LOLITA

Publié le par Mireille Disdero

 

... Ce que j'entendais n'était autre, rien d'autre, que la musique des enfants qui jouaient, et l'air était si limpide que parfois, à travers cette buée de voix confondues - infimes et hiératiques, étrangères et miraculeusement proches, candides et divinement mystérieuses - on discernait, comme libéré à dessein, l'éclat presque tangible d'un rire, le claquement d'une batte, ou le grincement d'un camion mécanique, mais tout cela était si loin, si loin, que l'oeil n'apercevait aucun signe de vie au long des rues délicatement gravées. Immobile au bord de mon abîme, j'écoutais ces harmonies frissonnantes, et le pétillement de ces cris isolés qui perçaient le chaste bruissement de l'arrière-fond sonore, et je compris alors que la raison la plus poignante de mon désespoir n'était pas l'absence de Lolita à mes côtés, mais l'absence de sa voix au coeur de cette harmonie.


V. Nabokov, Lolita - Gallimard 1959 

Lolita (en anglais)

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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