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SUR LA ROUTE

Publié le par Mireille Disdero


 

D'étranges villes-carrefours du toit du monde défilaient, avec des Indiens en châle qui nous regardaient sous les bords de leur chapeau et de leurs rebozos. Ils avaient tous la main tendue, quêtant quelque chose que la civilisation, croyaient-ils, pouvait leur offrir; ils étaient loin de se douter de la tristesse de cette pauvre illusion brisée. Ils ne savaient pas qu'une bombe était advenue, qui pouvait met­tre en pièces nos ponts et nos rives, les déchiqueter comme une avalanche, et que nous serions aussi pauvres qu'eux, un jour, à tendre la main tout pareil. Notre Ford déglinguée, ves­tige des années trente et d'une Amérique en marche, fendait leurs rangs dans un bruit de feraille et disparaissait dans la poussière. A Zimapan, ou Ixmiquilpan, ou Actopan, je ne sais plus, on a atteint les abords du dernier plateau. A présent, le soleil se dorait, l'air était vit ef bleu, et le désert, où apparais­saient par-ci par-là des rivières, une vaste étendue lumineuse de sable chaud, avec, soudain, des ombrages sortis de la Bible. Des bergers sont apparus. Neal dormait, et Frank avait pris le volant. On a franchi une zone où les Indiens étaient vêtus comme au temps des commencements, de longs habits flot­tants, les femmes portant des ballots de filasse dorée, les hom­mes appuyés sur de grands bâtons. Au fil du désert étincelant, on a vu de grands arbres, avec des assemblées de bergers assis dessous, pendant que les bêtes allaient et venaient au soleil en soulevant la poussière. (...)


Kerouac, extrait de "Sur la route, le rouleau original" (L'Express Culture)

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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LES CHEMINS DE LA CONNAISSANCE

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Tandis que les rayons traversaient le verre de la Dame Jeanne dévêtue de sa paille et de sa couleur de lie, l’eau immobile, piégée à l’intérieur de ses rondeurs à nu, me rappelait…

 

Quelque chose. Mais quoi ?

C’était dans la chaleur, la moiteur des icones renversées. Les gens se précipitaient sur les plages, dans l’eau et les algues à peine sortis de la dernière ère de glaciation. Moi, rêveuse, j’écoutais les Chemins de la connaissance en avalant un Arabica sans traduction ni filtre. La saveur forte me touchait la peau du dedans et me caressait comme on remonte une rivière. La tête à l’envers. Je venais de détecter quelques signes et symboles dans les textes qui traversaient mon univers comme des aéroplanes, traces blanches écrites sur le ciel d’une chanson de Gainsbourg. Le temps des chrysalides approchait. Tout signifie, disait la prof de culture gé. Les symboles sont la base des civilisations, insistait un autre. Ce que je sens n’a pourtant rien à voir avec les certitudes. Il n’y a que le présent. C’est là que je vis. Avant d’arriver à ce temps, j’aurais pu quitter l’amphi tel l’iconoclaste… mais non, j’écoutais Les Chemins de la connaissance. Pendant ce temps, les insectes tournoyaient tels des groupies autour de la Dame Jeanne engrossée par le soleil.

 

J’ai senti qu’il était temps de changer de peau puisque la saison prenait force en moi. Printemps, été, automne, hiver… printemps. Un film coréen de Kim Ki-Duk.

 

Alors, j’ai fini le café serré et, sous le soleil exactement, je suis sortie. En me retournant vers la maison, j’ai cru sentir passer sur ma peau… la respiration inattendue de mon dernier texte.

 

Mireille D.

 

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SENS...

Publié le par Mireille Disdero

 



Avec cela,  
l'odeur de l'encens,  
la chute brûlante d'une goutte de cire sur une phalange et le sombre et mielleux éclat de l'icône, qui attendait un baiser. 
 
La défense Loujine (1930), Vladimir Nabokov

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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LOUISIANE

Publié le par Mireille Disdero


Ma famille s'est installée dans la petite ville de New Iberia en 1836. J'ai toujours vécu sur cette terre, j'y ai été reporter, garde forestier et même prospecteur sur une barge pétrolière dans les années 50. La main de dieu a créé cet endroit merveilleux, et celle de l'homme n'a cessé de l'abîmer, par cupidité. C'est une terre de sacrifices, un pays magnifique au cœur d'un environnement terrible, dont la destruction est en cours depuis des dizaines d'années. L'industrialisation a érodé la côte, les compagnies pétrolières ont creusé des dizaines de milliers de kilomètres de canaux pour leurs installations, tuant nombre de végétaux en introduisant de l'eau salée dans l'eau douce des marais. Les arbres sont coupés, les eaux polluées, le pire urbanisme est à l'œuvre. Lorsque la marée noire va atteindre la côte, les marais vont absorber le pétrole comme une éponge. C'est comme injecter de l'acide directement dans des veines.


James Lee Burke


Télérama  (Juliette Bénabent)

 

 

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A PARTIR D'UNE ILLUSTRATION DE LOUSTAL

Publié le par Mireille Disdero

 

 

« Ce qu’il attendait d’elle » Loustal





Halo des spots plongés dans la couleur
Rouge éparpillé d’une boîte sur le tard
Elle est assise entre hier et demain
La robe avec le corps, comme un gant de chirurgien
Elle t’observe, pensant vaguement au goût infect
Du bloody Mary qu’elle avalera encore…
Jusqu’à ce que mort de la soirée s’en suive
...
Après la boîte closed, ce sera la rue puis le gris.

 

Mireille D.

 

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NOTE DE L.

Publié le par Mireille Disdero

 

Je vous signale une note de lecture d'Eric Dejaeger sur "Un Ogre dans la ville", roman noir urbain. C'est sur son blog Court, toujours ! A LIRE ICI

N'oubliez pas de parcourir aussi les récents articles, le site est très actif.

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