LA LOUVE

Publié le par Mireille Disdero

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Aux matins frêles des lacs de neige,
Aux matins froids aux reflets grêges,
Aux soleils, frissons de l' hiver,
Je suis la louve solitaire,
  

J' allais sur mes terrains de guerre,
Cachée, chassant sur mes chemins,
Soudain, sur un socle de pierre,
Il m' est apparu un grand chien,
  

Et moi la louve, moi la reine,
Et moi la faim, et moi l' instinct,
J' ai posé ma tête de fauve,
Dans la fourrure du grand chien,
  

Et le chien, au midi frileux,
A suivi ma piste et ma chasse,
Et j' ai cru voir dedans ses yeux,
Le reflet d' un éclair qui passe,
  

Il faut croire qu' il était fou,
Quand il me suivit dans la neige,
N' étant qu' un chien, il se crut loup,
Et prit sa patte dans mon piège,
  

Mais moi la louve, moi la reine,
Et moi la faim, et moi l' instinct
J' ai ouvert le piège de fer,
Et mordu sa cuisse de chien,
  

Mais au nid, au doux crépuscule,
Entre chien et loup, au palais,
Couchés sur notre lit d' épines,
Moi, la louve, j' ai léché ses plaies,
  

Aux matins frêles des lacs de neige,
Aux matins froids aux reflets grêges,
Aux soleils, frissons de l' hiver,
Je reste la louve solitaire,
Solitaire, solitaire, solitaire
  

(Barbara / F. Wertheimer, Éditions Marouani)

Publié dans PAROLES, CITATIONS

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Mireille 02/12/2007 20:10

Bonjour Dominique BoudouVoir Barbara, Ferré, Gréco.... Whouaa ! Ca n'est pas tout le monde (sourire).

dominique boudou 01/12/2007 09:45

Fascinante Barbara, dans sa blessure. J'ai eu la chance de la voir sur scène, comme Ferré, comme Gréco et tant d'autres.La chanson à texte d'aujourd'hui, façon Raphaël ou Benabar, me semble un peu fade à côté.Mais il y a Camille, artiste très singulière. Le flambeau de la poésie ne s'éteindra pas.

barbara 29/11/2007 13:15

Mireille 29/11/2007 13:13

Bonjour ÎleOn ne s'y habitue pas,c'est toujours aussi saisissant... et beau.Oui,c'est Barbara. A te lire,

Mireille 29/11/2007 13:11

Merci Jackie,pour ce texte qui résonne et prend le chemin de la Louve.A vous lire,

Ile Eniger 28/11/2007 17:13

Quel frisson que ces mots-là. Immense Barbara ! Merci Mireille.

jau_jacqueline 27/11/2007 15:57

Elle est làseule, solitaire,erre dans la neigeen plein désarroi.Elle veut se réfugierdans son terrierpour aller mettre basses petits, bientôt là.elle sortira la nuitsortant de l'abrichercher à mangerpitence réduitea ne rien chasserle ventre crie sa douleurn'ayant rien pour chaleurelle ira s'allongertelle est sa destinée,s'endormira épuiséemais très affamée,demain sera un autre jourla louve ira crier, sans retour.....                                       Jackie

Mireille 26/11/2007 14:20

J'aimais bien qu'elle soit amie avec Brel."Elle aimait les volets clos, les fins d'automne et les manteaux de fous rires. Sa voix tremblée, souffle vibrant, enveloppait de quelques mots, de quelques notes, de gestes tournoyants, les chemins d'Italie, les roses de velours, les lilas blancs, les rires d'enfants et les «vins clairs de fleurs nouvelles».Demain, «c'est l'au revoir/ Je quitte vos rivages», prophétisait-elle régulièrement, devant un public toujours debout. Ajoutant: «Je vous remercie de vous.» La mort, «cette femme qui marche dans les rues», aimait sans doute Barbara à en mourir, lundi 24 novembre, avant la nuit. Avant qu'un baiser froid lui monte aux lèvres.«Une nuit de mon enfance/ Toute pareille à celle-ci/ Une longue nuit de silence.» Voici Barbara, au cœur de son théâtre intime, voici des souvenirs griffés, des passions imparfaites, des accents particuliers, des colères mémorables, un «je» infatigable. Barbara - figure si unique qu'elle en devient mystère - joue et déjoue les confessions clandestines. Son enfance, accrochée au square des Batignolles, puis volée par l'Occupation, forme probablement l'énigme d'une existence menée comme une fugue, de valises en hôtels, murant une déchirure tout juste suggérée dans ses chants de bataille. «Parmi tous les souvenirs/ Ceux de l'enfance sont les pires», concédait-elle.Se dessine en filigrane tout un ciel d'amours mortes, tailladé de noirs profonds - «La mort du jour dans les draps de l'ennui» (Seul, de Brel) - ou de détresses grises - «Comme épave perdue/ Je me cogne et me brise» (Seule, de Barbara). Barbara envoie, au bord du vertige, des missives bleues, écrites à l'encre des regrets, du faux, du vrai, qui dévoilent un mariage tôt brisé par une belle-mère méprisante: «Vous demandez pardon de n'avoir pas compris ce qu'était notre amour» (Lettre à Madame).Les mains nues, elle noue de lentes prières suspendues. Pourtant, si, le cœur meurtri, Barbara s'abandonne à la peine d'un père disparu «sans un adieu, sans un je t'aime» (Nantes), elle enferme le chagrin d'une mère perdue dans une ode libérée de mots (Musique pour une absente), composée telle «une traversée de Paris, un matin de novembre». Novembre, un mois de cendres, qui figurera le marque-page de son destin.Article complet à lire ici : Barbara 1930-1997www.lexpress.fr

marlene 26/11/2007 13:13

On est sous l'emprise...