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SISTOEURS : ANNIVERSAIRE !

Publié le par Mireille Disdero


Dimanche 28 octobre 2007, par Séverine Capeille :

... A l'occasion de ce quatrième anniversaire, toutes les Sistoeurs sont réunies pour faire danser leurs tendres reflets dans les bougies :

http://www.sistoeurs.net/ss/article.php3?id_article=360

 

mur-affiche-Sistoeurs-copie-1.jpg


"    ... Sistoeurs, c'est abstrait et précis. Comme le souffle d'un enfant pour éteindre ses bougies. Comme un anniversaire qu'on oublie. C'est tendre et cruel. Le poivre et le sel. Un caillou jeté sur la marelle, un tracé à la craie pour effacer Babel. Et c'est joli. " (extrait de L'Histoire d'un site)

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LA ROUTE DES VENTS

Publié le par Mireille Disdero

 


Je continue avec d'autres carnets de route : aujourd'hui, La Route des vents, de Laure Morali (La Part Commune, Rennes 2002). Un petit livre, un voyage au nord, à caler dans sa poche quand on marche et à retrouver un peu quand on s'arrête, quelques minutes ou quelques heures... Glacier-blanc.jpg


La même plage borde le monde
le bleu, l'espace


Les glaces avancent sur le fleuve à la vitesse des nuages ; ça sent la mer.



Cap-Chat
Gaspésie
 
Une silhouette se détache de l'enseigne, une marche difficile, un manteau bordeaux, une vieille femme. C'est elle, maintenant, mon point d'équilibre, mon seul repère. Le chemin à parcourir avant de la croiser me semble si long, et plus j'avance, plus elle recule, et plus j'ai mal au dos. C'est sa fatigue que je porte, sa solitude dans le vent, le froid, le blanc. 


Il est des presqu'îles au pelage d'herbes souples qui allongent de lourdes pattes vers l'horizon, comme des lionnes au repos. Certaines pointes ont une posture d'affût. On les dirait prêtes à saisir les bateaux dans leurs griffes de récifs pour les étouffer contre leur flanc... Peut-être enfermons-nous les lieux dans des noms qui leur ressemblent pour conjurer le pouvoir qu'ils ont d'orienter, toujours dans le même sens, les destinées. Le Cap-Chat, pris au piège de son nom, a cessé de provoquer des naufrages.


Moins 30 °. Un phare rouge sur la falaise, une maison jaune ; en bas, les glaces. Le regard, tourné vers l'Est, écarte doucement le point de coïncidence entre les lignes de fuite, trois traits au crayon de bois sur une feuille granulée :
la  ligne d'eau
la ligne de route
la ligne de crête.
Je peux passer encore.


L'odeur du feu me réveille. Je descends les escaliers. L'aube reflue sur la neige. Des flaques d'or giclent sur les carreaux. Le rocking-chair se balance. Gerry semble prendre l'empreinte des nuages, une mousse à la dérive dans le vent du nord. A la façon des marins, des nomades, des paysans et des devins, il doit savoir que tout ce qui bouge est le miroir de quelque chose de figé, ailleurs.


Gespeg, en  langue mi'kmaq, signifie "extrémité du territoire". La porte de l'Est rougie par les soleils naissants nous donne à chaque instant le courage d'accomplir le chemin.

Plus j'avançais vers la fin des terres, en me laissant émouvoir par les gens que je rencontrais dans les maisons étrangères, plus je devenais fluide comme les glaces lorsqu'elles se fondent les unes aux autres pour avancer, puis se détachent en emportant un morceau qui n'était pas à elles, en oubliant une partie d'elles-mêmes au passage. L'amour est une frontière qui s'agrandit. Autour de l'empreinte laissée par l'autre, quelque chose d'étrange, à l'intérieur de nous se renouvelle... 


"... Laissez-moi traverser le torrent sur les roches
Par bonds quitter cette chose pour celle-là
Je trouve l'équilibre impondérable entre les deux
C'est là sans appui que je me repose."
Saint-Denis Garneau


Quarante kilomètres plus tard, la route s'arrête. Nous sommes arrivés au Havre Saint-Pierre.


Le vent transporte en poussières la terre d'une parole qui est mémoire du plus lointain passé, comme du plus lointain futur. Le rêve est une peinture qui navigue dans la nuit.

Laure Morali, La Route des vents

 

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BD - LES FEUILLES D'AUTOMNE

Publié le par Mireille Disdero


News de l'automne 2007 du côté de la BD ?

En France - en jeunesse y compris - la BD offre une place croissante aux adaptations littéraires. Un exemple ? Le recueil de "poèmes bulles" (daté de 1969) de l'écrivain italien Dino Buzzati, chez Actes Sud. 

Du côté de Bilal, une intégrale de ses 4 titres du cycle "Monstre". Joann Sfar lui, publie chez Dargaud "Le Chat du rabbin" en Hébreu et en Arabe (le premier tome pour l'instant), ainsi que "La Vallée des Merveilles" de même, le troisième volume de Klezmer, "Tous des voleurs !"chat-du-rabbint1-copie-1.jpg. A noter, "Roberto" par Baudoin (éditions 6 pieds sous terre) et "Travesti", une adaptation d'un roman roumain qui - je crois - est "Lulu", à L'Association.

On note une hausse de la sortie des BD et ceci n'est pas dû à la publication des mangas dont la production commence à stagner.

Le musée d'Art et d'Histoire du judaïsme à Paris accueille du 17 octobre 07 au 27 janvier 08 une exposition sur les Juifs et la bande dessinée "De Superman au Chat du rabbin", avec de nombreuses conférences.

Enfin, pour le centenaire de la naissance d'Hergé, Casterman prévoit un coffret des 24 aventures de Tintin en petit format noir&blanc.

La suite un peu plus tard...

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LA ROUTE BLEUE - K. WHITE

Publié le par Mireille Disdero


... Peut-être la route bleue est-elle ce passage parmi les silences bleus du Labrador...


"Moi je me contente d'écrire un ou deux mots pour l'avenir, j'avance un instant, pour faire ensuite volte-face et m'en retourner en hâte dans l'obscurité. Je suis un homme qui, marchant d'un pas tranquille sans toutefois jamais s'arrêter, vous lance un coup d'oeil distrait et puis détourne le visage, vous laissant la tâche de prouver et de définir ce qui vient, attendant de vous l'essentiel..." Walt Whitman
rivi--re-blanche-du-glacier.jpg

Minuit sur la côte Nord.
Debout à la fenêtre de ma chambre, 
je regarde un brouillard froid dérouler ses volutes au-dessus du Saint-Laurent.
Et j'évoque certains voyageurs transcendantalistes croisés sur mon chemin...


... "Elle était là, la terre dont on nous avait parlé, sortie du chaos et de la nuit des origines. Ceci n'était le jardin d'aucun homme, c'était le monde sans fioritures. Ce n'était ni une pelouse, ni un pré ni un bois
, ni un champ ni un désert. C'était la surface intacte et naturelle de la planète Terre. L'on y percevait avec netteté la présence d'une force qui n'avait nul besoin de ménager l'homme. " H. Thoreau


J'étais ivre de vent. Ivre de la grande rumeur blanche du Saint-Laurent. Ivre d'idées.
Idées-poissons. Idées oiseaux.
Pensée qui nage et qui vole.
Philosophie océanique.
Pourquoi écrire ?
Pour ne pas devenir complètement fou de cette ivresse-là. De cette ivresse blanche qui est la source de toute véritable écriture.


Chef Seattle "Pour mon peuple, il n'y a pas un coin de cette terre qui ne soit sacré... Que restera-t-il de la vie si on ne peut entendre le cri de l'engoulevent et le croassement des grenouilles autour de l'étang pendant la nuit... C'est la fin de la vie et le commencement de la survivance..." 

Ta voix se perd dans le vent, vieil homme...

Ces derniers jours je suis allé encore plus loin.
Le plateau entier s'ouvre.
Et je m'ouvre avec lui
Dans le Chemin des nuages blancs...

C'est la prise de conscience de l'union entre le physique, le psychique et le spirituel qui est à l'origine du yoga, et la voie intégrale du yoga implique des exercices respiratoires, des postures, la concentration mentale, la sérénité, l'imagination créatrice et l'éveil spirituel.

"Quelque part, quelqu'un parle.
Dans le Nord, la tribu de la Pierre
Sacrée parle. Vous entendez,
quelque part, quelqu'un, qui parle."
Poème Sioux

La Route bleue,
K. White

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OCTOBRE DANS L'ÎLE

Publié le par Mireille Disdero

--le-rocher-en-mer.jpg


Octobre, dans l'île

 

 



Elle n'est plus seule au monde

la carriole du grand-père

depuis que dans l'île ses soeurs

font la course aux vélos.



Sabine, Jean Edouard, 

le gardien de phare

qui se la joue aventurier

quatre roues motrices dans la poussière,

le soir sur la piste

qui mène droit à l'apéro.



On croque les grains de muscat

sans plus penser à la marchande

triste comme un jour sans pain.

C'est qu'elle marche vers la vieillesse,

elle qui aime tant l'enfance

les bébés quand on donne le sein.



Puis...

Sur une table mangée de soleil,

un souvenir de vignes grappillées

les feuilles séchées de la verveine

se mêlent puis infusent

dans la tisane du voyageur.



Alors, les pierres et les sables

écrivent la langue sans les mots

portant en écho les gestes de l'homme

jusqu'à ta main

où tu sens toute sa chaleur gardée


dans l'île en octobre,

                        et sur le continent.


Mireille D.

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NUANCES...

Publié le par Mireille Disdero

Je marche longtemps à l'intérieur de lui 
peins son être en
ranimant les nuanciers liquides. 
Ses embruns. Le sel...


arbres-et-mer.jpg

 














Maintenant, 
au coeur de la roue du temps
la poussière poudroie
Le cercle des jours habite les nuits
Le rire du silence, l'âme de la pluie
Tout le temps dresse la vie

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PRIX LITTERAIRE DE LA CITOYENNETE

Publié le par Mireille Disdero



Thierry Lenain, écrivain en littérature jeunesse nous informe, sur son blog :

Prix Littéraire de la Citoyenneté 2007

5dd10aa5966cab47430878ade996cff1.jpg Après débat et vote de 88 classes de CP et CE de l'académie du Maine-et-Loire, Il n'y a pas si longtemps (aujourd'hui co-édité par Sarbacane et Amnesty) a reçu le Prix Littéraire de la Citoyenneté 2007 dans sa catégorie (cliquez sur l'image ci-contre).

Ça me fait plaisir, et ça m'a rappelé ce forum d'un autre prix, celui des Incos, où un enseignant offusqué signalait que ses collègues et lui avaient refusé de présenter cet ouvrage, pourtant dans la sélection nationale, à ses élèves au prétexte qu'il soulevait des questions qui n'avaient pas à être débattues en classe. ha ha ha.

(...)
A lire dans son intégralité ici :

http://thierrylenain.hautetfort.com/

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ATTILA JOZSEF - POETE HONGROIS

Publié le par Mireille Disdero


Si quelqu'un parmi les lecteurs Bleu Indigo possède la version originale hongroise de ce poème d'Attila Jozsef, je l'ajouterai à la traduction française (ci-dessous). 



Un Homme ivre sur le rail


Étendu sur le rail, un homme ivre repose
Son poing gauche est crispé sur la gourde qu'il tient
Il ronfle et dort baigné dans le petit matin
La nuit sur le chemin fuit et se décompose.

L'humble brise nocturne a paré tendrement
Ses cheveux dispersés de cendre et d'herbe grêle
La rosée irisée l'éclabousse de ciel.
Il gît : son torse seul palpite par moment.

Son bras droit est pareil à la traverse dure.
Il est comme blotti sur le sein maternel,
Ce jeune gars est vêtu de pauvres déchirures.

On pressent le soleil dans le cadre du ciel,
Un homme ivre repose et le rail, tout à coup,
D'un tremblement qui gronde et grandit, le secoue.

AJ

Jean-Pierre Frommer nous propose ce poème en hongrois, tel qu'il a été écrit par le poète :



Részeg a síneken

Egy részegember fekszik a síneken,
a balkezében tartja a butykosát
és hortyog. Alszik hajnali hívesen.
Az Éj az úton most üget el tovább.

 Kuszált haját már ékesítette sok
giz-gaz szeméttel lágyan az éji szél,
most hint az Ég rá isteni harmatot
s meg nem mozog, csak melle zihál, hisz él.

 Jobb ökle, mint a talpa, olyan kemény,
úgy alszik mint rég anyja ölén.
Ruhája rongyos. Még fiatal; legény.

A Nap se kél, az ég hamuszínre tört.
Egy részeg ember fekszik a síneken
és messziről, lassan, dübörög a föld.

                           Août septembre 1922



Attila JÓZSEF (1905-1937).

Ce poète hongrois tient rang, aux côtés de Lorca, de Trakl, de Rilke, d’Apollinaire, parmi les premiers poètes du XXe siècle. Ce qui ne l’empêche pas d’être royalement ignoré chez nous. Malgré une oeuvre – précoce mais brève (écrite en moins de quinze ans) – d’une séduction et d’une spontanéité inouïes, placée sous le signe d’une insurrection intime contre la laideur du monde, soulevée de bout en bout par une force noire, sauvage.

Une histoire triste. Le gamin naît dans une famille qui n’existe pas : la mère est blanchisseuse ; le père, ouvrier savonnier, a déserté le foyer ; on confie le petit Attila à l’Assistance publique. Ses parents adoptifs, décidant que le nom d’Attila n’existe pas non plus, l’appellent Pista. Il s’efforce tant bien que mal d’être un autre, puisqu’il semble si difficile de rester soi-même. Cette découverte, faite à l’âge des culottes courtes, le marque pour jamais. « C’est peut-être à elle, écrira-t-il, que je dois de m’être voué à la littérature, d’avoir appris à réfléchir, d’être devenu un homme qui écoute l’opinion des autres, mais en la passant au crible de sa propre expérience ; un homme qui répond quand on l’appelle Pista, avant d’aller vérifier ce qu’il pense tout au fond, à savoir qu’il s’appelle Attila. »
Il retrouve sa mère pendant la Grande Guerre – il n’a pas dix ans – et pratique divers petits métiers pour l’aider : crieur de journaux, marchand de limonade dans les cinémas, garçon de café à la célèbre brasserie Emke. Quand sa mère meurt en 1919, on le place chez un nouveau tuteur, un avocat, qui l’envoie au collège où il se montre sujet brillant mais difficile (plusieurs tentatives de suicide – déjà). Il écrit des vers en cachette, publie son premier recueil, Le Mendiant de la beauté, en 1922 (à dix-sept ans), ce qui lui vaut d’être traîné devant les tribunaux : un poème, « Coeur pur », a attiré l’attention de la Justice ; on l’accuse de « blasphème » – il sera acquitté en raison de son jeune âge.
Ça commence mal, ça ne finira pas mieux. Découragé par l’hostilité d’un de ses professeurs qui le fait chasser de l’université quand paraît un nouveau recueil de ses vers, il renonce aux études. On le retrouve sur les routes, représentant en librairie, précepteur à Vienne, de passage à Paris. Rentré en Hongrie, il milite au parti communiste clandestin où son attitude libertaire est mal acceptée – il rompt bientôt. La fameuse revue Nyugat (Occident) publie ses poèmes, qu’il réunit en recueil en 1925 (Ce n’est pas moi qui crie). On l’acclame – enfin, quelques-uns – mais il a le sentiment d’échouer dans chacune de ses entreprises : auprès des camarades du parti, auprès des femmes. De 1929 à 1936 paraissent coup sur coup cinq nouveaux recueils : Ni père ni mère, Abattre les chênes, Nuit du faubourg, La Danse de l’Ours, Ça fait très mal. Il tire toujours le diable par la queue, se bat contre la neurasthénie, échoue bientôt en maison de repos. Il en sort pour lancer un journal prolétarien, ce qui lui vaut quelques ennuis avec la police. Surtout il découvre Freud et entreprend une première psychanalyse ; puis une seconde, cette fois avec une femme dont il tombe amoureux : une passion sans issue, qui lui inspirera des poèmes d’une beauté terrible, où l’enfance donne la main à la mort.

Il se jette sous un train et meurt le 3 décembre 1937. Il a trente-deux ans.

(...) Extrait de la notice biographique des éditions Phébus 
http://www.phebus-editions.com/fiche_personne.php?id=509

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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LES SEPT VIES DU CHAT

Publié le par Mireille Disdero


Est-ce que vous aimez les chats, les rats... tatinés, les cracheurs de ffffffffff, les histoires de greffiers ? 
Alors rendez-vous sur le site Un Endroit... qui vient de publier un nouveau numéro de la collection Bandonéon des éditions Tapuscrit, à savoir le N°070. 

Des griffus pas vraiment dégriffés... ici :


- 070 Coll Bandoneon, Les sept vies du chat Mireille Disdero & Hervé Grillot
(Collection Bandonéon)




Vous pouvez aussi télécharger le recueil, comme ça :


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070 Coll Bandoneon, Les sept vies du chat Mireille Disdero & Hervé Grillotnew!
16.10.2007

Extrait :

Et toi l'ami, continue à me fixer droit dans les yeux du souvenir. Il paraît qu'on a plusieurs vies. Encore un mythe, tu t'en doutes. Cependant, si d'ici-là j'ai du nouveau, je te fais signe... et tu lui transmettras.

 



Mireille Disdero

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LADY NIGHT

Publié le par Mireille Disdero

 



                                Marseille, la nuit 
tard...



Karina se dandine pour la forme et disparaît. Derrière la scène, je sens un tremblement de vie. Dans la salle, comme le murmure. A ce moment la lumière change, puis la musique baisse d'un ton. Le barman me fait signe qu'il ne me servira plus. Un torchon sale traîne sur le comptoir. Dernier survivant de cette cave, je n'ai plus rien à faire ici.

Lorsque je remonte, trois heures ont filé, je ne sais pas comment. Le temps est flexible. Qui m'a dit cette stupidité, hier ? Je n'arrive pas à me souvenir. Mais bon, aucune importance. Je laisse couler. 

Après la rue du bouge, je m'appuie contre un mur. J'ai envie de cracher tout ce que j¹ai dans le ventre. Je titube, glisse lentement contre le mur qui me soutient. Comme je me retrouve assis sur le trottoir, un travesti m'aborde. Un sourire blanc de poudre accroché au visage et à la barbe naissante, il surgit d'une entrée défoncée, se penche, me tend la main, ouverte, avec une cigarette brune coincée entre le pouce et l'index blessé. Une vilaine blessure qui ne cicatrise pas.
- Tu as du feu, man of the night ? Je fouille dans mes poches.
- Tenez, gardez-le, j'ai arrêté de fumer.
- Merci grand seigneur. Il faut fêter ça, hein ?
- Il est tard. Vous voyez pas que j'ai atteint le seuil...
- Il est tôt, au contraire. T'en tiens une bonne, on dirait oui, mais c'est pas grave. La vie, quoi... tant qu'on est vivant... en mouvement.
- Ouais. La vie. Je viens de me faire plaquer. Vivant mais plaqué.
- Qu'est-ce que tu es conventionnel, mon pauvre !
- Je suis crevé, surtout.
- J'arrive à me redresser. L'homme continue :
- Je m'appelle Lady Night, et toi ?
- Moi ? Nietzsche.
- Quoi? 
- Nietzsche. Frédéric,  Fred, quoi. Pour les intimes ah, ah ah... !
- Tu te fous de ma gueule !
- Pas du tout. Je vous dis la vérité. C'est mon nom. Je n’en ai pas d’autres à vous proposer.
- OK. Pigé. Tu blaires pas les types de mon genre. Tu es un normé.
- Il faut que j'y aille maintenant. Je tiens plus debout. Mais je vous assure que c'est mon nom. Bonne nuit quand même, hein !
- Tu te fous de moi ! La nuit, la nuit ... Merde, je lui dit merde à la nuit ! Tu entends ?
Lady Night incendie sa gitane avec mon briquet. Je tousse. Il soulève les épaules, me fixe d'un air paumé et s¹éloigne, la perruque de travers, perché sur ses talons qui lui brisent les reins. Un peu honteux, je lui lance :
- Salut Lady Night ! Et soignez votre doigt blessé !
Il se tourne, baille un peu et articule pour lui-même... Trois mille ans de civilisation pour en arriver là...


Dans ma voiture, lorsque j'ouvre la boîte à gants, un livre roule à terre. Dans un essaim de pages, j'envoie voltiger Le Gai Savoir (de Nietzsche) à l'arrière, J'suis pas mort !!!!!! Je bouge !!! , en même temps que je me noie dans un terrible fou-rire. C¹est nerveux. La fatigue. Puis la solitude et la connerie universelles qui se collent à mes basques sans me demander mon avis. Au bout de cinq minutes, je parviens à calmer le tremblement de mon corps. Je pense plus vraiment à rien. Au fin fond de l'horizon, je sens venir les premières taches de lumière sur la mer. La portière d’à côté claque. Lady Night défroisse sa jolie robe et me fixe d’un regard blue-black.

-Laisse tomber, démarre et emmène-moi jusqu’au bout de la nuit, là, sur la jetée... 


Mireille D.

 

blues.jpg

 

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