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ARDEUR

Publié le par Mireille Disdero

-- Ada... Sous l'oeil du soleil --  V. Nabokov, Ada or Ardor

 

 

Ardeur

 

Elle aimait les libellules et les crayons pastel
ses ocres calcinées
estomper sur sa peau la foudre en couleurs

transformer les Sienne en lavis si nus

 

Et surtout, elle ardorait l'odeur des voix
le toucher bruissantes caresses qu'elles abandonnaient dans un lieu, après le départ de celui qui avait parlé

Attentive, elle recueillait cérémonieusement leurs éclats dans une boîte translucide et, de ses airs de libellule enfiévrée, elle inspirait leur parfum, le visage penché

Chaque parfum de voix avait sa couleur... Alice eau de fushia, Leïla profonde nuit blue-black

Quand elle avait suffisamment joui des parfums de voix, elle refermait la boîte chut, sommeil rose-indien et n'y pensait plus, jusqu'à la prochaine marée de couleurs

Parfois la nuit, en approchant de la boîte avant l'heure bleue, elle découvrait les voix endormies, lovées les unes dans les autres comme des bébés chats. Leur seul frémissement éveillait ses ailes de chasseur. Alors, sans prendre garde au feu de garance de ses joues, elle plongeait dans les voix, en apnée

Quand elle fendait la surface, longtemps après, sa vie était couverte de grands bleus. Elle penchait son visage, découvrait l'horizon à l'envers, le ciel dans ses racines. Enfin, elle repliait ses ailes dans ses poches et se mêlait aux turbulences de la ville

Un pays des voix naissait sous ses pas, prenait feu en couleurs et odeurs vivantes. Il inventait les marches instinctives et passionnées, l'ardeur où nul mur, jamais, ne pourrait transformer en ruines le profond parfum des voix

        A l'oreille de Van Gogh, elle écoutait...

 

Mireille D.

 

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GRAINES DE CABANES

Publié le par Mireille Disdero

Dans un esprit proche du très beau "Princesses oubliées ou inconnues" voilà "Graines de cabanes", du même auteur... (seul l'illustrateur change) ; un album à trouver, à se passer de mains en mains... un album pour rêver débout... très éveillé ! En littérature jeunesse ? Oui, mais pas seulement. Je vous le conseille à vous aussi, les grands.  

Thème ? Cabanes, Voyages imaginaires

 

 

Savez-vous qu'il existe des graines de cabanes qu'il suffit d'arroser pour les faire pousser ? Le célèbre explorateur Alphonse Cagibi, parti à la découverte des cabanes du monde entier, nous livre ici les secrets de son carnet de voyage.
Cabane à livres ou cabane à rêves, cabane du bout du monde ou cabane aux mille et une portes, cabane gigogne ou cabane puzzle, chaque graine germe en déployant son univers à travers la magie d'illustrations somptueuses. Poésie, humour et fantaisie sont au rendez-vous de cet album qui se lit au hasard des rêveries suscitées par le texte et les images. Un régal pour tous dès 8 ans.

 

Graines de cabanes, Gautier-Languereau, 2005 ; Album 8 à 9 ans - LECHERMEIER, Philippe - Ill. PUYBARET, Éric.

 Un extrait ?

" Une de mes plus belles trouvailles !

Regardez, j'ouvre la main, elle est bleue, je la ferme, je compte jusqu'à trois, j'ouvre la main, elle est rouge écarlate. Je recommence ?

Un, deux, trois, et voilà, elle est vert émeraude. Encore une fois ? Un, deux, trois... "

Dans La cabane caméléon (en remontant la jungle amazonienne, non loin de San-Migal)

Sources : La Marmite à lire, comité de lecture en littérature jeunesse

http://marmitalire.free.fr/


Publié dans NOTES DE LECTURE

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RESPIRE

Publié le par Mireille Disdero

 




Poucette pouvait se tenir et naviguer d'un bord à l'autre de l'assiette... Andersen


J'avais sept ans. Lui c'était un gros homme, collègue de travail de papa. Une nuit de la Saint Sylvestre, alors que j'aurais dû rester dans mon lit, je me suis faufilée puis cachée sous la nappe d'une grande table qui courait le long du mur. De là, je pouvais observer les grands qui dansaient serrés sans qu'on me remarque. Ils étaient bien une cinquantaine, tous déguisés. Et moi, je n'avais pas le droit d'être là.


Légèrement imbibé, le gros venait de dégringoler par terre et de rouler sous la table déguisé en batracien. Ridicule, grotesque, énorme mais tangible. C'est là qu'on s'est rencontrés, lui et moi. J'ai aussitôt senti que, contre toute logique, il se passait quelque chose entre le crapaud et la petite poucette. Les contraires s'attirent, non ?


Surpris autant que moi, complètement à côté de la plaque, il m'a chuchoté : petite mangeuse d'hommes... sur un ton rigolard, mais pas trop. Sa phrase était nulle, juste un plat qu'il devait servir réchauffé aux filles à la ronde. D'ailleurs elle ne m'a rien fait, sa ritournelle - ni en bien ni en mal. Ce qui m'a secouée, c'est son air de ne pas habiter la même planète.

Je ne cafterai pas à ton père, ça restera entre toi et moi, allez respire ! J'ai respiré. Après on s'est observés un long moment sans prononcer un mot, les yeux aux travers des yeux, comme pour une joute. Puis la musique a changé d'hémisphère, alors il a rit en s'ébrouant. Avec une grande embrassade où j'ai cru mourir étouffée, il m'a libérée en abandonnant le dessous de table et s'en est retourné dans son univers de grands et de gros. Très loin.


Des mois plus tard papa a parlé de cet homme en précisant qu'il avait déménagé, vivait à Paris. A huit ans et des poussières d'étoiles, je me suis réfugiée à nouveau sous une table...


Depuis je mange, j'avale tout ce qui se peut, avec des baguettes, avec les doigts, avec les yeux, avec le cœur. De cette façon, me direz-vous, je dois être énorme, adipeuse et ronde comme lui. Eh bien même pas. J'ai beau manger sans cesse... je sais qu'il restera toujours le gros et moi la petite poucette, deux univers séparés avec du vide autour. Et jamais plus aucun pont pour traverser.


Mireille D.

Ce texte a auparavant été publié dans la collection Bandoneon (Ed. Tapuscrit) - recueil intitulé On ne pleure pas parce qu'un train s'en va.

Botero, Guitariste

Botero

 

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PRINTEMPS - UN TEXTE... APOLLINAIRE, ZONE

Publié le par Mireille Disdero

Zone



À la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J'ai vu ce matin une rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes

Voilà la jeune rue et tu n'es encore qu'un petit enfant
Ta mère ne t'habille que de bleu et de blanc
Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
Vous n'aimez rien tant que les pompes de l'Église
Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir       en cachette
Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège
Tandis qu'éternelle et adorable profondeur améthyste
Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ
C'est le beau lys que tous nous cultivons
C'est la torche aux cheveux roux que n'éteint pas le vent
C'est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère
C'est l'arbre toujours touffu de toutes les prières
C'est la double potence de l'honneur et de l'éternité
C'est l'étoile à six branches
C'est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche
C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur

Pupille Christ de l'oeil
Vingtième pupille des siècles il sait y faire
Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l'air
Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder
Ils disent qu'il imite Simon Mage en Judée
Ils crient s'il sait voler qu'on l'appelle voleur
Les anges voltigent autour du joli voltigeur
Icare Énoch Élie Apollonius de Thyane
Flottent autour du premier aéroplane
Ils s'écartent parfois pour laisser passer ceux qui portent la Sainte-
     Eucharistie
Ces prêtres qui montent éternellement en élevant l'hostie
L'avion se pose enfin sans refermer les ailes
Le ciel s'emplit alors de millions d'hirondelles
À tire d'aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux
D'Afrique arrivent les ibis les flamands les marabouts
L'oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes
Plane tenant dans les serres le crâne d'Adam la première tête
L'aigle fond de l'horizon en poussant un grand cri
Et d'Amérique vient le petit colibri
De Chine sont venus les pihis longs et souples
Qui n'ont qu'une seule aile et volent par couples
Puis voici la colombe esprit immaculé
Qu'escortent l'oiseau-lyre et le paon ocellé
Le phénix ce bûcher qui soi-même s'engendre
Un instant voile tout de son ardente cendre
Les sirènes laissant les périlleux détroits
Arrivent en chantant bellement toutes trois
Et tous aigle phénix et pihis de la Chine
Fraternisent avec la volante machine

Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent
L'angoisse de l'amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé
Si tu vivais dans l'ancien temps tu entrerais dans un monastère
Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière
Tu te moques de toi et comme le feu de l'Enfer ton rire pétille
Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie
C'est un tableau pendu dans un sombre musée
Et quelquefois tu vas le regarder de près

Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la beauté

Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé à Chartres
Le sang de votre Sacré-Coeur m'a inondé à Montmartre
Je suis malade d'ouïr les paroles bienheureuses
L'amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l'image qui te possède te fait survivre dans l'insomnie et dans
      l'angoisse
C'est toujours près de toi cette image qui passe

Maintenant tu es au bord de la Méditerranée
Sous les citronniers qui sont en fleur toute l'année
Avec tes amis tu te promènes en barque
L'un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiasques
Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs
Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur

Tu es dans le jardin d'une auberge aux environs de Prague
Tu te sens tout heureux une rose est sur la table
Et tu observes au lieu d'écrire ton conte en prose
La cétoine qui dort dans le coeur de la rose
Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit
Tu étais triste à mourir le jour où tu t'y vis
Tu ressembles au Lazare affolé par le jour
Les aiguilles de l'horloge du quartier juif vont à rebours
Et tu recules aussi dans ta vie lentement
En montant au Hradchin et le soir en écoutant
Dans les tavernes chanter des chansons tchèques

Te voici à Marseille au milieu des pastèques

Te voici à Coblence à l'hôtel du Géant

Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon

Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et qui est
      laide
Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde
On y loue des chambres en latin Cubicula locanda
Je me souviens j'y ai passé trois jours et autant à Gouda

Tu es à Paris chez le juge d'instruction
Comme un criminel on te met en état d'arrestation

Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages
Avant de t'apercevoir du mensonge et de l'âge
Tu as souffert de l'amour à vingt et à trente ans
J'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps

Tu n'oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais           sangloter
Sur toi sur celle que j'aime sur tout ce qui t'a épouvanté

Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres émigrants
Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent les enfants
Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare
Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages
Ils espèrent gagner de l'argent dans l'Argentine
Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune
Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez votre       coeur
Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels
Quelques-uns de ces émigrants restent ici et se logent
Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges
Je les ai vu souvent le soir ils prennent l'air dans la rue
Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs
Il y a surtout des juifs leurs femmes portent perruque
Elles restent assises exsangues au fond des boutiques

Tu es debout devant le zinc d'un bar crapuleux
Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux

Tu es la nuit dans un grand restaurant

Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant
Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant

Elle est la fille d'un sergent de ville de Jersey

Ses mains que je n'avais pas vues sont dures et gercées

J'ai une pitié immense pour les coutures de son ventre

J'humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible ma bouche

Tu es seul le matin va venir
Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues

La nuit s'éloigne ainsi qu'une belle Métive
C'est Ferdine la fausse ou Léa l'attentive

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie

Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
Dormir parmi tes fétiches d'Océanie et de Guinée
Ils sont des Christ d'une autre forme et d'une autre croyance
Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances

Adieu Adieu

Soleil cou coupé

Guillaume Apollinaire

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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FALAISES - OLIVIER ADAM

Publié le par Mireille Disdero

J'ai envie de parler de ce livre, même si ça n'est pas un roman que j'ai aimé. J'ai envie d'écrire quelques lignes sur ces 206 pages publiées aux éditions de l'Olivier, en août 2005.

Un titre bref, pluriel, une couverture sobre et sans paroles offertes à l'imagination (ou alors - à la limite -pour les lecteurs jusquauboutistes en la matière)

Du blanc, de la pâleur, un ton ou deux dans les bleus... et cette écriture si belle qu'elle m'a prise au jeu sans que je le désire vraiment. Je suis entrée dans le récit comme ça, par surprise, dès les premières lignes.

Pourtant, je n'ai pas trouvé "mon bonheur" dans cet écrit. La tristesse, les ombres, les plongées en solo jusqu'au fond des fonds et cette sensation de souffrance qui s'insinue partout et absorbe le monde...

 L'écriture d'Olivier Adam est belle et sait remuer la nostalgie, la tendresse de l'enfance et puis l'autre aussi, celle des grands... Le personnage d'Olivier puis son frère Antoine plus encore nous prennent par le bout du coeur... leur père, la voisine, "maman" partout conjuguée au présent, au futur... à tous les temps de l'existence, surtout après sa mort.

Non, je n'ai pas aimé ce roman d'Olivier Adam car il me remue la vie au point d'impact de la souffrance, là où ça fait trop mal, justement. Cependant, si je ne l'ai pas aimé, j'y ai été très sensible : tout au long de ma lecture j'ai eu envie de le garder en mémoire pour en discuter un peu, en parler et vous dire... Eh bien oui, il est beau et triste. Vous pouvez tenter de l'aborder... à vos risques et périls, mais pourquoi pas ? Le pire à mon avis, serait de ne rien risquer. De ne rien tenter... et de rester là au bord des livres, à attendre que passent des sensations et plus encore. Alors tentez ! Vous verrez bien. 

Mireille D.

 

UN EXTRAIT 

 

J'ai trente et un ans et ma vie commence. Je n'ai pas d'enfance et, désormais, n'importe laquelle me conviendra. Ma mère est morte et tous les miens s'en sont allés. La vie m'a fait une table rase où Claire et moi nous nous asseyons, où Chloé s'est invitée, un sourire très doux au coin des lèvres.
J'ai tente et un ans et ma vie commence ainsi, perdue dans la nuit maritime. Derrière moi, à peine plus concrètes que des ombres, moins denses qu'un peu de fumée, Claire et Chloé me regardent, la plus petite au creux des bras de la plus grande, toutes deux figées dans le silence de la chambre d'hôtel. Claire me sourit puis se rendort, et leurs respirations se confondent.

Olivier Adam 2005

 

Publié dans NOTES DE LECTURE

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SAILING TO PHILADELPHIA SUR SISTOEURS

Publié le par Mireille Disdero

 Petite info. au passage... sur Sistoeurs mag. http://www.sistoeurs.net

depuis vendredi 16 mars, vous pouvez lire Sailing to Philadelphia :

Philippe s'amuse à imiter le rugissement de Steph dans la nuit. Déconnez-pas, ma bouteille d'eau à côté de mon lit quand je dors, c'est vital ! Philippe, tu le savais. C'est pour ça que tu l'as remplacée par un alcool de superette... pendant que Steph ronflait de son premier sommeil ! Et c'est ainsi que, croyant boire son eau, il s'est enfilé du gros rouge, le recrachant aussi sec avec (en supplément pour nous) son hurlement digne d'un Romero du meilleur cru. Avant - APRES le cri. Après ? Il t'a jeté dehors avec ton sac même pas déballé. Dans la rue, finie la rigolade. De gris puis noir, tu es devenu chocolat. Alors... je n'ai pas voulu te laisser seul sur ce trottoir que tu aurais fini par faire. Vrai ? Il me sourit sans répondre. Assis face à moi, avec la régularité d'un métronome, Steph avale verre après verre d'un Bandol frais comme le lait cueilli chez la vache.

Bien plus tard, quittant le restaurant, je comprends qu'il ne tiendra pas debout seul dans la nature urbanisée et finira croqué par la lune dans le caniveau. A moitié écrasée sous son poids, je le ramène donc chez lui. En pénétrant dans le couloir de son appartement, je parviens à éviter de nous abîmer contre le vélo menaçant, derrière la porte. Ensuite je le pousse vers le lit, le déshabille en gardant les yeux ouverts (il est plutôt caleçon). Il git maintenant tel un gamin que je viens de border et embrasse ma main Merci, merci... Je me dégage rapidement avec l'envie d'un bout de nuit sans filtre. Vers la rue Granet, avec mon ombre qui glisse sur le mur comme un clone filiforme et discret, je chante doucement... Sailing to Philadelphia [1]. Pourtant je n'y suis jamais allée. Pourtant la nuit est tendre comme la peau de cet homme que j'ai quitté tout à l'heure.

 

Mireille D.

 

 


 

[1] Sailing to Philadelphia, Mark Knopfler 2001

 

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DANS LES CHEVEUX DU VENT

Publié le par Mireille Disdero

 

C'est un ruban de pays qui se touchent. Enroulés déroulés. Noués, dénoués. Et bientôt tressés dans les cheveux du vent.  C'est une route de pensées bordées d'oliviers... qui le soir prennent feu à nos joues.


Mireille D.

Olivier

Photo Wikipedia

 

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SAPHO

Publié le par Mireille Disdero

Dimanche 18 mars au théâtre Armand à Salon, il a été question de poèmes, de chants...

Poème écrit et lu par Sapho (extrait de "Le livre des 14 semaines" - Onzième semaine, Mercredi - Ed. La Différence, 2004) :

 J’aimais

Ta façon de mourir au bout du mot

De sentir

Le précipice à chaque essai

Pour approcher

La citadelle

Cet autre

Sapho

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CONCOURS LE SOURIRE DE CEZANNE

Publié le par Mireille Disdero

 

Concours de peinture, sculpture, photo

PRÉSENCE des ARTS & LE GRAND M des ARTS

« Le Sourire de Cézanne »

A l’occasion de la sortie prochaine du roman de Raymond Alcovère, Le Sourire de Cézanne, n & b Editions (première semaine de mai 2007) Présence des Arts organise en partenariat avec LE GRAND M des ARTS un concours de Peinture/Sculpture/Photo…

Le thème sera le roman dans son ensemble.
Libre à vous de vous inspirer d’une phrase, un passage, un personnage, une atmosphère, un paysage…..

Des extraits du roman sont lisibles ici :

http://raymondalcovere.hautetfort.com/tag/Le+sourire+de+C...
<http://raymondalcovere.hautetfort.com/tag/Le+sourire+de+C%C3%A9zanne>

L’exposition des œuvres aura lieu du 21 au 24 Juin 2007 Espace Jean Teissier à Vendargues.

Il n’y a pas de format imposé et toutes les techniques sont admises.
Aucune limite à votre imagination !

Une participation aux frais (imprimerie/vernissage etc….) de 15€ par
œuvre est demandée.

*Les prix : (Présence des Arts communique)*

- tout le monde aura un prix : les quatre jours d'exposition avec vernissage
- fidèles à la tradition de notre Association nous offrirons une sculpture
(nous changeons de sculpteur tous les ans mais ne savons pas encore qui
succédera à Jean-Luc Arcelli, Florence Goellner, Jacques Claret, Nicole
Mentha, William Puel, Gilles Bonin et Bob)
- du matériel Beaux-Arts (peintures/chevalet/toiles etc......)
- des romans de Raymond Alcovère
- un droit d'accrochage au salon VENT d'ART 2007 (octobre)
- une semaine d'expo collective à Paris mais nous ne savons pas encore
si nous retournerons dans notre galerie habituelle car nous voudrions
"explorer" un autre quartier. Ce prix est donc à mettre entre parenthèses.
- d'ici là nous aurons d'autres idées pas de soucis!

Raymond Alcovère sera présent à Montpellier, à la Comédie du Livre, 1,2 et 3 juin 2007.
Pour visiter son blog : http://raymondalcovere.hautetfort.com/
Pour le contacter : raymond.alcovere@neuf.fr


Présence des Arts
Maison Serre
Place de la Mairie
34 740 VENDARGUES

contact : 04 67 87 54 56 / 06 87 27 62 91

presencedesarts34@wanadoo.fr

http://presencedesarts.hautetfort.com


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LES ANNEES CHIENNES

Publié le par Mireille Disdero

 

Un nouveau recueil de Cathy Garcia aux éditions à tire d'ailes

 

Cathy Garcia

LES ANNÉES CHIENNES

1989 – 1997

medium_les_annees_chiennes2.jpg

série autodigestion 

 

Illustrations originales de Marie Bouchet
mabouh@gmail.com 

 

Poèmes de jeunesse (1989 – 1997).

Poèmes naïfs, maladroits, même si un peu retravaillés, alors pourquoi les publier ?
 
Sans doute la réponse la plus approchante serait celle-ci : auto-digestion.
 
Sortir Les années chiennes, pour digérer mes 20 ans…
Ce qui alors était sombre est aujourd’hui totalement saturé de noir. Conséquence logique d’une volonté qui ne devrait pas nous échapper….
 
Vos enfants ont 20 ans, s’habillent de noir, dépriment, s’abîment, se droguent et vous ne les comprenez pas ?
 
Les jeunes sont le symptôme des sociétés et leurs élans hélas, sont si facilement manipulables.
 
Une jeunesse suicidaire reflète une société suicidaire, celle qui deale en toute légalité un arsenal d’anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères et poisons en tout genre censés nous aider à vivre…
 
Une jeunesse violente, délinquante est le symptôme d’une société violente et délinquante.
 
Aujourd’hui être violent et délinquant en affaire cela s’appelle être compétitif. Être violent et délinquant à l’échelle d’un état, cela s’appelle défendre la démocratie.
 
La violence et la délinquance dans la rue, moi j’appelle ça une jeunesse en détresse. Parfois c’est un peuple tout entier qui devient violent et délinquant. Et ça s’appelle une révolution. 
 
Alors oui, voilà des poèmes de mes vingt ans, des poèmes qui n’ont rien de révolutionnaire mais que je voudrais présenter simplement comme un hommage à la fragilité.
 
Un hommage à chaque nouvelle génération trahie dans ses plus beaux élans et sacrifiée sur l’autel mercantile.
 
Je dédie Les années chiennes à la jeunesse d’aujourd’hui et de demain, puissent vos élans nous conduire vers des jours meilleurs.
 
 
Cathy Garcia, le 21 novembre 2006

 

 

Aliénée
 
Seule et froide
dans la nuit cloîtrée,
murs glacés qui brillent,
miroirs où pleurent
mes reflets.
 
Comment tirer du puits
mon profond désespoir ?
 
Mes pauvres mains
se tordent,
se nouent,
se dénouent,
 
comme des cordes
autour du cou
avec de tristes doigts
qui mordent

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