nuit, il dépasse les tours totémiques de la cité puis chaloupe vers sa rue, fixant le foyer lumineux de la fenêtre en haut du vieil immeuble.


Dans le couloir, la lampe à 60 watts raconte la même histoire qu'hier. Pourtant bientôt, il va entrer en scène comme on s'identifie avec la levée du rideau. Traversant les étages, il perçoit un instant le goutte-à-goutte fidèle du lavoir en contrebas. Au troisième il reprend sa respiration et, pendant quelques secondes, c'est le journal de minuit derrière la cloison, un type qui appelle sa femme puis elle qui se met à pleurer. L'homme croit percevoir leur respiration, tant les parois de l'appartement sont usées par les générations qui s'y sont installées puis perdues.


Maintenant, il commence à défroisser la forme dans son dos, cette chose qui parfois le plie en deux tant elle est lourde à porter ici. Grimpant vers le ciel de la cage d'escalier, il sent la force de la vie frémir à nouveau en lui. C'est chaque soir la même chose après le boulot, après la rue qui noie sa déprime dans la nuit. Le rideau se lève il le sait, puis le masque de la civilisation se fissure et la porte...

... La porte ce soir exhume la concierge : Monsieur, vous avez fini la journée trop tard ! Encore des heures supplémentaires. Vous savez que votre dame vous attend ? J'en viens, d'ailleurs... Dépêchez-vous ! 

Sans répondre à l'indiscrète qui redescend là où elle doit, il pousse la porte d'une claque, comme il frapperait la fatigue.

Allongée sur le lit, son visage éclairé par l'écran du portable, Myriem suit un film1 sans le son, juste les images et le rêve en suspension dans la pièce. L'instant est parfait, en équilibre entre ce qui précède et l'après. C'est son minuscule et beau fragment d'éternité, invisible à l'oeil nu et nu devant l'invisible. Ensuite Myriem tourne la tête vers lui, ouvrant aussitôt les bras : Viens, la journée est finie, mon ange. Tu vas pouvoir être toi-même. Etends-toi sur le lit, avec moi. Je vais enlever tous ces tissus, déplisser tes ailes et te faire un massage... c'est la nuit ! 


Mireille D.


1« Les ailes du désir », Wim Wenders 1987

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PLAGE DU PROPHETE - GIANMARIA TESTA ET JEAN CLAUDE IZZO

Publié le par Mireille Disdero

 

 

 

Plage du Prophète à Marseille

ils se sont arrêtés.

 

D'abord la fille aux yeux gris verts

des mers du Nord

et au sourire mûri sur les berges du Nil

L'ami ensuite

le poète des Hauts Pays

attentif aux murmures des passeurs

sur les sentiers arides des exils

Le plus âgé enfin

homme aux semelles de vent

tantôt Afghan, tantôt Mongol

porté par des mondes d'hier entrevus

 

Plage du Prophète

ils ont porté leurs pas

vers le soleil couchant

 

Une vague est venue lécher leurs pieds

Bénédiction du Prophète

Prophète anonyme

de ceux qui croient

aux vérités de la beauté.

 

Plage du Prophète

Du Prophète

 

Jean Claude Izzo, 7 janvier 2000

Gianmaria Testa, Il valzer di un giorno

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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MAL DE PIERRES - ROMAN

Publié le par Mireille Disdero

Mal de pierresMal de pierres de Milena Agus Liana Levi, 2007
Traduit de l’italien par Dominique Vittoz

 

Voilà l'histoire d'une jeune femme à contretemps dans la société sarde, à l'époque de la seconde guerre mondiale.

 

Ce court roman à l'écriture sobre, compacte, tout en retenue et variations sensibles, ne révèle jamais vraiment l'axe central de l'histoire, mais y amène le lecteur jusqu'au dernier souffle de l'ultime ligne lue.

 

 ... alors j'ai grimpé les trois étages en vitesse pour ne pas être en retard (...). J'ai sonné, puis craignant qu'elle ne se soit évanouie, j'ai ouvert avec mes clés. Elle était tranquillement allongée sur son lit, endormie, prête à sortir, son sac sur la chaise. J'ai essayé de la réveiller mais elle ne voulait pas me répondre. Alors un désespoir sans fond m'a envahie parce que ma grand-mère était morte. J'ai bondi sur le téléphone et tout ce dont je me souviens, c'est que je voulais appeler quelqu'un qui la ressuscite, qui ressuscite ma grand-mère, et il en a fallu beaucoup pour me convaincre qu'aucun médecin n'en avait les moyens.

Milena Agus

 

Publié dans NOTES DE LECTURE

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