LOUP

Publié le par Mireille Disdero

 

De chaque côté du fleuve glacé, l'immense forêt de sapins s'allongeait, sombre et comme menaçante. Les arbres, débarrassés par un vent récent de leur blanc manteau de givre, semblaient s'accouder les uns sur les autres, noirs et fatidiques dans le jour qui pâlissait. La terre n'était qu'une désolation infinie et sans vie, où rien ne bougeait, et elle était Si froide, Si abandonnée que la pensée s'enfuyait, devant elle, au-delà même de la tristesse. Une sorte d'envie de rire s'emparait de l'esprit, rire tragique comme celui du Sphinx, rire transi et sans joie, quelque chose comme le sarcasme de l'Éternité devant la futilité de l'existence et les vains efforts de notre être. C'était le Wild. Le Wild farouche, glacé jusqu'au coeur, de la terre du Nord.
Sur la glace du fleuve et comme un défi au néant du Wild, peinait un attelage de chiens-loups. Leur fourrure, hérissée, s'alourdissait de neige. A peine sorti de leur bouche, leur souffle se condensait en vapeur pour geler presque aussitôt et retomber sur eux en cristaux transparents, comme s'ils avaient écumé des glaçons. Des courroies de cuir sanglaient les chiens et des harnais les attachaient à un traîneau qui suivait, assez loin derrière eux, tout cahoté. Le traîneau, sans patins, était formé d'écorces de bouleau solidement liées entre elles, et reposait sur la neige de toute sa surface. Son avant était recourbé en forme de rouleau afin qu'il rejetât sous lui, sans s'y enfoncer, l'amas de neige molle qui accumulait ses vagues moutonnantes. Sur le traîneau était fortement attachée une grande boîte, étroite et oblongue, qui prenait presque toute la place. A côté d'elle se tassaient divers autres objets : des couvertures, une hache, une cafetière et une poêle à frire.
Devant les chiens, sur de larges raquettes, peinait un homme et, derrière le traîneau, un autre homme. Dans la boîte qui était sur le traîneau, en gisait un troisième dont le souci était fini. (...)

Jack London, Croc-Blanc (extrait chap. 1)

Théma

Le retour des bêtes sauvages

dimanche 5 novembre 2006, par arte

La réapparition des loups et des ours dans certains massifs montagneux provoque un vif débat entre défenseurs de la nature et bergers. Mais le “sauvage” existe-t-il encore ou n’est-il que mise en scène ? Pour alimenter la réflexion, “Thema” se promène dans le parc de Yellowstone, sur les pentes du Vercors et en Alaska avec "Croc-Blanc".

Au fond, quels sont les réels enjeux de cette polémique ?

Dans les faits, la question de fond concerne la place que l’on accorde à la nature sauvage dans une société civilisée et industrialisée, en d’autres termes la dichotomie entre la volonté de préserver des espèces menacées et la nécessité de protéger les hommes et les animaux domestiques contre les attaques des grands prédateurs. 

Cela dit, peut-on véritablement parler de nature sauvage dès lors que le cadre est dicté par l’homme ? Comment réserver une place aux animaux sauvages dans l’environnement des humains ? Et à quel prix ?

 

Article complet sur loup.org : http://www.loup.org/spip/Le-retour-des-betes-sauvages.html

 

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Jane B. 24/11/2006 16:34

Je suis lumière. Que ne suis-je ombre et ténèbres. Nietzsche

raymond 06/11/2006 23:32

« Les pieds ailés, l’esprit, la flamme, la grâce, la grande logique, la danse des étoiles, la pétulance intellectuelle, le frisson lumineux du Sud, - la mer lisse – la perfection » : Nietzsche

Mireille 06/11/2006 22:52

J'ai vu l'ombre ! ... Dans certaines contrées de la nature nous nous découvrons nous-mêmes avec un frisson agréable ; c’est pour nous la plus belle façon d’avoir un double. — Combien doit être heureux celui qui peut avoir ce sentiment, ici même, dans cette atmosphère d’automne sans cesse ensoleillé, sous le souffle malicieux et heureux du vent, qui se prolonge du matin au soir, enveloppé de cette clarté la plus pure et de cette fraîcheur tempérée, et se retrouver dans le caractère riant et sérieux, à la fois, des collines, des lacs et des forêts de ce pla-teau, qui s’étend sans crainte à côté de l’épouvante de la neige éternelle, là où l’Italie et la Finlande ont formé alliance et semblent être la patrie de toutes les nuances argentées de la nature : — heureux celui qui peut dire : « Il y a certainement beaucoup de choses plus grandes et plus belles dans la nature, mais ceci est étroitement et intimement parent avec moi, j’y suis lié par les liens du sang, par plus encore ! » Nietzsche, Le Voyageur et son ombre

Ray 06/11/2006 19:19

Pas toutes en même temps, l'ombre (ce soir) et la lumière (demain) par exemple...

Mireille 06/11/2006 18:26

 
Des photos de Venise toutes fraîches ?
Vous allez les poster sur votre blog, non ? Je fonce voir...
(sourire)
Mireille

Ray 06/11/2006 15:44

Tiens tiens, un ami vient justement de m'envoyer des photos de Venise...

Mireille 06/11/2006 14:57

 
Tiens, Ray, vous me faites penser à Venise,
avec les masques...

 
 

Ray 06/11/2006 14:21

Attention, le loup est aussi un masque (ainsi désigné parce qu'il faisait peur aux enfants !)

Mireille 06/11/2006 12:50

 
Bonjour Ray !
Merci de votre présence en territoire de canis lupus (sourire)
Mireille

Mireille 06/11/2006 12:47

 
Bonjour Île !
Tu me fais plaisir car les loups, je les aime vraiment beaucoup.
De nombreuses choses circulent les concernant, et surtout des inexactitudes... Et puis il y a le mythe du grand méchant loup qui a la vie dure, du côté des enfants (et des parents, des conteurs...). La société humaine a besoin de boucs émissaires pour se faire peur.
L'équilibre entre les troupeaux, bergers et meutes de loups est possible : par exemple en Italie. Les bergers ne sont pas aussi "remontés" contre le "prédateur" en question. Chacun a sa place sur le territoire...
Il m'est arrivé, dans mon coin des Alpes italiennes, en Val Varaîta, d'entendre un hurlement un peu différent de celui d'un chien. Une meute doit transiter par là, mais on ne les voit jamais. J'aimerais, pourtant... Tu as de la chance de les avoir rencontrés ailleurs que dans un parc... Et sais-tu, j'ai écrit un roman jeunesse, La nuit des loups", à travers lequel je soutiens les loups.
Belle journée !
Mireille