SUR LA ROUTE

Publié le par Mireille Disdero


 

D'étranges villes-carrefours du toit du monde défilaient, avec des Indiens en châle qui nous regardaient sous les bords de leur chapeau et de leurs rebozos. Ils avaient tous la main tendue, quêtant quelque chose que la civilisation, croyaient-ils, pouvait leur offrir; ils étaient loin de se douter de la tristesse de cette pauvre illusion brisée. Ils ne savaient pas qu'une bombe était advenue, qui pouvait met­tre en pièces nos ponts et nos rives, les déchiqueter comme une avalanche, et que nous serions aussi pauvres qu'eux, un jour, à tendre la main tout pareil. Notre Ford déglinguée, ves­tige des années trente et d'une Amérique en marche, fendait leurs rangs dans un bruit de feraille et disparaissait dans la poussière. A Zimapan, ou Ixmiquilpan, ou Actopan, je ne sais plus, on a atteint les abords du dernier plateau. A présent, le soleil se dorait, l'air était vit ef bleu, et le désert, où apparais­saient par-ci par-là des rivières, une vaste étendue lumineuse de sable chaud, avec, soudain, des ombrages sortis de la Bible. Des bergers sont apparus. Neal dormait, et Frank avait pris le volant. On a franchi une zone où les Indiens étaient vêtus comme au temps des commencements, de longs habits flot­tants, les femmes portant des ballots de filasse dorée, les hom­mes appuyés sur de grands bâtons. Au fil du désert étincelant, on a vu de grands arbres, avec des assemblées de bergers assis dessous, pendant que les bêtes allaient et venaient au soleil en soulevant la poussière. (...)


Kerouac, extrait de "Sur la route, le rouleau original" (L'Express Culture)

Publié dans POETES, ECRIVAINS...

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Mireille 03/06/2010 20:26



Ce qui nous démontre la puissance des livres.


Merci Ray.



Ray 01/06/2010 16:00



Quand j'ai découvert ce livre à 18 ans, ce fut un choc, qui m'a bouleversé pour toujours !



* 01/06/2010 13:01



 


"Kerouac disait qu'il écrivait vite, parce que la route était rapide"


... :o)



Mireille 01/06/2010 12:58



 


Bonjour Ray,


Ca dépend de l'intérêt que vous portez à l'original.


C'est le rouleau original, avant correction.


"Ce livre est rapidement devenu la bible de la Beat generation et pourtant, avant d’être édité, son auteur dut revoir son manuscrit à de nombreuses reprises, s’éloignant de l’écriture
originale, rapide et presque instinctive.

Voilà que cinquante ans après, on peut enfin découvrir l’écriture de Kerouac telle qu’elle se
retrouve sur le manuscrit original de Sur la route. Composé comme un rouleau, il se
constitue de papier de téléscripteur sur une trentaine de mètres.

Pas de paragraphes, aucun retour à la ligne, les lettres sont frappées les unes après les autres. Ecrit en trois semaines en avril 1951, ce texte devra être révisé, réécrit, à de multiples
reprises avant que l’éditeur Viking accepte enfin de le publier en 1957.

En France, c’est Gallimard qui édite cette nouvelle version, qui colle au tapuscrit original. Le talent de la traductrice, Josée Kamoun, permet de faire revivre ce texte cru, à l’état brut. Cette
nouvelle version est proposée au prix de 24 € (505 pages) chez Gallimard" (copié-collé sur Actua Litté : http://www.actualitte.com/actualite/19228-Kerouac-Sur-route-rouleau-original.htm)


Je pense, oui, qu'on peut y trouver autre chose, encore. Sans parler du support sur lequel Kerouac a écrit et comment il l'a fait...


 


 



mireille 01/06/2010 12:54



Coucou Marlou,


C'est la première version, la vraie, non corrigée par l'éditeur... en 1957.


:o)



mireille 01/06/2010 12:51



Et le risque c'est ce qui nous fait bouger, hein ?


Merci Jean-Luc



Ray 01/06/2010 11:55



Bonjour Mireille


Est-ce qu'il y a vraiment un plus par rapport à l'édition qu'on connaissait ?



marlou 28/05/2010 21:59



Comme si ces mots avaient des siècles d'histoire... J'aime.



cão 28/05/2010 18:41



Ach !!


Partir avec Neal Cassady, c'est risquer le bout du monde !