DE SABLE ET DE MYRRHE

Publié le par Mireille Disdero

 

 

 

Ils doivent compter sur leur seule imagination


pour accélérer ou régulariser les battements de leur cœur.


Ils doivent trouver par eux-mêmes l'éclat d'une lumière enfouie



        H. E. Cheikh,
Femmes de Sable et de Myrrhe






Je suis la terre et l'eau

tu ne me passeras pas à gué

mon ami, mon ami...


Anne Hébert (Québec)



 

 



.... De sable et de myrrhe ...



Après le hammam, je me glisse dans la ruelle des murmures. Chuchotis de vies qui respirent derrière un moucharabieh, les épaisseurs de pisé. Un chemin étroit monte le long de mes jambes. Apprivoiser ce serpent. Un soir en moi.


Ma tête tourne comme si j'avais bu à même la peau de la vie.


Par instant, une odeur de feu enlace celle de la myrrhe, lui fait un enfant de parfum. Je les respire jusqu'à plus d'air.
Me souviens. Me souviens. Me souviens. Après l'arche des croyants, les cheveux du vent se lèvent pour emmêler les miens. Au delà des murs, les voix aspirées par le silence où l'occident perd ses mots. Je me souviens. Me souviens. Me souviens. Une plume de moula-moula donne des ailes au sable. Je me penche. Une porte s'entrouvre, puis une voix... Et son fou-rire brûlé. C'est le marché de nuit des femmes.


Je me dirige vers leur bougie qui danse. Elles éclatent de rire en serrant ma main. Grappes de leurs doigts. J'entre entourée d'elles. Fatim veut dessiner un soleil sur ma peau. Signal. Elles se dressent toutes d'un seul mouvement, font cercle et tournoient en lucioles qui dansent. Les étoiles accrochent les regards, les relient à la flamme.


Rien n'est dit. Tout se fait, se touche et se sent.
Je me souviens. Me souviens. Me souviens.


Le thé, un brasero brûlent la nuit. Fatim trace maintenant un regard au henné sur ma main. Ses doigts de parfum me touchent. Je sais me damner pour une belle odeur. Après, elle prend le tissu blanc qui me couvre. Elle rit et saisit dans sa manche un autre flacon camphré. En couvre chaque grain de ma peau. Puis porte le verre à mes lèvres, repousse mes mains. Brûlure. Souffrance bue. Avec sa langue, elle lave mon visage de la pâleur, souffle sur ma bouche, « pour effacer les mots ».


A l'intérieur, je deviens femme de couleurs. J
e me souviens. Me souviens. Me souviens.



          … Et je n'ai plus de mots.





Mireille D


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Mireille 21/01/2007 20:46


Grand merci pour ce texte, Gmc
Amicalement,
Mireille

gmc 21/01/2007 10:45

JOAILLERIE Dans l’arc-en-ciel des senteurs Les bijoux sont d’or malléable et transparent Portant alumine et silice, quartz et obsidienne Suivant les tendances du temps qui passe Telles des broches de chaleur serties sur le diamant Ecartelées par la douceur qui les enivre Les odalisques se laissent raffiner S’effeuillant dans les torrents de jouissance Qui attisent leur intime braise D’au-delà des plaisirs en au-delà du plaisir Ruisselantes de l’essence du parfum Leurs regards éblouis contemplent Des voyages atemporels Dans la saveur nue des fragrances émondées Evidées et béantes devant l’aurore Les crevasses laissent pénétrer le flux Qui élargit l’ouverture jusqu’à la rupture Imprégnant leur hymen de l’odeur de l’invisible Torréfiées par le sucre des profondeurs Elles glissent immobiles et fugaces Dans le velouté humide de la tendresse Pendentifs resplendissants d’agonie Au milieu des ombres sourdes des combats Chevalières aux poignets de fortune Leurs harmoniques sont cristal de harpe Et miel de mandoline Colliers et bracelets de perles sensuelles Au service de l’insensorialité

jluc 20/01/2007 21:32

il y a quelque chose d'envoûtant dans ce texteon frissonne comme s'il s'agissait  d'une cérémonie initiatique africaineavec des rituels voodoo...mais le henné est utilisée par les femmes  arabeset la myrrhe vient de loin, de la main des Rois Mages

Mireille Disdero 21/01/2007 20:42

Bonjour Jean-Luc
C'est vrai, la myrrhe vient de loin dans ce texte, comme dans l'histoire des hommes**.
Celle qui est chez moi, en revanche, est originaire de la Mer Rouge.
**
L'histoire de la myrrhe est aussi ancienne que celle de l'encens. Les Égyptiens la connaissent depuis quatre millénaires et en faisaient un des composants du kyphi. Elle était également utilisée dans les embaumements. Dans la Bible, la myrrhe est l'un des principaux composants d'une huile d'onction sainte (Exode, XXX, 23), mais c'est surtout un parfum chargé d'érotisme, mentionné à ce titre sept fois dans le Cantique des cantiques, par exemple dans le verset I, 13 : « Mon bien-aimé est un sachet de myrrhe, qui repose entre mes seins. » La myrrhe fait également partie des cadeaux apportés à Jésus par les mages (Matthieu II, 11). http://fr.wikipedia.org/wiki/Myrrhe
Myrrheille :o)