DORMIR (VIET-NAM)

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Parce qu’il n’y aurait que ça à faire

Dormir

Dans la cabine-couchettes sans possibilité de banquette

Dormir

Alors que, dehors, les kilomètres défileraient

Dormir

Pour oublier que les minutes s’étireraient anormalement

Dormir

Avec la goutte de sueur que l’air ventilé n’empêcherait plus

Dormir

Car le livre serait lu et le suivant coincé au fond d’un sac

Dormir

Car le riz saucé du plateau-repas aurait asphyxié toute autre velléité

Dormir

Pour ne pas réveiller les trois autres couches

Dormir

Bercés par les tacatacs des bogies

Dormir

Sans pouvoir fermer les yeux

Dormir

En égrenant cette liste comme on compterait des moutons

Avec la ferme intention de pouvoir une bonne fois pour toute

Dormir

Et c’est alors que

Le train freinant sèchement et inutilement

À l’entrée d’une gare endormie

Au milieu de nulle part

Chacun dans le compartiment

S’éveillerait, étirerait les bras, papillonnerait des paupières, regarderait ses voisins, verrait qu’ils font

Tout pareillement

Semblant d’avoir dormi

On sourirait comme le nigaud pris

Devant l’évidence

D’une sieste scrupuleusement respectée

Mais jamais faite réellement

Ça ne gênerait personne

Encore moins la vendeuse de couloir

Et son chariot grinçant

S’approchant avec son café glacé

A l’extrait épais et noir

Au lait condensé et sucré

Tout le monde se précipiterait

Pour la voir touiller le tout

Ajouter des glaçons

Ficher une paille

Empocher les billets

Rendre la monnaie

On siroterait alors

Réinstallé dans le wagon

Ce mélange définitivement divin

Venant ponctuer un après-midi

Qu’on voudrait dédié à tout

Sauf à dormir

Cependant que Thanh, l’enfant

Bougerait, inconsciemment

Sur la couchette de sa maman

Occupé qu’il serait

A dormir pour de vrai

 

Hervé Grillot

 

train18.jpg

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Mireille 25/10/2012 07:55


Beau texte,


merci du partage !

gmc 17/10/2012 11:42


EST ~ OUEST





Baie d'Along


La brume s'éveille insouciante


Nimbant les îles


D'un creux halo de sortilèges


 


 


 


Boat people en transit


Sur des pirogues mal ajustées


Les pêcheurs guettent


Le reflet des dauphins


 


 


 


Baie d'Along sur Ohio


Qui s'en souvient encore


Des pâleurs vierges


Et des mangues fraîches


 


 


 


Quand les cheminées crachent


Leur toux de suie et d'argile


Sur les faubourgs des villes


Poumons d'acier cœur de verre


 


 


 


Au confluent des routes


Source des confidents


L'atome n'est qu'un grain


Dans l'oeil de la folie