MEMOIRE SAUVEE - BRAUTIGAN, PAR LK

Publié le par Mireille Disdero

  Poussière de lecture...

 

 

Deux heures dans les étoiles, la Grande Ourse médite sur l’écran plat à l’horizon du souvenir. Le papier d’un livre imprimé en 1994 est déjà jaune en 2005. Déjà. Les couleurs ont des temps d’arrêt…celui-là est le jaune. Tournent les pages, tourne le temps peintre. Le temps peintre. Il m’a fallu onze ans pour apprendre à me servir de Brautigan. Le temps que ses phrases noires soient sur fond jaune. Cette nuit je me rappelle dans la fumée grise des cigarettes ce que peut devenir :

Une carabine 22 long rifle… d’où sort une petite balle au ralenti de phrases légères et d’autant que je m’en souvienne, douces. Elle provient du canon des années à la dure – Dépression. La cible est au présent vingt ans plus tard. L’espace d’une génération. Cette petite balle sur les rayons des librairies. Discrète, secrète dans son parcours.

 

Une balle de carabine tirée par un gosse pour dégommer des pommes. Elle révolutionna comme un boomerang autour d'un lac où pêchait une Amérique de petits gens timbrés. Balades sépia près d’un lac aux moustaches d'herbes et à l'Ouest du chapeau mis en ciel, un canapé sur la rive. Deux gros balourds affalés dessus devant l’écran du lac comme masse média, original. Ça l'a marqué le gosse devenu homme et sombre son ombre, son crépuscule d’homme sans âge marchant seul avec ses phrases porteuses, son petit vent témoin d'époque en mutation.

De nos jours les timbrés des années Eldoradodo dorment là là là... la panse capitalisée Budweiser, cerveaux en chips trop remâchés devant le lac des télés. Bétail. Cow-Bush. Liront-ils Mémoire sauvées du vent ? Sauveront-ils ce qu’il reste à sauver ? Ce livre, des mots, sont-ils destinés à sauver quoique ce soit ? Du vent. Le vent est il à sauver ? Je me garderai de toute réponse osant à peine poser des questions, risquer mon corps à la rencontre du vent. Je garde ces mémoires au fond de moi sans trop savoir qu’en faire. Comme on ne se défait pas de l’image d’une femme aimée. Le vent d’une femme qu’on a aimé souffle parfois dans une rue et cela passe.

Petite balle vingt ans après atteint sa cible, têtue, comme les secondes amoncelées forment une vie… pour rencontrer la tempe de l’homme morcelé.

No pets sur la pelouse. On s’en fait du cinéma avec le tien, Richard Brautigan. Pendant que la Grande Ourse surplombe le monde où tu existes encore par milliers de pages à lire. Il n’y aurait pas à réfléchir ?

 

 

 

Ludovic Kaspar

© LK - Octobre 2006

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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Mireille 04/11/2006 11:51

Bonjour Hervé !
Je suis de tout coeur avec vous pour défendre Ludo contre Ludark ! :o)
Je le connais depuis 2000/2001 (et encore plus longtemps par écrit) eh bien il a toujours eu ce regard hypercritique sur ce qu'il écrivait (et sur ce qu'il écrit), alors même que les lecteurs autour de lui se prennaient (se prennent) des coups de foudre ou des penchants très perchés pour ses écrits, son inside complètement... Je pense qu'au fond il sait qu'il est bon, mais ça l'écorche de l'accepter, ça ne le fait pas sourire. Il est perfectionniste, en plus... par vagues... Enfin, disons que c'est comme ça que je le connais et l'M - beaucoup - (ça l'énerve aussi quand on lui dit ça, mais bon, j'assume les énervements :o) sans m'énerver...). S'il la ramène pour dire que son texte tourne à l'aigre comme une mauvaise vinaigrette qui ne sait pas vieillir, prenons l'air de rien, laissons passer quelques anges noirs et continuons à le lire, à le lire, à l'apprécier, à l'aimer : au moins pour ça, ça n'est pas lui qui décide ! :o)
C'était le front de libération des arbres fruitiers et des lecteurs révoltés contre l'autocritique abusive de LK !
A bientôt :o)
Mireille
 
 

Mireille 04/11/2006 11:37

Bonjour Ray,
Je viens de trouver et de lire l'article sur votre blog. Franchement vous l'avez bien senti, ça me fait plaisir. C'est vrai que d'une certaine façon, quand le livre sort, après l'auteur et l'éditeur, c'est le lecteur qui le "prend" et le "voyage"... donc si vous voulez, on a besoin que celui-ci soit un "bon lecteur" à la Vladimir Nabokov. Lors de ses cours de littérature, il insistait sur "L'art d'être un bon lecteur"... (Littératures / 1 Biblio Essais). Tout en nuance.
Merci donc, Ray, pour votre lecture et votre note.
Mireille
 

Hervé 04/11/2006 10:55

HOUP'S !
Vrai qu'y en a marre que le Ludo y se foute des claques d'auto-critique en public !
;o)
Personnellement, je connais Brautigan depuis peu, cet été, et je le retrouve, le "reconnais" (dans tous les sens du terme) dans le texte de Ludo.
Ludo sais s'effacer devant l'auteur tout en laissant sa "patte", pas facile à faire. J'imagine que c'est possible quand on est convaincu, quand on fait corps avec le sujet... et là, quelque chose me dit que j'ai raison...
Merci Ludo, c'est du chaud et du bien servi !
Et la ramène pas en gueulant que...
Merde alors !
Point virgule, rond et paranthèse pour Mireille !

raymond 03/11/2006 22:28

Voilà c'est en ligne, un très beau livre...

Mi 03/11/2006 15:34


"Deux heures dans les étoiles, la Grande Ourse médite sur l’écran plat à l’horizon du souvenir."
Il est beau ton texte, Ludo, plus beau qu'une ville la nuit de Boborichard l'acteur... c'est dommage que tu t'autocritiques. Enfin, voilà.
A bientôt !

Mireille 03/11/2006 15:28

 
Bonjour Ray,
Je suis touchée par votre lecture...
Bonne route à travers les rues de la Phocéenne, à bord de l'Ogre...
(je vous ai envoyé la première de couverture)
A bientôt

Ray 03/11/2006 14:51

Oui c'est bien mon adresse ! Je n'ai pas fini le livre mais je sais déjà que j'aurai envie d'écrire dessus, à très bientôt
Raymond
 

Ludo 03/11/2006 13:31

le texte ? de la salade, tu sais uand tu la laisses trop longtemps dans la vinaigrette.+

Mireille 03/11/2006 12:54

 
Ah ! Je vais faire un lien de l'Harmattan vers votre blog avec la note de lecture : vous avez été rapide ! Je vous envoie la première de couve en JPG par Email : votre adresse est bien : raymond.alcovere@neuf.fr  ?
Merci !
Mireille
 

Ray 03/11/2006 11:07

Bonjour Mireille, je vais faire une note sur mon blog, mais j'aimerais pour ça avoir l'image en jpeg, par mail c'est possible ? (en la repiquant ici, ça devient du "bitmap", inexploitable !)
Bonne journée
Raymond