JARDIN DU CAUSSE

Publié le par Mireille Disdero

De Cathy Garcia

FÉVRIER


I

jardin du causse
soleil juvénile
la nature
perce l’ombre froide
plantée
au beau milieu je démêle
mes longs cheveux
passe un avion
vitesse méga V
agressif
militaire
un instantané
couleur cauchemar
à faire évanouir
les cloches midi sonnantes
au loin en écho
percussions sourdes
encore l’armée
camp de Caylus

jardin du causse
paisible
vraiment ?

II

jardin du causse
premières fleurs
la véronique
en robe bleue
si menue
si fragile
l’enfant
sa première fleur
entre les doigts
un pissenlit
astre charnu
jouissive découverte
arracher les pétales
désir de goûter
porter le soleil
à sa bouche
l’interdiction maternelle
provoque un sursaut
brise le tête à tête
concentré
enfant nature

jardin du causse
oiseau soliste
aboiements entêtés
ronron de tracteur
mélodie
d’un monde
en paix
cloche
coup solo
la demie
chipotis de mésange
interroge l’enfant
qui répond
par des bisous
applaudit
des deux mains
jacasserie de pie
techno champêtre
l’enfant écoute
la mère nomme
offre un sens


III

jardin du causse
étincelles d’herbe
ciel bleu nu
bout de bois
brindille
feuille
caillou
graines
trésors à foison
richesse de vivre
l’enfant
près de ses mères
ne connaît pas
l’ennui
prend à l’une
pour donner à l’autre
dépose un pétale
dans mes cheveux
arrache un cheveu
le mêle à l’herbe
chaque geste
précieux
terre prodigue
mère comblée
enfant reine
en son royaume
noblesse innée
de l’âme

jardin du causse
en son sein
offrir le sein
nourrir l’enfant
harmonie
plénitude

jardin du causse
calcaire
ossature effritée
une pierre
grosse
entre les doigts
petits
une branche
cachée dans l’herbe
dressée cornue
étrange
l’enfant l’observe
inquiète
s’approche
la branche bouge
l’enfant prend peur
se précipite en pleurs
dans les bras de sa mère
qui rit aux éclats
prend le bois
et le rompt
en petits morceaux
la toute puissance
maternelle
l’enfant rassurée
surmonte sa crainte
prend et frotte
le bois sur la pierre
nul besoin de jouets
l’essentiel est là
l’enfant ramasse
une longue feuille
poireau sauvage
la confronte à la pierre
offre le tout à sa mère

(...)

JARDIN DU CAUSSE

Editions A tire d'ailes

 

PREFACE (extrait)

Un long poème (112 pages) sur un cycle de l’existence, le déroulement des saisons en parallèle avec le mouvement intérieur des saisons d’une femme et sa richesse de vivre. En écrivant Jardin du Causse, Cathy Garcia franchit un seuil, une étape importante. Elle sait que dans une vie, plusieurs jardins sont cultivés et aimés. Tous comptent, sont essentiels. Avant de quitter celui-ci, elle note précieusement chaque éclat au fil des jours, patiemment et jusqu’à l’infiniment petit, sachant que ce sont les petites choses qui comptent et que le temps humain est court, la mémoire sélective ou incertaine. Elle écrit des moucherons au soleil car elle possède la connaissance de leur participation à la beauté de l’infime.
Ce beau poème apporte énergie et enthousiasme à celui qui le découvre.

(...) Une lecture régénératrice et harmonique, reliant la chorale des arbres, à

la fille
une pierre
dans chaque main
retrace les origines

Mireille Disdero - décembre 2004 (dans le jardin de La Barben en Provence).

Pour contacter Cathy Garcia et lire le poème en son entier : delit2poesie@wanadoo.fr

 

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

Commenter cet article

Mireille 19/07/2006 22:59

 
Tu es la bienvenue, Léah
Si tu n'as pas encore découvert Le Jardin du Causse, alors c'est le moment.
A bientôt
 
 

Léah 19/07/2006 21:35

Merci pour ce beau rappel des poèmes de Cathy ! en lui écrivant, je pourrai peut-être encore commander son recueilBien à toi chère Mimi