LE SOURIRE DE CEZANNE

Publié le par Mireille Disdero

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Un roman de Raymond Alcovere, 
éditions n & b, mai 2007



« J'aime dans l'écrit cette distance légère

qui permet d'être avec l'autre tout en restant avec soi,

une façon de dire les choses comme dans son for intérieur

avec l'espoir secret qu'on va être entendu,

ce sentiment de liberté extrêmement agréable... »


 

Ne nous y trompons pas, le Sourire de Cézanne est un roman, un vrai. Si Cézanne, la peinture, l'univers des couleurs sont partout ici, c'est dans l'art d'être au monde et par le regard attentif, nuancé de l'auteur. Sur cette trame qui fait songer à une toile, les personnages prennent vie et s'animent.

 

Lent balancement de la houle, dans un ciel anis, déchiré de cris de mouettes. Les minarets s'inscrivent en volutes sur l'horizon...

 

Le récit se déroule essentiellement entre Aix-en-Provence et Montpellier. Pourtant, la première image est celle de la mer, d'un cargo à bord duquel deux personnages se croisent puis se rencontrent vraiment. Ils n'ont de cesse alors, un peu à la façon de la vague du tout début, d'aller l'un vers l'autre entre les deux villes du sud.


Aix...

... Elle a besoin de marcher, vite d'abord, puis calmement ensuite, traverse la place de l'Horloge, puis celle des Tanneurs, espace dégagé à la De Chirico, avec son air méditerranéen, à l'écart de l'Aix mondain et affairé, le seul endroit vraiment populaire de la ville.


Montpellier...

... Avant qu'on ne construise ce palais de béton, l'arrivée à Montpellier par la route de Nîmes était une pure merveille. On apercevait de loin l'arrondi des pins, la balustrade des Beaux-Arts se dessiner à l'horizon, c'était un peu l'Italie, un miracle, la lumière romaine. 


Mais aussi Marseille, les mots de Cendrars, Marseille sentait l'oeillet poivré, ce matin-là.


En trame de fond, une atmosphère légèrement italienne travaille le roman du début à la fin, un peu comme les villes d'Aix et de Montpellier peuvent l'être.


Dans ce récit, le lecteur est invité à partager et à approfondir pensées, références picturales, littéraires, poétiques... cela s'opèrant tout naturellement. L'acte de voir ne se détermine pas à partir de l'oeil mais à partir de l'éclaircie de l'être1. A travers ces lignes, on se sent accueilli par les personnages : Léonore, qui rêve son livre puis le dédicace à Cézanne qui la passionne... Gaétan, qui aime et se tient du côté du grand Oui de la vie. Outre une réflexion sur la création et sur l'écriture, il y a de l'enthousiasme dans ce livre, de la tendresse aussi. C'est pourquoi on s'y attache avec le sourire... le sourire des couleurs et du peintre, celui de la Liberté de la lumière.

 

Léonore, comme un peintre, ajoute de temps à autre une touche à son livre. Il est presque fini. Parfois elle se dit, à quoi bon continuer, il se perdra dans la nuit des temps, une particule échappée, en direction du vide. Mais s'il est écrit en lettres de feu, si en lui se dissimule une tension suffisamment puissante et fluide, alors elle se dissipera, coulera vers l'extérieur. Lentement d'abord, avec de brusques accélérations ensuite.


Raymond Alcovere, Le Sourire de Cézanne - N & B Editions 2007 – 13 €

 

 

 

Notes

1. « Cette phrase de Heidegger, Léonore la met en exergue de son livre » (Le Sourire de Cézanne, page 93)

Publié dans NOTES DE LECTURE

Commenter cet article

Mireille 12/06/2007 13:21

Bonjour Ray... Et à propos d'écrire, il y a ce livre de Marguerite Duras, Ecrire" Cette solitude des premiers livres je l'ai gardée. Je l'ai emmenée avec moi. Mon écriture, je l'ai toujours emmenée avec moi où que j'aille. A Paris. A Trouville. A New York... (...) la solitude de l'écriture c'est une solitude sans quoi l'écrit ne se produit pas..."A bientôt

Ray 11/06/2007 21:17

J'ai vécu deux ans à Aix, et tout petit dans les Bouches-du-Rhône aussi, souvenirs inoubliables... C'est difficile d'écrire et de s'occuper aussi de faire connaître le livre... Là je suis de nouveau dans l'écriture, je m'occupe un peu de celui-ci, mais évidemment très désarmé, la tache est presque insurmontable, alors écrire, oui toujours, comme une fuite en avant, mais comme une présence à soi et au monde surtout...A bientôt et au plaisir de vous lire aussiRay

Mireille 11/06/2007 11:22

Bonjour Ray,Oui, et c'est là où les journalistes, littéraires ou pas, doivent faire leur boulot. C'est loin d'être toujours le cas et ils n'en sont pas forcément responsables. Je vois un petit peu comment ça se passe ici, du côté de Marseille. Etonnant, étonnant... On pourrait écrire un livre là-dessus. Mais serait-il lu ?Le débat reste ouvert. Toujours le même problème.Etre ou ne pas être (lu) là est la question.Je vous souhaite en tout cas qu'on en parle, de votre livre, qu'il soit bien diffusé et lu. Il le mérite. Dans le temps de l'écriture, on ne pense pas forcément à l'après. L'important c'est d'écrire. Mais après ?Après... Je connais bien à Aix, le "quartier" de l'atelier Cézanne (pour revenir au peintre :o)A vous lire

Ray 08/06/2007 13:15

Merci, ce genre de commentaires fait du bien, encourage à continuer ; il reste le problème de la diffusion du livre et de le faire connaître, et là que c'est difficile !

Mireille 07/06/2007 23:15

Bonjour Ray,J'ai lu plusieurs commentaires enthousiastes à propos de votre roman. En voilà un, par ex."La couleur des mots, la poésie du texte et la peinture des sentiments font de ce roman un instant rare.Etonnamment, c'est un livre que l'on veut à la fois faire partager et garder pour soi... " CarrilloMes félicitations !

Ray 06/06/2007 13:44

Cette "liberté de la lumière" on la trouve sur votre blog, merci !

Mireille 05/06/2007 22:25

Le site de l'auteur :http://raymondalcovere.hautetfort.com/