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VISAGE

Publié le par Mireille Disdero

 

La lumière est secouée par le vent. On sent que quelque chose existe. C'est humble, ça ne s'impose pas. Le vent. Le soleil. Un travail qui attend. Le travail encore. A l'ombre, une table. Des feuilles à grignoter. Un visage penché qui se penche et qui pense. Une nuque dégagée en douceur et sur la peau, la mémoire du soleil. La nuque qui ressemble aux caresses qu'elle a reçues, à celles qu'elle a osées. Une nuque et l'attraction des pages, la feuille pour reposer l'encre et le corps.


Un plan rapproché, sans cinéma. La réalité a cette densité. Alors le visage sans parole sourit au trait de lumière qui plonge un sucre de soleil dans la tasse, sur la table. Alors un avion sur le ciel secoué par le vent et rien de plus qu'un moment à écrire... en douceur.



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SIX HEURES... BELLE DU SEIGNEUR (SUITE)

Publié le par Mireille Disdero


Un autre monologue d'Ariane... sans ponctuation



Six heures j'ai tout le temps vôtre vôtre ô mon amour pourquoi ne pas être ici avec moi dans ce bain chaud délicieux on serait si bien tous les deux tant pis si pas assez de place pour les deux on s'arrangerait tout de même on trouverait le moyen un moyen ancien depuis Adam oui je sais je l'ai déjà dit ce truc de venir me rejoindre dans le bain ça m'arrive tout le temps de me répéter Eve la première idiote qui disait personne ne comprend mon Adam personne ne se rend compte de la merveille qu'il est enfin bref ce que je dis de vous mon chéri je me demande si les poules éternuent enfin si ça leur arrive quelquefois elles ont tout de même le droit d'être enrhumées dans trente ans j'aurai non c'est horrible tant pis ce n'est pas pour ce soir on a le temps folle de tendresse quand il dort...


Albert Cohen, Belle du Seigneur, Gallimard (LXX)


Publié dans PAROLES, CITATIONS

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DANS L'ENFANCE

Publié le par Mireille Disdero

 

 

 

 


Patience,

les cheveux habillent une épaule

comme des vendanges de pensées en grappes

                                         nacarat

 



Patience dans l'enfance

une piste déroule ton sillon

de courants intérieurs

t'habille d'une récolte de pensées en grappes

                                         nacarat 

 



Patience dans l'azur

où la Méditerranée, les vagues

comme un sel dans tes yeux

prennent feu, prennent feu

 




Patience,

les heures autour de toi

déposent ce que la douceur tamise

et l'odeur d'encens, un frôlement

en voyage, en voyage




Patience dans l'azur

à l'embarquement, un grand galet des mers

vise le ciel de la marelle, la marelle

Et sur un pied l'enfant s'élance

les bras haut, là-haut

le regard vers partout

dans l'azur, dans l'enfance.




 


Mireille D. mai 2007


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BELLE DU SEIGNEUR - ALBERT COHEN

Publié le par Mireille Disdero



Une fin d'après-midi, des semaines plus tard, je l'ai suivie le long du lac, et je l'ai vue qui s'est arrêtée pour parler à un vieux cheval attelé, et elle lui a parlé sérieusement, avec des égards, ma folle, comme à un oncle, et le vieux cheval faisait des hochements sagaces. Ensuite, la pluie a commencé, et alors elle a cherché dans la charrette, et elle en a sorti une bâche, et elle a recouvert le vieux cheval avec des gestes, gestes de jeune mère. Et alors, écoutez, elle a embrassé le vieux cheval sur le cou, et elle lui a dit, a dû lui dire, je la connais, ma géniale et ma folle, elle a dû lui dire, lui a dit qu'elle regrette mais qu'elle doit le quitter parce qu'on l'attend à la maison. "Mais sois tranquille", elle a dû lui dire, lui a dit, "ton maître va venir bientôt et tu seras au sec dans une bonne écurie bien chaude. Adieu mon chéri", elle a dû lui dire, lui a dit, je la connais. Et elle est partie, une pitié dans le coeur... 


Albert Cohen, Belle du Seigneur (Gallimard 1986)



Publié dans PAROLES, CITATIONS

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MAIN D'ENCRE

Publié le par Mireille Disdero

 

 

        Des mots écrits sur une autre vallée
        à l'intérieur des paumes
        et les saccages doux
        de nos sirènes de cœurs 

        Des doigts, pour tenir les choses
        froissées hier sur la nappe rangée 

        Puis une main sur le cœur                
                                       que l'on prépare,
                                                    comme un encrier




Mireille D.



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IT IS NOT A POEM...

Publié le par Mireille Disdero

 

It is not a poem

It's just my voice.


Thomas Lago, Kat onoma.


 

fenetre-hg.jpg




Photographie Hervé Grillot

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ILLUSTRATEUR (TRICE)

Publié le par Mireille Disdero



Cathy Garcia cherche un(e) illustrateur(trice) pour un recueil (autoédition) de textes poétiques intitulé Ailleurs simple

Le style recherché : de la couleur, format croquis de voyage, à réaliser d'après textes. Une quinzaine d'illustrations. Travail non rémunéré mais l'illustrateur(trice) recevra 5 exemplaires pour lui (elle).

Pour toute info. supplémentaire, contactez-la :

Cathy Garcia

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SOIE

Publié le par Mireille Disdero


Le soir, Hervé Joncour prépara ses bagages. Puis il se laissa conduire dans la grande pièce dallée de pierre, pour le rituel du bain. Il s'étendit, ferma les yeux, et pensa à la grande volière, gage extravagant d'amour. On posa sur ses yeux un linge mouillé. Cela n'était jamais arrivé, avant. Instinctivement, il voulut l'enlever, mais une main s'empara de la sienne et l'immobilisa (...). 

Hervé Joncour sentit l'eau couler sur son corps, d'abord sur ses jambes, puis le long de ses bras, et sur sa poitrine. De l'eau comme de l'huile. Et un étrange silence, tout autour. Il sentit la légèreté d'un voile de soie venir se poser sur lui. Et les mains d'une femme - d'une femme - qui l'essuyait en caressant sa peau, partout : ces mains et cette étoffe tissée de rien. Pas un instant il ne bougea, pas même quand il sentit les mains remonter de ses épaules à son cou, et les doigts - la soie, les doigts - monter jusqu'à ses lèvres, les effleurer, une fois, lentement, puis disparaître.


Soie, Alexandre Baricco (Gallimard)


rouge-carmin-sophie-dumont.jpg



Illustration Sophie Dumont, Rouge carmin

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CHÂTEAU DE SABLE

Publié le par Mireille Disdero

 

 

 

 

Une petite fille aux yeux de soleil prend un bocal en verre, sur l’étagère de son laboratoire d’enfant. Dedans, elle jette les lettres de ton prénom, ferme le pot et mélange, secoue en chantant. Après, elle lance la formule d’amour dans le ciel, et le vertige de la vie la prend. Elle tourne et tourne et tournoie sur elle-même. Ses cheveux, sa robe font la vie-mouvement. Lorsque la terre redevient stable, elle ouvre le bocal de ton prénom, se penche et regarde,

respire ce que tu es devenu…

 

Sable

 

Elle plonge la main pour saisir le minéral né de tes lettres. Il est chaud, doux et vivant. Il porte le parfum de la vie. Avec, longtemps, elle sculpte un château. Elle prend soin de ne pas le construire trop près des vagues, pour le protéger de la marée qui ne l’emportera pas avant quelques siècles. Elle imagine que tu auras le temps de t’ériger haut et fort, de l’emplir de toi.

 

Elle sait aussi qu’au bout de ton temps, dans très loin, la marée t’effacera et emportera un peu de toi. La petite fille viendra alors poser une fleur sur le sable que tu étais. Son cœur restera plein de toi. Avant, après, maintenant. D’autres diront toujours. Les fous penseront "jamais".

Et pour t’aider à naître dans son temps, une autre fois, elle murmurera dans la vieille langue. La formule du sens de ta vie sera prononcée.

Enfin

Ton nom s’écrira sur le cahier vivant

Le sable en or se changera.

 

 

 

Mireille D.

 

Photo Elodie Julien


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ATTILA JOZSEF

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Assis sur le quai de pierre au bout du port,

je regardais passer une écorce de pastèque en souffrance.

A peine entendis-je, plongé en mon sort :

la surface susurre, mais le fond garde le silence.

 

 

A rakodopart also kövén ültem,

néztem, hogy uszik el a dinnyehéj.

Alig hallottam, sorsomba merülten,

hogy fecseg a felszin, hallgat a mély.

 

Attila Jozsef

 

 

"Le miroir de l'autre", aux éditions de l'Unesco, un recueil de poèmes d'Attila Jozsef. Il est pudique et - paradoxalement - il "montre" beaucoup... Un exemple ? "Anyam" (Ma Mère).

 

"Elle prit le bol à deux mains,

un dimanche, au déclin du jour,

en silence elle ébaucha un sourire

et resta assise un peu dans le demi-jour."

...

 

"C'est en vain que tu plonges ton visage en toi-même. Tu ne pourras jamais le laver que dans l'autre." La traduction est de Gabor Kardos (avec mes excuses pour les accents de la langue hongroise qui sautent parfois dans le texte).

 

 

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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