LA BELLE PERSONNE

Publié le par Mireille Disdero


Avez-vous aimé ce film librement adapté de La Princesse de Clèves ? En ce qui me concerne c'est oui. On se sent proche de cette "cour" qui n'est pas celle du Roi de France mais celle d'un lycée, à Paris. Rendre-compte de l'aliénation de chacun, face à ses propres limites qui déterminent des choix qu'on pense "libres"...  Rendre compte de la force et du désir, chez l'adolescent, d'aller loin dans ses choix, comme dans ses renoncements.

La Princesse et Junie renoncent à l'amour passion : le film montre le conflit intérieur qui précède ce renoncement.

Mireille D.




La Belle personne, de Christophe Honoré

Synopsis : Junie (Léa Seydoux), seize ans, change de lycée en cours d’année suite à la mort de sa mère. Elle intègre une nouvelle classe dont fait partie son cousin Mathias. Il devient son ambassadeur auprès de sa bande d’amis. Junie est vite courtisée par les garçons du groupe, elle consent à devenir la fiancée du plus calme d’entre eux, Otto (Grégoire Leprince-Ringuet). Mais bientôt, elle sera confrontée au grand amour, celui de Nemours (Louis Garrel), son professeur d’italien. La passion qui naît entre eux sera vouée à l’échec. Ne voulant pas céder à ses sentiments, Junie s’obstine à refuser le bonheur, car il n’est à ses yeux qu’une illusion.

Sur Arte TV. Entretien : Christophe Honoré répond, à propos de "La Belle personne", film adapté librement de "La Princesse de Clèves"

(...) J’ai toujours pensé que l’adolescence était une période bénie pour être confronté à des chocs artistiques. J’ai passé mon adolescence dans un petit collège au fin fond de la Bretagne et je me souviens qu’on nous a amenés à Saint-Brieuc voir une représentation de « La Dispute » de Marivaux et au Musée des Beaux-arts de Rennes. J’ai l’impression que c’est la force d’une éducation démocratique... mais cela faisait déjà longtemps que je travaillais sur l’idée de La Princesse de Clèves. J’ai voulu raconter une Princesse de Clèves dans un lycée aujourd’hui, en essayant de respecter le plus possible l’intrigue, ses rebondissements et ce qui anime les personnages.

Vous avez écrit votre adaptation (qui n’en est pas une, puisque c’est très librement inspiré) avec Gilles Taurand. Pouvez-vous nous parler de ce travail d’écriture ?
Le scénario n’est pas une adaptation littéraire, même si, comme on avait relu le roman juste avant d’écrire, on avait en mémoire toutes les clés. J’avais précisé à Gilles les scènes que je voulais absolument retrouver dans le film. Très vite, nous avons décidé de travailler sur la langue, les dialogues et surtout d’éviter le parler un peu d’jeuns, qui me semble toujours fabriqué au cinéma. C’est donc une langue un peu soutenue sans être littéraire, je pense.

Mais ce n’est pas n’importe quelle jeunesse. C’est une jeunesse que vous caractérisez de « jeunesse chic ».
Je ne sais pas si c’est une jeunesse chic. Je n’ai pas l’impression que ce sont des enfants de bourgeois. A Paris, je vois beaucoup de gens entre 15 et 18 ans qui ont une vraie élégance. Aujourd’hui, les adolescents, quelques soient les milieux sociaux, savent très bien qu’ils sont les canons de la beauté de notre société. Cela les entraîne dans une coquetterie et un narcissisme très différents des générations antérieures. J’avais envie de filmer cette élégance-là. On sait très bien que La Princesse de Clèves, c’était la Cour du roi, donc peut-être qu’il y a une correspondance, de manière inconsciente...

Vous dites de l’adolescence d’aujourd’hui qu’elle est à la fois grave et gracieuse.
En relisant la phrase « Jamais Cour n’a connu tant de belles personnes », j’entendais vraiment « cour de lycée », et j’ai l’impression que « jamais lycée n’a connu tant de belles personnes » qu’aujourd’hui. Vous feuilletez n’importe quel magazine ou vous voyez n’importe quel défilé, garçons ou filles, les canons de la beauté ont moins de 18 ans. Ils ont intégré cette idée-là et cela leur donne aussi une gravité. En tant que cinéaste, j’ai toujours eu envie de faire un film sur les adolescents. L’adolescence est une période qui va bien au cinéma. Je voulais essayer de regarder les adolescents d’aujourd’hui avec ce que je ne comprends pas d’eux, leurs mystères. Les regarder dans leur beauté, pour moi, c’est aussi témoigner, un témoignage de l’ordre de l’impression et de l’ordre de la beauté, parce que cela correspond mieux au genre de cinéma que je fais.

Il y a beaucoup de gros plans, vous vous attardez sur beaucoup de petits moments. Vous prenez le temps de les regarder...
J’ai l’impression qu’à l’intérieur d’une classe, face au professeur, on est une somme d’individualités. Dans cette idée d’individus et de solitude, j’ai fait en sorte, dans les scènes de classe, de filmer l’intimité et la solitude de chacun. Je me rappelle des heures d’histoire-géo, de maths, où on est complètement ailleurs, dans nos histoires d’amour, nos angoisses sexuelles, en train d’écrire un poème à la con, ou un poème très joli d’ailleurs. Je voulais que les moments de classe soient des moments suspendus, presque comme des papillons soudain qu’on fixe. Et dès qu’on sort de la classe, être dans le mouvement, dans le groupe. Là, ce sont des plans beaucoup plus documentaires.

Le film cherche d’abord à perdre le spectateur, on ne sait pas vraiment sur qui on s’attarde, on nous présente tout le monde. Un peu comme dans La Princesse de Clèves.
Le début du roman, c’est du name-droping. Les trente premières pages, on est perdu, et le moment de cristallisation, c’est la rencontre entre Nemours et la Princesse de Clèves. De la même manière, je voulais que les dix premières minutes du film présentent plein de personnages. J’ai toujours filmé leurs déambulations entre le lycée et les appartements de leurs parents. Pour moi, c’était important de montrer cette vie lycéenne et à un moment de confronter Louis Garrel et Léa Seydoux dans cette scène de coup de foudre. Louis Garrel est prof d’italien et fait écouter aux élèves un extrait de Lucia de Lammermoor, chanté par la Callas. On sent que la classe n’existe plus, ils ne sont que tous les deux. Il y a de moins en moins de monde dans le film. On finit sur le couple, et même sur une seule personne, parce que le couple ne tient pas. La Princesse de Clèves est un livre sur la très haute solitude et sur le danger à être autre que seul.

Comment travaillez-vous avec vos comédiens ?
J’essaie de les amener à avoir le plus de liberté possible. Pas de spontanéité, mais un jeu romanesque. Je n’aime pas les jeux naturalistes, j’aime les jeux inventifs.

Lu sur ARTE TV

Publié dans CINEMA

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Commenter cet article

! 09/06/2009 22:44

Mireille 09/06/2009 22:40

Merci pour l'invitation : je vais venir faire un tour (sourire)

Maxime 09/06/2009 19:50

Une communauté de passionnés de littérature (lecture & écriture) vous invite sur sa plate forme utopique :) http://epopee-litteraire.com