LE VENT S'EST LEVE

Publié le par Mireille Disdero

 


Le vent s'est levé depuis les sables anciens.
Chaque mot emporte un brin de moi et m'efface, me perd dans le vent, aux voiles de mes bras. Je vole dans l'air de la vie qui étreint, étouffe les naissances et la voix.

Chaque jour vient chargé de nouvelles traces sur les visages, multiplie les cernes du temps.
Je ne suis qu'une attente sans quai, sans fin, un avion de papier couleur sans piste qui cherche un phare au Sahara.

Les grains ont  soulevé les âges. Ils emplissent nos couleurs, les yeux et mon ventre. Foule éparpillée par les anges et les hommes, la terre que je suis n'a pas de lieu pour moi. Je garde en mémoire, odeur de la poussière, les joies.

Enveloppée dans les mots d'une langue qui me nie, je vole vers le labyrinthe où j'ai laissé glisser le ciel, l'air et le soleil.

Chaque seconde parle, ouvre la vie au couteau pour la vider. Je m'envole, écris dans la tempête de sable et bois le vent, les grains pour ne pas m'éteindre, vidée aussi.

Lorsque  manquera l'encre, au bout du jour qui enveloppe ma gorge, la nuit m’aimera et s'offrira. Si belle ma noire, en elle et par elle je persisterai, au-delà du vivre.

Une écharpe sur mon visage pour oublier le froid, je continuerai à l’encre de la lune, seule dans le noir.

 

 

Mireille Disdero - In Nuange, Ed. Alba 2003

 

 

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