UN VILLAGE SANS VOISINS

Publié le par Mireille Disdero



Evariste est perché en haut du village, du village abandonné, à moitié détruit, où l’herbe, les arbres et le vent remportent des victoires au goût inquiétant de planchers effondrés, de portes vermoulues, de baies béantes comme abasourdies.



On dirait un village de guerre civile, on y pense même, ici, sur l’ancien front, tantôt républicain, tantôt fasciste.
Mais non, le village, en son temps, a bien résisté.

Depuis lors, un barrage inondant la vallée suffit à chasser les habitants du village vers d’autres terres, d’autres maisons, le portefeuille rebondi de pesetas. Alors, d’autres tracèrent en haut des portes d’entrée des numéros d’expropriation à la peinture rouge, comme si le choléra savait écrire.

Le père d’Evariste en fut, des partants, puis un jour, le fils revint avec ses brebis et son chien. Il traça sur les murs, en lettres rouges : « Attention, chien lâché » et il lâcha son chien, une grosse boule de poil dru gardant le troupeau ou aboyant crûment les visiteurs inspirés.

Mais ce chien est gentil, tout juste un peu bruyant. Et Evariste est gentil. Ils vous font visiter l’église presque en état ; racontent la vie d’antan et leur vie d’aujourd’hui.

Puis, en confiance, Evariste vous emmène voir ses sculptures en chêne noble de la colline : un berger, une brebis, un chien… son travail.
Evariste n’est pas fier, juste heureux, prolixe pour le coup car, si vous n’y venez pas, les voisins d’Evariste ne sont que des fantômes muets. Et vous, des hirondelles de passage qui ne feront jamais plus le printemps du village abandonné.


Hervé Grillot


Commenter cet article

Mireille 29/08/2009 14:43

Oui vraiment beau et précis. On a l'impression d'y être et de comprendre ce qui se joue, même à mille ou deux mille kilomètres de là. Merci pour ton commentaire (sourire)

bataillou 26/08/2009 21:51

superbe récit d'un village abandonné que voudrait faire revivre un enfant du village.

Mireille 25/08/2009 01:02

Merci Jean-Luc pour un passage, une visite du côté de ceux-là Avec la poésie, aussi.

cão 23/08/2009 06:24

Même la cloche n'accompagnera pasles abois du clébard au poil dru,descendue de sa chaiseavant l'abandon.

Mireille 20/08/2009 22:44

Oui Marlou, la vie des gens, ce qu'ils font des pierres et du pays, un beau portrait de berger coûte que coûte... J'aime beaucoup (sourire)

marlou 20/08/2009 14:45

Hallucinant, ce récit...