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Publié le par Mireille Disdero

Image sans paroles, le plateau du Yagour, Haut-Atlas 1998

 

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Mireille 04/02/2007 14:39

 
Ah oui !
Un ensemble très juste, accordé. Comme un équilibre subtil...
Alors, Hervé, je prends le texte avec la photo : et voilà !

Merci du partage,
Mireille

Hervé 03/02/2007 03:25

Bivouac
 


 


 

Qui du vent fraîchissant, des deux enfants gambadant ou du troupeau de moutons s’enfuyant arrivera le premier à la lisière du douar ?
 


 


 


 

Ce ne sont pas les nuages qui le diront, depuis belle lurette ils ont pris la poudre d’escampette derrière les cimes élimées de l’Atlas, laissant derrière eux, bien au frais dans des creux, quelques ratures de neige attardée et dans le ciel un bleu impertinent.
 


 

Sinon, c’est bien le printemps qui fait son numéro, coloriant enfin les noyers qui se sont faits tirer l’oreille des feuilles,des mois austères durant. Les peupliers, eux, alignés sur les traces de l’oued naissant, ont déjà pris des couleurs tendres, évanescentes et se jouent du vent en longs bruissements entêtants.
 


 

Ce vent qui pousse les enfants qui ouvrent la laine du troupeau d’ovins effrayés, comme un coup de peigne dans une tignasse rebelle ; ce vent semble prendre le dessus pour rejoindre les femmes berbères ramassant leur linge séché sur les rochers cuivrés du torrent tonitruant. Dans un trou, une truite attend. Là, les rives trop escarpées bannissent les peupliers pour laisser fleurir les roses des lauriers. Femmes, linge et fleurs dérangent les dégradés de verts des pâturages.
 


 

Le vent passe, les moutons bêlent et les enfants youyoutent. D’un coup sec, un visage tanné se retourne, rides curieuses, en éventail coupant un tatouage rejoignant le khôl d’un regard rapace. L’iris berbère materne la course de son enfant. C’est un mâle, il est libre ! En bas, au fond des baraquements, sa sœur tisse déjà sa vie en navette aux desseins ancestraux.
 


 

Sur la façade en pisé, l’homme se dresse, à l’affût, voit venir les étrangers, fait taire les chiens, rappelle les enfants, puis regarde ses deux poules devant. Deux belles pondeuses, les seules du douar. L’homme sait qu’il va les égorger et qu’il faudra bien trouver une solution pour plus tard.
 

Mais, pour l’instant, vous arrivez, un thé et un festin vous attendent, il se fait tard, vous déposez vos sacs là où un feu de cèdre pétille sa résine marocaine. L’Atlas se referme doucement dans le bruissement de la sourate mille fois relue.