DANS UN JARDIN DE GALETS

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Pas un arbre et du blond sur la terre
qui conduit l’homme vers le vent




On arrive quand les frissons colonisent la peau découverte trop vite. Il faut dire que le vent nous accompagne deux jours durant. On apprend à l’accepter car c’est presque à regret qu’on quitte l’Aire pour une autre terre. Avant, on cherche le sentier des éoliennes, la présence du troupeau et du berger. C’est le soir, les chiens attendent sans broncher. La peau de l’homme est couleur cuivre, son regard brun porte ailleurs, direction le grand nulle part. Il raconte qu’il n’est pas le berger mais son frère, ancien chauffeur du Président.

Pendant qu’on l’écoute, le temps est presque posé là, sur une table, dans un jardin de galets.

C’est un moment pour croire que rien n’échappe jamais à la vie. Recyclage éternité. Des bergeries se succèdent. La piste soulève quelques mots qui retombent plus tard sur la feuille d’un écran, dans le désordre… ou pas. J’aime le chaos des sensations, leur effet « retard ». Elles sont comme des fils qui se nouent pour mieux nous tricoter ensemble.

Mais bientôt les chemins s’estompent. L’autoroute surgit puis nous roule dans la civilisation, sa fourmilière et la chaleur qui nous écrase au sol comme des insectes anonymes. Avec elle la vitesse, un café avalé d’un trait parce qu’il faut continuer. Ensuite les murs, des avenues, les maisons toutes pareilles et par la fenêtre ouverte de sa voiture, le bras d’un homme qui conduit dans les alvéoles de l’été. Je le vois.
Photo sur mon écran.

 

Mireille D.

 

2010-LAS-BARDENAS-NAVARRE.jpg

Commenter cet article

Anonymus 28/08/2010 09:24



« La mémoire est notre cohérence, notre raison, notre sentiment, et même notre action, sans elle nous ne sommes rien. » Luis Buñuel



Mireille 26/08/2010 19:33



Bonjour Francine,


Un grand merci pour votre page d'accueil sur mon blog. Ca me touche car parfois, il m'arrive de me demander : "pourquoi un blog ?", à quoi bon ? Mais après votre message je comprends mieux
pourquoi et je vous remercie.


A vous lire,



Francine 16/08/2010 19:59



Que d'inventivité dans les mots assemblés... Les images se succèdent et jamais, à lire comme à écouter, deux fois ne sont pareilles ! J'aime particulièrement "[...] les frissons colonisent
la peau découverte trop vite" et " [...] le bras d’un homme qui conduit dans les alvéoles de l’été" - là, tout est possible ! C'est un assemblage comme ont fait un vin, en cherchant au plus juste
tout en laissant sa part à la métamorphose qui suivra...  J'ai découvert votre site l'année dernière et j'ai fait de votre blog ma page d'accueil à l'ouverture d'Internet - juste pour des
bonheurs comme celui-ci. Merci.


 



Mireille 16/08/2010 18:07



C'est le présent permanent, celui de la narration. Le temps qie je préfère, même pour écrire ce qui a déjà été ;o)


Merci Laurent, de passer ici.



Mireille 16/08/2010 18:05



Bonjour Xavier,


Quand on met du mouvement entre ce qu'on vit et ce qu'on écrit... Merci pour votre lecture.



laurent 14/08/2010 18:57



J'aime bien ce simple présent de l'indicatif avec " effets retards"



Xavier lainé 14/08/2010 04:17



La beauté des mots tient dans un soupir, un regard perdu, entre deux galets. Merci.