EN LUI

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Ce que d’autres appellent des friches



L’homme posait son vélo et finissait à pied, dans la forêt, car aucun chemin ne menait ici. Hêtres, chênes, épicéas, charmilles, frênes, acacias… Plus l’homme s’approchait et plus le sous-bois était élagué, entretenu. En alignement « à l’œil américain », de jeunes pousses de hêtres, plantées par lui, essayaient de se faire oublier des chevreuils gourmands du tendre de leur écorce.

L’homme contournait l’enclos grillagé de l’étang puis, vers la porte « soudée main » il fourrait la main dans sa poche de bleu de travail. Par habitude, ses doigts cherchaient sous le gros mouchoir à carreaux et trouvait la petite clé et sa boucle en ficelle.

De ses doigts gourds, il tripatouillait le gros cadenas à moitié rouillé et ouvrait la porte d’accès avec sa pancarte « DANGER PIÈGES » aux lettres argent sur fond rouge pompier –et ses deux décharges de chevrotine en son milieu.

L’homme inspectait le fond de l’eau, les grenouilles, les joncs, ces saloperies de tritons. Il s’installait enfin dans une carcasse de voiture sans permis repeinte au minium. Sa serpe italienne posée sur le plancher pourri.

A l’abri de l’eau ou du soleil, de la bise ou des regards, il attendait l’après-midi entière. Sans rien faire. Sans rien dire.
Il était en lui, dans son lopin de terre.

Plus tard, il m’avoua qu’il pensait quelques fois à l’usine, aux emboutisseuses, payé aux pièces.
« Autant dire que ça ne comptait pas ! »

 

Hervé Grillot

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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Mireille 12/02/2012 18:23


Bonjour Île,


Heureuse que tu sois de mon avis pour ce texte.


A bientôt

Mireille 12/02/2012 18:21


Ah mais il le mérite, ce texte est si juste, si beau...

Ile E. 12/02/2012 15:06


Parfois le Net propose des pépites, ce texte en est une. Merci à Hervé Grillot et à Mireile pour ce moment privilégié.

Hervé 11/02/2012 09:39


Merci pour lui