VOUS LES BLANCS, VOUS DEVEZ NOUS ECOUTER

Publié le par Mireille Disdero


Je suis la terre et l'eau
tu ne me passeras pas à gué, mon ami, mon ami...

A. Hébert





Je me glisse dans la ruelles des murmures. Chuchotis de vies qui respirent derrière un moucharabieh, les épaisseurs de pisé. Un chemin étroit monte le long de mes jambes. Apprivoiser ce serpent. Un soir en moi.

Ma tête tourne comme si j'avais bu à même la peau de la vie.

Une odeur de feu enlace celle de la myrrhe et lui fait un enfant. Je les respire. Me souviens. Me souviens. Me souviens. Après l'arche des croyants, les cheveux du vent se lèvent. Ses voix aspirées par le silence, l'occident perd ses mots. Je me souviens. Me souviens. Me souviens.

Au sol, une plume de moula-moula donne des ailes au sable. La porte s'ouvre puis une voix et son fou-rire brûlé. C'est le marché des femmes du soir. Je me dirige vers leur bougie qui danse. Elles éclatent de rire en serrant ma main. Grappes de leurs doigts. Signal. Les étoiles accrochent les regards, les relient à la flamme. Parfois un rire éclate.

Rien n'est dit. Tout se fait, se touche et se sent. Je me souviens. Me souviens. Me souviens.

Le thé, un braséro brûlent la nuit. Fatim trace un regard de henné sur ma main. Après, elle saisit dans sa manche un flacon camphré, en couvre chaque grain de ma paume puis porte le verre de thé à mes lèvres, repousse mes mains. Brûlure bue. De ses gestes, elle lave mon visage de la pâleur, souffle sur ma bouche, « pour effacer les mots ». « Vous les blancs, vous devez nous écouter »

En moi, je deviens femme de couleurs. Je me souviens. Me souviens. Me souviens.

Et je n'ai plus de mots.

Mireille D. (Mauritanie)


Ce texte vient de loin, je l'ai écrit un jour, réécrit plus tard... et finalement, je lui ai trouvé son sens ces derniers jours, avec le titre "Vous les Blancs, vous devez nous écouter". Il a joué le rôle d'un déclic, d'une fenêtre qui s'ouvre.
Maintenant je crois que je ne toucherai plus à ce texte, il a trouvé son sens, sa "maturité", son silence.


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Mireille Disdero 11/03/2009 22:37

Bonjour Jean-LucJe ne sais pas répondre à cette question. Mais la civilisation actuelle et occidentale me semble au contraire oublier l'écoute de soi, l'éloge de la lenteur, de la connaissance de soi qui vient du temps qu'on se donne pour "écouter" les autres et soi-même, ses besoins profonds. Or le temps coute plus cher que l'or ici maintenant... C'est dommage. Quant à savoir si l'écoute de soi empêche les autres de parler ? Je pense que c'est indépendant.

Mireille Disdero 11/03/2009 22:31

Bonjour LaurentJe connais mal la Mauritanie, je n'y suis pas restée assez longtemps. C'est dommage. J'y retournerai sûrement oui, même quelques jours seulement.

saint-marc jean-luc 05/03/2009 05:17

A trop s'écouter soi-même, n'impose-t-on pas aux autres le silence ?

Mireille 04/03/2009 19:03

Bonjour XavierLe silence est fondamental si on veut apprendre à écouter. J'ai posé bien d'autres choses encore, dans ce texte, des souvenirs, des images... et le rêve qui va avec.

laurent 04/03/2009 14:18

J'avais lu quelque part que votre rêve serait de retourner vivre en Mauritanie au milieu des enfants.En lisant le texte, je comprends mieux...

Lainé Xavier 04/03/2009 04:29

Et pour écouter, nous devons apprendre à nous taire, mesurer nos faiblesses que nous prenions pour de la force, étudier l'humilité en lieu et place de notre arrogance...