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NOIR, C'EST NOIR - POLAR, BD...

Publié le par Mireille Disdero

Vous aimez le noir ? Tardi ? Vous connaissez François Guérif, vous appréciez les éditions Rivages et leur fameuse collection... ? Alors notez vite,




" Noir, c'est noir
 

Comme il n’est jamais trop tôt pour bien faire, amoureux de la littérature de rue, à vos agendas. Le 13e arrondissement de Paris se met au noir, polar et BD. On y rencontrera François Guérif, éditeur chez Rivages/Noir, et grand cinéphile devant Zeus et sa clique, Caryl Ferey, Eric Halphen (celui-là même qui est aussi juge), môsieur Jacques Tardi, et Jake Lamar, un US boy installé dans notre joyeuse capitale (le 18e arrondissement, il en fait tout un poème dans Rencontre dans le 18e, éditions Rivages). Manifestation modeste (en nombre d’invités) mais bien pensée. « On se saurait guère écrire un roman d’aventures autrement qu’à la manière d’un roman policier : dans notre société, les aventures sont criminelles. » C’est Bertold Brecht qui le dit. " M. Lv. Du 15 au 18 oct. Rens : 01 44 08 13 13. (info. trouvée lundi 24 septembre 07 dans Télérama.fr : L'Expresso)


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CITHARE - LA FANFARE ROM DE LA PUERTA DEL SOL (SUITE)

Publié le par Mireille Disdero

 

 

C’est sans doute un ange

Un ange tombé du ciel, sur terre

Sans doute ses 120 kilos

Y ont été pour beaucoup

Dans sa quête gravitationnelle

 

Poupon

Poupon et taurin

Sont les deux termes venant à l’esprit

Oui, Cithare est poupon et taurin

 

Blanc de teint

A quelques nuances, tendrement rosâtres, près

Sur les joues

Cithare écrase le paysage de sa masse de chair à peine retenue par sa chemise, au col, ouverte

(Cou taurin oblige)

 

Cheveux noirs et drus de Rom

Cithare, quand il ne joue pas de son instrument

Sourit en une délicate accolade typographique horizontale

Quand il joue, ce sont ses lèvres qu’il pince

Et ses yeux, joliment porcins, vert émeraude

Qu’il fixe sur les cordes de son instrument

 

Cithare est l’elfe de la Fanfare Rom

Il est son tronc, aussi

A la fois l’âme et le corps

 

Coincé sous son instrument dont, décidément

Un pied en bois tourné penche dangereusement

Assis on ne sait sur quoi

(120 kilos vous dis-je)

Cithare commence dans le silence relatif de la voie piétonne

Par caresser délicatement ses cordes

En une toile d’araignée de notes cristallines

 

Puis

(Fanfare Rom oblige)

La contrebasse s’accroche

L’accordéon prend le train

Le saxo et la clarinette montent dans le wagon de queue

 

Et nous, public, on reste sur le quai

Chefs de gare cocus

A regarder s’élever dans l’air madrilène

Une mélopée conduite par l’ange

Enorme locomotive tripotant des cordes de cithare

A un train d’enfer

 

Comment comprendre

Si ce n’est en les voyant

Que ces deux mains massues

Manient les deux baguettes menues

Frappent gentiment

Battent le fer tendu

Qui libère des soupirs d’enchantement

D’une corde à l’autre

Comme l’eunuque mal recousu caressant d’un regard nostalgique

Les belles du harem

 

Et c’est bien là, à ce moment précis

Qu’on nous cocufie à la roumaine

Nous, les chefs de gare sur le quai

A vouloir embrasser tout ça

A essayer de nous accrocher aux portes, aux fenêtres

Du train passant sous nos nez moustachus

Sur nos voix ferrées

Comme mulets attachés

 

Car, de ces portes, de ces fenêtres

Se pressent les musicos

(E pericoloso sporgersi)

Penchés

A nous filer des claques de notes, de croches et de fa dièse

(Do not lean out the windows)

Et nos lèvres sourient, fats, niaises

 

Et le train-train de s’envoler en mélopée accélérée

De tourbillonner, cithare en tête

Autour de nos esgourdes empâtées

Ah, le beau manège enchanté

 

On écoute, on rêve

Les joues en feu

Cithare sur son cheval de bois

En haut, en bas

Saxo sur un camion de pompier

Pin-pon, pimpant

Accordéon sur un cochon articulé

Asthmatique, essoufflé

Clarinette dans le petit avion penché

Dans une carlingue déglinguée

Contrebasse s’adjugeant le pompon

S’emmêlant les bonbons

 

Oui, on regarde, nous les chefs de gare cocufiés

On se soulève la casquette

Se gratte le chef

Les couilles, le cul

 

Soudain, le morceau s’arrête

A bout de souffle

On applaudit

 

Cithare dessert les lèvres

Prend sa pince rouge, ressert une corde

Chope un sachet plastique

En tire un sandwich

Et croque, c’est la pause

Tout le monde descend

Deux minutes d’arrêt

Pour la forme, on siffle

 
Hervé Grillot



Cithare.jpg

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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EXPOSITION - ARLES

Publié le par Mireille Disdero

Exposition "ElémenTerre"


"ElémenTerre" est une exposition de dessins, peintures et sculptures organisée par l'association Originart, avec le soutien de la Ville d'Arles, et du Conseil régional. Elle rassemble les oeuvres d'une quinzaine de plasticiens. Aconcha, Alice Anglade, Bernadette Nel, Danielle Jacqui, Georges Stolf, Gérard Nicollet, Jacqueline Desanti, Jeanne Disdero-Rey, Michel Boudin, Paco Gomez, Philippe Hamant, Pierre Pelizon, Rebecca Campeau, Roland de Livry, Sarah-Mireille Perret ont chacun une source d'inspiration issue de la matière brute et le travail sur cette matière est prépondérant.

L'école Pergaud de Raphèle-les-Arles participe à une expérience créative autour de l’Arbre, en compagnie de deux artistes. Leur réalisation sera aussi présentée lors de l’exposition.

Instrument à caresse
En point d’orgue, présentation du très beau travail plastique et gestuel de José Le Piez, autour des arbrassons ou « instruments à caresse », sculptures en bois qu’un simple geste de la main fait entrer en vibration. Cette intervention tant sonore que visuelle donnera lieu à une création chorégraphique.

Lieu : église des Frères-Prêcheurs - Arles

Du Mercredi 19 septembre au Samedi 20 octobre 2007

 

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TENSION

Publié le par Mireille Disdero

Il y a des moments où l'écriture n'existe pas. Où elle reste lettre morte. Des moments sans faille, nets et clairs, de vraies pierres du chemin où le pied nu, sans fard, ne cherche que le mouvement, la route qui voyage pour lui.

 

Alors, pendant des jours puis des nuits, l'écriture n'existe pas.

 

Ce n'est que le soir ou quand vient un changement de saison, quand on a les mains sur le volant ou que le lait déborde d'une casserole... Là, à ce moment elle vient, parce que les mains sont prises et la vie occupée. Sans avertir. Elle arrive. C'est une tension, un courant, il est là. Alors, on écrit. On écrit quand même. 

Mireille D.


fen--tre-bleue-la-Roque-d-A.jpg

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APPELS A TEXTES

Publié le par Mireille Disdero


" Texte veut dire tissu ". R. Barthes



Je vous signale - un peu en retard  - des appels à textes émanant du site
Un Endroit ainsi que du site de Raymond Alcovere, ci-dessous décrits. Vous voulez mon avis, n'hésitez pas. 



1/ Les prochains numéros du Mag Un Endroit... à préparer. Aussi, nous lançons pour l'occasion... UN APPEL À TEXTES ! (Les sujets à venir seront la Médina, les ports, la Banlieue, Marseille) ; http://www.unendroit.fr/

2/ Le Magazine Autour des Auteurs
Nous attendons vos propositions de textes pour nourrir les numéros à suivre :
toujours dans un format court (un feuillet suffit), de création et inédit avec proposition d'illustration (s) à l'appui.
En vérité nous avons surtout besoin de nourrir les rubriques CHRONIQUES (sur des livres oubliés ou récents), VIE DU LIVRE, EVENEMENTS (compte-rendus d'événements auxquels vous assistez et qui laissent des traces), ENTRETIENS.
Le prochain numéro pourrait paraître début novembre. Nous songions à l'orienter vers le thème du voyage, de l'ailleurs. Juste avant la froidure.
Nous comptons sur vous
Le comité de rédaction
PS- adressez vos propositions à l'adresse suivante : renaudfran@free.fr

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INVITATION AU VOYAGE - CONCOURS DE POESIE

Publié le par Mireille Disdero



 
Second concours de poésie par SMS pour la Wallonie et Bruxelles sur le thème « Invitation au voyage ».  
 
« En 2006, le belge a envoyé plus de 5 milliards de messages courts. Mais le succès du SMS n’est pas uniquement dû au fait qu’il permet d’être efficace et concis pour des communications d’ordre pratique. Le SMS a révélé au travers de ces concours de poésie qu’il peut aussi véhiculer des sentiments et revêtir une forme artistique », déclare Bart Vandesompele.
  
Après « Aimer, c’est parler », BASE et la Maison de la Poésie de Namur, lancent une « Invitation au voyage » à tous les amateurs de poésie et de défis aussi. Car rédiger en 160 caractères seulement une petite œuvre poétique reste une des conditions de participation. Un jury de professionnels se penchera sur les poèmes.  
La Maison de la Poésie de Namur propose, en complément à l’organisation du concours de poésie par SMS, une rencontre avec Aurélia Dejond, Cédrick Fairon (UCL, Cental) et Jean Klein (UCL, Celexrom) sur les formes actuelles de « cyber-communication » : SMS, Chat, etc. Destinée aux enseignants, aux jeunes ou à toute personne intéressée par ce sujet, elle aura lieu le jeudi 11 octobre de 19h à 20h30 (rue Fumal 28 à Namur – 081/22 53 49)
 
Les SMS peuvent être envoyés jusqu’au 5 novembre à minuit au numéro abrégé 3264.  
Infos et règlement complet : www.mplf.be et www.BASE.be

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PUERTA DEL SOL (SUITE)

Publié le par Mireille Disdero

ao--t-2007-H-H-Sparad-et-contrebasse.jpg



Sparadrap parade

 

Ça serait comme l’histoire du bout de sparadrap

Dans Tintin, vous savez

Celui qui passe d’une vignette à l’autre

Collant, voletant, dérangeant… Sacrebleu

Mille sabords, tout en chapeaux de roue et dérapages (in)contrôlés

 

C’est le Saxo qui l’a décidé, en un clin d’œil

Tout qui s’est emballé

Clarinette et accordéon défoncés

Cithare et contrebasse endiablées

Tambourin en coliques néphrétiques

 

Que voulez-vous ?

On ne va quand même pas les suivre

Et la Fanfare Rom de dévaler ses montagnes russes

Telle d’incontrôlables apparatchiks Tchernobyliens

 

Ça joue, ça vire, ça tourne

Comme ces roues, celles, à toute vitesse, où la vision se brouille

Et, d’un coup

On revoit tout tourner lentement en sens inverse

Bin ici, l’effet d’optique, c’est un bout de sparadrap

Qui traverse cet imbroglio allegro mais non trop haut

 

Un sparadrap collé au bout des doigts de la Contrebasse

Des fois qu’il ne lui resterait même plus la peau sur les os

A la fin du morceau

 

Un sparadrap entortillé sur le col de cygne du saxophone

Rafistolant l’irremplaçable outrage du tempo dingo du Saxo

Au cou taurin gonflé de sanguines durites, à bloc

 

Sparadrap aux extrémités des deux baguettes

Tannant les cordes de la cithare

Sous les lèvres pincées du joueur contracté

Sauf ses deux avant-bras répétés mille fois comme en BD

 

Sparadrap par terre, au pied de la Clarinette

Qui s’arrête de claironner plus très net

Pour le ramasser et essayer de rabibocher sa mécanique

Dépassée par les évènements

 

Et la Contrebasse de rire sans dent

Et la Cithare d’ouvrir ses écoutilles à vannes

Et le Saxo de s’arrêter, plié, sa main frappant son front, dépité

Et vous savez quoi ?

Bin, la musique de continuer en réaction déchaînée

En nuage, tout sauf atonique

 

Hervé Grillot


ao--t-2007-Rom-music.jpg

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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VILLES FANTÔMES - ECRITURE ET PHOTOGRAPHIE

Publié le par Mireille Disdero



Je viens de lire "La passion, dit Max", de Alain André aux éditions Thierry Magnier. La collection propose à un écrivain une série de photographies "dont il ignore tout. Il s'aventure alors dans l'écriture d'un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer." Dans le cas de "La passion, dit Max", elles dépassent de loin l'impact du récit et sont le véritable point de force de l'histoire. C'est pourquoi, après avoir lu ce roman, j'ai cherché à savoir qui était le photographe et ce que signifiait ces images.

Tout a commencé au début du siècle dernier...

"En 1908, August Stauch, un jeune allemand chargé de l’entretien d’une ligne de chemin de fer, trouve un diamant à même le sable du désert du Namib. Quelques mois plus tard suit une ruée sur le diamant en provenance d’Allemagne et plusieurs villes sont rapidement construites au milieu du désert. Ces villes, nommées Kolmanskop, Grillenthal, Bogenfels, Pomona, Elizabeth Bay, seront habitées pendant une quarantaine d’années, puis totalement abandonnées. Encore existantes aujourd’hui, ces villes et leurs habitations se désagrègent lentement et sont petit à petit envahies par les dunes de sable du désert.

 VILLES FANTÔMES Namibie 2003
PHOTOGRAPHIES OLIVIER CULMANN
Prix Fujifilm Euro Press Photo 2004

Visionner les photographies sur Tendance floue, à cette adresse :

http://www.tendancefloue.net/photographes/olivier_culmann/villes_fantomes/index.php




Le photographe nous explique :

J'ai découvert ces villes en 2003, dans le cadre d'un reportage sur le désert du Namib. Je les ai traversées, de maison en maison, un jour de tempête de sable. Bien trop rapidement, car notre temps était compté. Mais là-bas, suspendu, le temps observe les dunes qui avancent et emportent l'écho de quelques décennies de vie. Parfois, derrière le silence, on entend encore un peu des bribes de voix, une porte qui claque, des enfants qui rient, les gémissements d'une femme, le cri d'un homme soûl qui se perd dans la nuit...
Je n'y suis pas retourné. Mais il faudra bien. Je veux voir les dunes onduler une nuit de pleine lune. Et écouter encore l'écho de secrets ensablés.
Olivier Culmann In La passion, dit Max (Thierry Magnier 2007, collection Photoroman)

Publié dans ARTICLES

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PUERTA DEL SOL

Publié le par Mireille Disdero

 

 

 

 

Connivences en volutes

 

 

Intermède

Cigarettes

Filtres, tabac et flamme

-deux-

A consumer

 

Intermède

Joueurs

-deux-

Accordéon et guitare

Duel

A tuer

 

Le Temps, le Temps

 

D’une cigarette

-deux-

Duel en fumée

Un morceau

-n’importe lequel-

Face à face

En mesure

Guitare et accordéon

Du monde autour

 

Autour du monde

Sphérique

-yeux dans yeux-

Filtres, tabac, cendres et fumées

Envolées

 

Lyriques

D’un morceau du monde

Du cœur à l’ouvrage

-deux-

Au cœur du monde

Qui bout

Athanor

-yeux dans yeux-

En fumée

Filtres, tabac et cendres tremblantes

 

L’un d’eux qui accélère

-l’accordéon-

En kolo serbe

Tournicotant dans l’air

L’autre qui suit

-la guitare-

En caducée

Autour de l’axe du monde

 

Autour, du monde

Qui se presse

Qui écoute et brille des yeux

De plaisir

 

Envolées

Lubriques

En rapidité

Soulevant les robes

Des notes

 

Notes enfilées, emballées, effrénées

Filtres, cendres

Yeux qui piquent et sourire aux lèvres

-sur toutes les lèvres-

Consumées

En connivence

En folle connivence

D’amitiés parties en fumée

 

 
Hervé Grillot

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Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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ORAGE - KHALIL GIBRAN

Publié le par Mireille Disdero


 

 

L’esclavage

 

 

 

Des hommes sont consacrés esclaves éternels de la vie. 
Ils sont écrasés et humiliés le jour, malheureux et désespérés la nuit. 
Sept mille ans se sont écoulés depuis ma première naissance. Partout, j’ai vu des esclaves soumis et des prisonniers enchaînés. J’ai traversé le monde d’Est en Ouest, je me suis promené dans l’ombre comme dans la lumière, j’ai vu des nations et des peuples commencer leur ascension. 
Mais je n’ai vu que dos courbés, bras enchaînés et genoux pliés devant les idoles. 
J’ai suivi l’homme de Babylone à Paris, de Ninive à New York. Partout, les empreintes de ses pas sont gravées à côté des traces de ses chaînes. 
L’écho des plaintes et des lamentations des peuples disparus hanteront à tout jamais les plaines et les vallées. 
J’ai pénétré au sein des palais, des universités et des temples ; j’ai vu l’ouvrier esclave du commerçant. 
Le commerçant esclave du militaire.

Le militaire esclave du gouverneur. 
Le gouverneur esclave du roi.

Le roi esclave du religieux. 
Le religieux esclave des dieux. 
Des dieux de terre, façonnés par les diables, juchés sur des socles d’ossements. 
J’ai pénétré dans les maisons des riches et des pauvres, des puissants et des faibles. 
Partout, j’ai vu le nourrisson téter l’esclavage avec le lait de sa mère,

Et les enfants apprendre la résignation en même temps que l’alphabet. 
J’ai vu les filles se vêtir de robes doublées de servilité et d’abaissement, 
Et les femmes allongées dans le lit conjugal, matelassé de soumission et d’avilissement. 
J’ai suivi les générations depuis les rives du Gange et de l’Euphrate jusqu’au delta du Nil.

J’ai visité les places d’Athènes, les églises de Rome ainsi que les édifices de Londres. 
Partout, j’ai vu l’esclavage porté et nourri par se propres victimes. 
Les hommes donnent le nom de religions à ses massacres. 
Ils glorifient ses guerres dites « patriotiques ».

Prosternés et ébahis, ils le nomment « prophète », « roi » ou « loi ». 
Ils se livrent à sa volonté jusqu’à extinction, ils la nommeront égalité et fraternité, ou même affaires et finances. 
Que de noms pour le même mal. 
Que de symptômes pour la même maladie.

L’esclavage relie les enfants aux ancêtres et aux traditions, faisant d’eux de nouveaux corps abritant de vieilles âmes, des tombeaux neufs enfermant de vieux os.
 
L’esclavage unit le mari et la femme qui se détestent, faisant d’eux devant la vie ce que la semelle est au pied.
 
L’esclavage maintient les volontaires au service des corrompus et livre les forts à l’avidité des vicieux. Ils seront les outils manipulés, puis abandonnés et ensuite brisés.
 
Le pire des esclavages est celui qui empêche les rêves des enfants de s’envoler. Il les enchaîne à la misère, là où sévissent la pauvreté et l’ignorance, là où demeurent l’humiliation et la soumission.
 
Ces enfants risquent de grandir malheureux, vivre criminels et mourir maudits.
 
J’ai vu tellement de formes d’esclavage.
 
Dégoûté, j’ai tourné mon regard vers la vallée des siècles.
 
Une frêle silhouette se promenait tranquillement, contemplant le soleil. Je lui ai demandé :

Qui es-tu ?
Je suis « La Liberté ».
As-tu des enfants ?
J’ai trois fils. 
Où sont-ils ? 
L’un est mort crucifié ; l’autre sombra dans la folie. Quant au troisième, il n’est pas encore né.
 

Puis la silhouette s’évanouit à l’horizon.

 

Orages
, Khalil Gibran (collection Petite renaissance, Presses de la renaissance), traduction de Oumayma Arnouk el Ayoubi
 

 

 

 

 vue-de-la-digue----la-mer.jpg

 

 

 

 

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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