THE TRAGEDY OF THE LEAVES

Publié le par Mireille Disdero

 

I awakened to dryness and the ferns were dead,

 the potted plants yellow as corn;

 my woman was gone

 and the empty bottles like bled corpses

 surrounded me with their uselessness;

 the sun was still good, though,

 and my landlady's note cracked in fine and

undemanding yellowness; what was needed now

 was a good comedian, ancient style, a jester

 with jokes upon absurd pain; pain is absurd

 because it exists, nothing more;

 I shaved carefully with an old razor

 the man who had once been young and

 said to have genius; but

 that's the tragedy of the leaves,

 the dead ferns, the dead plants;

 and I walked into a dark hall

 where the landlady stood

 execrating and final,

 sending me to hell,

 waving her fat, sweaty arms

 and screaming

 screaming for rent

 because the world had failed us

 both.

Charles Bukowski

Extrait de It Catches My Heart in Its Hands (1963) repris dans Burning in Water Drowning in Flame (Selected Poems 1955-1973), Santa Rosa , Black Sparrow Press, 1999, 15.

 

la tragédie des feuilles

 je pris conscience de la sécheresse et les fougères étaient mortes,

 les plantes en pot jaunes comme le blé ;

 ma femme était partie

 et les bouteilles vides comme des cadavres exsangues

 m’entouraient de leur inutilité ;

 le soleil était toujours bon, pourtant,

 et la note de la propriétaire craquait en une fine et

 inexigible jaunissure ; ce qu’il fallait maintenant

 c’était un bon comédien, vieux style, un fou du roi

 avec des blagues sur la douleur absurde ; la douleur est absurde

 parce qu’elle existe, rien de plus ;

 j’ai soigneusement rasé avec un vieux rasoir

 l’homme qui avait jadis été jeune et

 disait avoir du génie ; mais

 c’est la tragédie des feuilles,

 des fougères mortes, des plantes mortes ;

 et je me suis avancé dans le hall sombre

  la propriétaire se tenait

 exécrante et définitive,

 qui m’envoyait en enfer

 en agitant ses bras gras et couverts de sueur

 et qui hurlait

 hurlait pour le loyer

 car le monde n’avait tenu ses promesses pour aucun

 de nous deux.

 Traduction : Éric Dejaeger

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Ludo 20/08/2006 17:18

Un texte vif comme ça secoue, et quand en plus il est écrit avec calme, simplement, avec justesse. Il est un texte inoubliable qui s'ancre dans le lecteur, que l'on perçoit en déambulant dans les rues en discutant avec les gens. On se dit ce texte est vrai, il est sincère. Et on remercie l'auteur de l'avoir écrit. Voilà ce que j'en pense même si j'ai mis des "on".
Et toi Léah oui c'est vrai, tu en penses quoi, j'ai bien souvent l'impression que tu ne penses rien, c'est impossible de rien penser. Tu peux comparer la description des classes populaires des poèmes de Buk avec celle des classes moyennes de ceux de MH, avec l'un tu trembles, avec l'autre tu rigoles, jaune, mais tu rigole. Parlez-nous d'artistes avec un A Madame LéA, allez-y on vous écoute ;)
Ne prends pas la peine de traduire, éric le fait parfaitement, il est en contact avec de vieux poètes bons potes du vieux Hank, il est on the move, prof d'anglais, traducteur de Brautigan, il mùaîtrise l'argot ricain. 90% des poèmes de Buk ne sont pas traduits en français, tu as le choix. Encore faudrait-il que tu ressentes ce que Buk écrit, tu n'en dis rien, hou c'est pas bien ;) J'te taquine vieille coquille !
Et vive la poésie! 

Mireille 19/08/2006 13:49

        Bonjour Léah !
C'est Ludovic qui m'a confié les textes de Buko traduits par Eric Dejaeger.  La tragédie des feuilles est très fort, comme son auteur. 
Un texte qui me secoue...
Et toi Léah, qu'en penses-tu ?

Léah 19/08/2006 11:54

Buko ! on l'apprécie beaucoup chez les Résistors, je leur recopie