LUDO KASPAR

El K.

Né un 18 janvier... (1973-2008)


En premier lieu
La poésie agit en décalcomanie
Comme une trace d'émotion sur un papier buvard

 

Aimer ?

Je pleure en sol mineur
Sur l'inox de l'évier
Solo de pattes félines
Dans le frigo, bizarre
Je pleure en sol mineur
Je pleure dans la cuisine

Ludovic Kaspar

 

Tout a démarré comme une chanson d’Eddy Mitchell et ça a poursuivi pareil, ma vie. Sur la route de Memphis, je filais mon moral et ses bas dans la région du côté d’Arras puis ailleurs, où se trouvaient des routes qui m’éloignaient de moi. Tout a démarré comme une 2cv en rade les soirs de grand froid : à la manivelle. La région d’Arras, comme les autres, des veinules de départementales où je pouvais laisser libre cours à mon imagination solo. Sur la D123, je roulais en Corvette sur la sixty-six. Je parle du moment où j’ai obtenu le permis de conduire. (LK)

 

À

MOI ET L’INCALCULABLE ET VASTE MONDE

 

 Quand vous lirez cette lettre, je serai aux commandes d’un Sturmovik de musée russe, volant, pétaradant, au-dessus de vous autres connus et inconnus.

Vos guerres massives ou vos guéguerres quotidiennes, celles pour lesquelles vous luttez chaque jour avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de malheur, au nom de telles valeurs, qui n’ont parfois qu’un surnom, me sembleront chants atones.

Je pourrai lâcher mes bombes d’ironie et mes rockets de compassion, tondre la laine des nuages avec mon hélice sans entendre les bêêê bêêê des brebis rendues jalouses par la pression sonnante, bruyante et turbulente, celle de l’habitude qui fait trébucher l’espèce avec fracas invariablement depuis le temps des nuits des jours.  

J’avais pas calculé que je serai triquard à ce point avec la vie, cette tourbière,  il me semble que la mort ne saurait être pire.
Du moins, j’ai l’âme d’un aventurier.  Je me lance !

Pardon à celles et ceux et ceux-celles faune flore étoiles etc.

Vôtre.

LK

Bombardé

 

Je me suis passé aux dés
Né dans l'empreinte du désert, sans ombre je fuis le six

Comme ça
Comme la lune
Crie une longue maladie

Une tonne de sel presse sur mes os
Lourde, ma vie flanche au pieu
Du bâti, du cochon, du vrai
Jamais la cochonnerie n'est pure
Pourcentage de cachotteries ; strates des jours, le sang maudire
La loi
D'émoi moellée

Elle est bombardée ma vie
Dans les souterrains, une bête s'invente
Un scorpion albinos
Hiroshima avalé, mes veines piquent et coulent dans la flaque où personne
Ou presque
Ou beaucoup pataugent

Cette folie est la notre

Sans bruit mes gènes dégénèrent
Mes familles mordent la poussière
Les nôtres
Hommes près, les hommes sont fous, les je t'aime, à la trappe
Vous qui écoutez
Sentez !
C'est maudit en rien. Ce n'est pas de la poésie, même pas ma peau
C'est ce que je perds

Mille temps allègent les serpentins, les carnavals, puis des rimailles
Enserrent nos rôles ;
Et les paroles
Cristallines d'anodines électriques
Chiotte !
A chier.

On se rencontre, là on sait :
Le vrai se tait
Je ne veux pas autre chose que de la simple vie, la vraie
Persister serait mourir ?

J'en ris !

Mal dit ! Mauvais, étouffé, mal agencé !

Chaînes, je m'enchaîne, maudis les biens, les torrents de villes
Tourbe de la terre d' Ecosse

Un grand oubli de moi
Du lieu
J'espère en électron libre
Listen ! Je n'écris pas, je cause

 

LK

 

(...) J'ai du mal à raturer le souvenir âcre de ce week-end fast-sex. A croire que tout est superficiel et rapide ici, nos tentatives pour cautériser le mal des profondeurs, comme nos échanges, nos mots de tous les jours ou nos élans de coeur, des hamburgers à emporter, pour tromper notre faim, la vraie.

Au bureau ce fut une journée lancinante, la douleur d'une aiguille dans le ventre tendait mes traits. " C'est la fatigue les gars, putain de week-end, ouais, j'ai fais des folie de mon corps ! ". J'ai fanfaronné sur mes exploits du samedi. La facilité que j'ai à transformer la boue en actes pourpres et loufoques est proprement fascinante, enfin pour moi. Je protège ce qu'il me reste de vie comme je peux, sinon il y aurait de quoi craquer. Certains collègues se sont résignés, ils ne prennent même plus la peine de sourire, ni de parler d'autre chose que du froid dehors ou du soleil. Ils portent le ciel bas sur la tronche, quelle épaisseur peut bien avoir la croûte qui pèse sur leur vie ? Une histoire de temps qui durcit, sûrement. Les autres sont heureux, ou comme moi, ils mentent, enjolivent leur réalité en oubliant de grandir, de vieillir.

J'ai peur du temps qui coule sur la vallée de Paris, ne voudrais plus entendre ses remous qui figent, et vivre l'instant vite, mais vide.

LK (Inédit, extrait de "Taxe à l'imposture")

 

 

Elle traînait de bar en bar en buvant des fantômes...

Rosa de sans vie...

 

Elle s’appelait Rosa.
Sa vie était une épine plantée dans le décor. On pouvait voir l’épine de Rosa pousser sur la tige des troquets du quartier.

 

Je passais n’importe dans la journée, elle y était : Café du marché, Marina, au  Zénith aussi - non pas pour chanter, rien en elle ne semblait capable d’un chant : elle causait dans le vide. Piquée sur une chaise, comme on dirait vissée, imposant son concert creux aux inconnus de tous les jours, ceux qu'on connaît sans connaître.

 

Rosa regagnait ses pénates une fois la nuit levée – Où ça ? J’ai pas cherché. Elle, Rosa, elle se couchait avec le jour, avec les fleurs.

Je pense à une couronne éveillée au-dessus du lit, la couverture en lycra jaune étouffe des sanglots comme des pétales flétris qui se retournent dans leur pot d’insomnie. C’est qu’elle avait sous les yeux des cernes gonflées comme des bouées, Rosa.

 

LK

 

 

 

 Téléphoniques

 


et ce soir
la fumée de cigarette
fait mouiller mes yeux

ou bien c'est ton souffle
qui traverse l'écouteur

ta voix
le vent vrai de ta voix
me chahute étrangement

au long de lignes tendues
sur des paroles simples

il y a comme
une révolte d'eau
dans l'anesthésie déserte

un rêve de bras peuplés
je crois
 
Ludovic KASPAR

 

Heart of Snow


la neige tombe
des traces de pneus
on voit bien que c'est la lune
qu'a dérapé

sur mon coeur-tombe

mais a coulé
dans mon sang blanc
un flocon de lune
que je t'offre
comme le souvenir
d'une chanson
évaporée dans le soleil

LK




Trois petites bouteilles


Á l’enveloppe du soir. J'entoure mon antivol autour de la rampe d’un escalier en hélice, l'histoire ouvre le cadenas du vélo…

Un vélo bas de gamme s’évalue à cent euros les huit kilos, environ treize euros le kilo, valeur du filet de boeuf haut de gamme en promo chez Leclerc.

Sur une marche : trois petites bouteilles de bière vides. Disposées avec soin. Sans doute loin de culs-sec écorchés vifs.

Trois petites poupées agencées sur un rectangle de ciment, poupées russes aux tailles identiques se différenciant par d’infimes jeux de perspective. J’observe le triptyque et pense que l'artiste est un clochard fou, un spadassin parfait.


Et je taille au Leclerc ; acheter de la litière odorante.

Putain ! Ces trois bouteilles me refilent une chiée de calgon. "J’abandonne tous mes KRAKS en Espagne", je lâche ça pour la énième fois. Je suis une bien grosse chose : un cul-de-plomb.
J’essaye, rien à faire.

Je crains. Un détour par les bougies parfumées au cèdre chimique, côté frites surgelées Mac Cain ; les détours ça vaut rien, on arrive toujours à Rome.
Vingt mois qu’il était rayé de ma carte cet outlaw. Mon empire brûlé.

Trois petites bouteilles…

Perturbant, cet endroit aux alcools disposés comme des bouquins chez Virgin. Je suis sous influence comme devant un ban de poissons Picasso en semi-liberté. Harmonie des couleurs, agencement magistral, pas un bouchon ne dépasse. Détaillant mieux, je m'aperçois que la taille du bazar a doublé en deux ans : multiplication des embouteillages. Pauvres gosses de périphs. Palladium des boissons à la pointe du progrès. Et tout s'amuse.

Litière, Badoit, caisse, vélo.

Elles me narguent à leur place les trois bouteilles dans la pénombre. J’en renverse une au garde-boue…

L'amour des trois petites bouteilles…

Pas une goutte d’eau sous ce ciel de cafarde pleine. Je pédale vite, la distance parcourue sur mon compteur à quartz s'éloigne...

Appréhendant une panne de pile.


L...


Lorsque...
Brusquement



Lorsque j'irai
Brusquement

Là où tout finit

Je serai fier
De ne pas avoir tué
Vos âmes

Avec la mienne
Qui est une lame.

LK


La porte de mes limites
 

Pas de clé sans serrure


 

Il y a une porte que je traverse chaque nuit, la porte de mes limites. Dans mon réduit de vie à la recherche de l’Être, j’achète quelques mots, une lune à gratter. Surtout ne pas dormir. Avant de m'écrouler je vole au soleil un de ses jeunes rayons et découvre six cratères satellites. Si par bonheur trois d’entre eux s’illuminent, j’attrape mon microscope le cœur saisi de sens. Alors je les observe comme des diamants bruts puis referme la porte direction l’oreiller.


LK




- Texte de Ludo écrit à partir d'une photo sur Bleu Indigo -

IMAGE A ECRIRE


Et c’est dans la terre que la vie prend racine

La vie plus forte que tout

Et c’est par la terre que la vie surgit doucement

Chaque nuit de soleil ne l’abattra pas

Et c’est parmi caillasses et duretés

Qu'elle apprend patiemment

Avec ce qui est

 

Ce n’est que la terre qui donne vie à la vie

Je ne me rendais plus compte

J’avais presque oublié


Que j’étais vivant

Que j’étais d’ici


Rollerpen

Désarmé

 

J'écoute Noir Désir chanter des armes, j'entends Ferré pour le premier frisson et dans mon frigo bien au chaud attendent les boites metalliques de Desperados pour me refroidir, ouais me faire rendre les armes. Il me manque ma chimio, il me manque un peu de coeur, il me manque cet amour ni enterré ni à découvrir : il gît comme les canettes s'empilent dans des sacs et personne ne m'entend, moi-même je suis sourd. Là j'ai jetté les armes au fond du gouffre qui va m'amener au four de lla déraison. Bien cuite la baguette. Je n'oublie pas le béret. Où sont mes armes, ma manière d'écrire ce que j'ai dans le bide. Ca bouillonne ou plutôt ça mousse, voilà beaucoup de mousse pour rien. Un désert de mousse.Ving deux mois encendrés. J'ai investi ma laine de mouton pour me retrouver tondu. Tondu comme ces femmes en 45. J'ai baisé avec l'ennemi, à contre courant. Mes armes. Ludo K


J'appuie sur la gâchette


Mon amour pour la vie s’est soldé par un divorce, NTM

La nuit est longue à cotoyer, Thierry R.
 

Il me semblait aussi qu’il manquait non pas de l’essentiel, rien de profond, mais de l’urgence urgente. J’aurais retourné l’appartement jusque dans la cuvette des chiottes pour mettre la main sur cette petite chose, sonner chez les voisins, défoncer la pharmacie de garde avec mon vélo bélier, avaler des Spontex côté vert pour récurer l’indigence inepte fuyant dans mon cerveau : pour une boite de paradis blanc égarée contenant des pilules effet Kiss Cool douceâtre. Tu vises la vérité, toi qui lis en moyenne 80 fois par jour mes écrits faux sceptiques ? Et j’aimerais avant de poursuivre savoir ce que tu y trouves, ce que tu y recherches peut-être ? Car ici il n’y a rien que des wagons de nuit, wagons dépourvus de marchandises consommables. Rien à acheter. Bukowski qui commence à me gaver – il ressemble de plus en plus à son ennemi juré Mickey – disait « You’ve got my soul, I have your money ». Que fais tu ici, personne n’y trouve son compte : tu as des filets de mon âme passés au kaléidoscope de nuits dissemblables, rien de fiable encore moins de crédible. Tu n’as pas même ma silhouette. Des flashes. Je te berne autant que je me trompe. Car je n’ai pas ton argent et l’argent c’est la santé. Mes références bancaires sont à ta disposition. Mandat cash accepté. Immobilisme du train au dépôt quand toi cheminot tu dors, j’écris à la gare de triage des pelotes de chemins barbelés indémêlables. Et saignants en dedans. Pas grave c’est juste le nez.

Aussi j’ai retrouvé mon paquet Kiss Cool, il était dans mon sac : la nuit se réserve de belles heures devant moi, tu les vivras demain quand je tituberai dans les rues de mon rêve, je parle des vraies rues dans la ville observées distordues remplies de fourmis géantes lâchant des phéromones que je ne pigerai pas. Peu importe on déchiffre rarement la signification des rêves surtout s’ils sont réels, soupapes de sécurité pour l’inconscient conscient. Laissons cela aux esprits de l’Esprit. Allons je l’ouvre mon paquet pour en gober 3 en les croquant, l’effet se propage rapidos. Car revenons en à la vérité : le fumeur invétéré fumera ses 4 paquets sans voir la queue d’un phacochère. Oui, il prend des risques, énormes, statistiquement mesurés, de plus il est prévenu en long en large et en travers. Mais pas d’effet Kiss Cool, toute raison gardée dans la mesure du danger qu’il s’offre à chaque bouffée.

Tu veux encore un véritable mensonge ? Sorrry so, j’ai que ça dans ma malle de lune. J’ai un trip. Dont je saurais durement me passer : la défonce plaisir. Kiss Cool me convient bien, il me laisse l’illusion du contrôle tout en me chambardant du réel, irréel cocooné. Rush de 4, j’irai au bout de la boite par nostalgie du temps où la défonce était folle, déglinguée.
Une vérité moins tronquée ? Je suis fait comme un rat dans sa cage, l’addiction m’a reprise comme je l’ai cherchée je l’ai trouvée. On obtient rien sans rien avec un peu de laisser-aller, moi je l’appelle volonté : je suis tordu.

4+3=7 ; sans compter la boite de 30 descendue cet aprèm et putain je contrôle. Rush de 7, effet dose. J’ai un trip : Être ailleurs ici. Après la défonce dure à l’alcool, Kiss cool me procure une sérénité d’apparat. Carabistouille. Les gueules de bois de Kiss Cool, ses descentes vers la cave à l’ampoule chavirée, son sevrage à rendre dingue, sont plus venimeux que ceux de la gniole une fois passée la limite à ne pas franchir. 14. Là je commence à m’en battre les boulettes, de ces réalités mixées d’irréalités. Complètement. Aller au bout de la boite telle est la mission que j’ai adoptée. Au moins j’ai un rejeton. Hédonisme égotiste ! Il a fait un baby toute seule !
Tu penseras fuite en avant. C’est une façon de voir, il en existe tant et tant. 34 depuis la fin d’après-midi, je ne chancelle pas, mes mots restent plats et je préserve l’étincelle. Yes, mes phrases n’ont plus d’âme, oublie mon compte bancaire. Restons zen. Ca me va bien, sur l’instant, zen.

Il en reste 10 à 4:31. Va falloir faire avec, je compte frapper jusqu’à six heures pour remonter mes voix de garage gelées en y pelletant du sable sans poids. Que tu lises ou pas, franchement, là maintenant je m’en fiche. Tant mieux si tu y trouves matière à ou à ne pas. C’est le baigneur de mes soupirs. Mais surtout si tu interviens pour me conseiller sur les jolies choses de la vie, je t’en prie, passe ton chemin : mon banquier à la Société Générale s’en sort comme un chef.

Je coulerais bien un bain pour répandre mon souffle dans la vapeur mais ça gâcherait ce méli mélo, couperait l’élan, les bouleaux de la forêt Laurentine, les queues aplaties des castors à qui je pense. Résurgences.
J’ai foi dans l’effet des 4 suivants pour commencer mon histoire. Elle sera courte comme toutes les histoires sans début qui se suffisent d’une fin. +4 donc. Je me relaxe deux minutes en étendant mon corps, tête en arrière, ça tourne. Enfin.

Voici donc, avant : +5. Permets que je fume une clope et que j’éteigne la lumière, le 100 watts m’assassine et pour ce que j’ai à raconter, les dicos peuvent danser le disco.

Bordel ça suffit pas, il m’en faut encore 3, il en restera 2. Au cas où.

J’ai encore patienté 10mn mais rien n’y a fait, je n’ai pas l’ombre d’une histoire à raconter, Kiss Cool ou pas. J’ai juste un chien qui aboie dans la tête. J’avale les 2 derniers.
Ou bien c’était encore une histoire d’urgence qui ne parvient jamais à évoquer l’essentiel, le profond. Assez !
J’appuie sur la gâchette.


LK


La nuit  
Quand les gens dorment

Comme le mécanisme
D'une horloge surveillée
Je resserre mes rêves
De machoires
Je les visse
Ces machines bien réelles

Nous ne comprenons pas
Les gens
Comment ils reposent leurs nuits
Nous qui les usons

Moi et mes rêves de fer.


Ludo - août 2006


(...)

Feu
 

Une ville de feu
où le vol de nuit se chamaillerait
la première place
aux poudres d'escampette
En haut des réverbères
pousseraient des oranges fluorescentes
Sous leur lumière d'agrume
deux amoureux arrêteraient la course folle
des enflammés urbains
           Arrêt sur image

 

LK, L'impasse aux visages - Editions Alba

 

Sur Bleu Indigo,
quelques textes et articles de Ludo Kaspar,
au fil du temps du site :


PASSAGE A TABAC

J AIME PAS LES TYPES...

KEROUAC

L OUEST DES HLM SANS AILES

MEMOIRE SAUVEE

TELEPHONIQUES

MES FLEURS DE CHIEN

FASTUEUR

FOIRE DU TRÔNE
 

 

"Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruits."

Jean 12, 20-33 In Rendez-vous, André Téchiné

LUDO KASPAR
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