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35 articles avec carnets, notes de voyages

KUALA LUMPUR EN PASHMINA

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Octobre 2012 - Kuala Lumpur, Malaisie, dans le prolongement de la Thaïlande, toujours plus au sud. Je pense déjà à Bornéo, à la jungle… 

Kuala Lumpur d’abord.



Le métro. Des femmes voilées sont habillées avec grâce, parfois dans des drapés fluides et légers comme de la soie. Elles ont des allures de princesses ou de femmes effacées suivant qu’elles sont accompagnées par le mari ou entre elles. Dans le quartier indien, une adolescente déambule sur le trottoir, armée d’un MP3. Elle écoute le monde, vêtue en danseuse. Devant le temple sikh, un homme sommeille sur le sol, sans chaussures, privé de chapeau, offert aux regards et biblique à sa façon Tu es poussière et y retournes. Les passants l’observent à la dérobée mais un Américain immense le mitraille de photos. L’homme au sol a les traits couleur café, le visage maigre et les mains abimées comme peut l’être la vie sur terre, contre l’asphalte et ses crachats séchés, lavés chaque jour vers le soir par la pluie tropicale. Plus loin un vieux dort sur un chariot avec une grosse peluche dans les bras. Je pense que le manque d’affection est universel. On traverse la rue en direction de Little India. L’odeur d’encens se fait plus envoutante, alors les souvenirs envahissent le présent, des couleurs sur les étals amplifient la sensation de vivre. Mais la musique de la rue comme une écharpe Pashmina, douce et caressante, prolonge le voyage au-delà du pays. Nous bouclons nos sacs en scrutant les tours Petronas. Dans China Town quand vous viendrez, entrez dans le Old China Cafe. Parfois ce qui est vieux nous attire. C’est notre mémoire universelle ou quelque chose comme ça.

Mireille Disdero

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DORMIR (VIET-NAM)

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Parce qu’il n’y aurait que ça à faire

Dormir

Dans la cabine-couchettes sans possibilité de banquette

Dormir

Alors que, dehors, les kilomètres défileraient

Dormir

Pour oublier que les minutes s’étireraient anormalement

Dormir

Avec la goutte de sueur que l’air ventilé n’empêcherait plus

Dormir

Car le livre serait lu et le suivant coincé au fond d’un sac

Dormir

Car le riz saucé du plateau-repas aurait asphyxié toute autre velléité

Dormir

Pour ne pas réveiller les trois autres couches

Dormir

Bercés par les tacatacs des bogies

Dormir

Sans pouvoir fermer les yeux

Dormir

En égrenant cette liste comme on compterait des moutons

Avec la ferme intention de pouvoir une bonne fois pour toute

Dormir

Et c’est alors que

Le train freinant sèchement et inutilement

À l’entrée d’une gare endormie

Au milieu de nulle part

Chacun dans le compartiment

S’éveillerait, étirerait les bras, papillonnerait des paupières, regarderait ses voisins, verrait qu’ils font

Tout pareillement

Semblant d’avoir dormi

On sourirait comme le nigaud pris

Devant l’évidence

D’une sieste scrupuleusement respectée

Mais jamais faite réellement

Ça ne gênerait personne

Encore moins la vendeuse de couloir

Et son chariot grinçant

S’approchant avec son café glacé

A l’extrait épais et noir

Au lait condensé et sucré

Tout le monde se précipiterait

Pour la voir touiller le tout

Ajouter des glaçons

Ficher une paille

Empocher les billets

Rendre la monnaie

On siroterait alors

Réinstallé dans le wagon

Ce mélange définitivement divin

Venant ponctuer un après-midi

Qu’on voudrait dédié à tout

Sauf à dormir

Cependant que Thanh, l’enfant

Bougerait, inconsciemment

Sur la couchette de sa maman

Occupé qu’il serait

A dormir pour de vrai

 

Hervé Grillot

 

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LET SHOP

Publié le par Mireille Disdero

 

 

Let Shop. Les images se succèdent si vite 
que la respiration s'accélère.
Le corps a chaud et la faim ne surgit pas des entrailles 
mais de la rue où les odeurs se répondent.
 
Buns, épices, géraniums, citronnelle, 
eau croupissante mais surtout eau qui lave, 
détergent parfumé au citron, odeur de savons 
poulet grillé enrobé de miel et de cannelle... 
poissons noirs sur des braises fumantes.
Let Shop. Des dizaines de boutiques, 
couloirs étroits tapissés d’hétéroclites, 
étals bringuebalants et colorés, dorés, 
femmes chargées, oubliées, fatiguées,
marchands de la rue qui appellent, 
se succèdent, passent, sont dissous 
puis disparaissent dans un mouvement perpétuel
de la vie si brève... sans début ni fin
l'inachevée nature humaine.
 
Rapide, insaisissable et odorante, la nuit Hanoï.
Mireille Disdero, juin 2012
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MAÏ CHAU VIET-NAM

Publié le par Mireille Disdero

 

Maï Chau, Viêt-Nam, juin 2012

Après la chaleur bruyante de Hanoï et ses rues dominées par les scooters, on quitte la ville avec un guide et un chauffeur. Notre réserve d’eau est insuffisante mais la clim nous donne l’illusion du contraire. Rouler, rouler des heures sur une route à deux voies parfois cabossées, parfois couvertes de terre et bordées de récoltes de maïs, de foins de riz, de légumes vendus à même le sol. Au bout d’un certain temps pourtant, les montagnes prennent corps. Le guide nous explique leur symbolique et celle de l’eau. Les pics sont le principe masculin tandis que l’eau, la rivière, symbolisent la féminité.

On pénètre maintenant dans une vallée tranquille, direction des villages construits sur pilotis, longeant les cultures de riz et, en espaliers, celles du thé. Les bananiers me rappellent qu’on traverse des zones tropicales. J’oublie que toute cette beauté a un prix. Le premier village est accueillant et à peine touristique. C’est un mélange de vie agricole qui suit son chemin sans infiltration de l’Occident et de frémissement d’ouverture sur l’étranger.

Un homme dort, abandonné au sommeil dans son hamac. Des arbres à pains offrent leurs fruits comme dans un jardin de la divinité. Un buffle à la robe sombre, derrière une cabane de bambous, patauge et renifle en attendant la liberté. Des coqs de combat cloîtrés dans leurs cages étroites se fixent, immobiles et hallucinés par… le calme apparent de l’existence entre deux batailles. Un bassin. De petits poissons dans une vasque. Une dame qui ébouillante les cocons de vers à soie. Des maisons de bois… On apprend qu’autrefois les paysans construisaient les habitations sur pilotis à cause des bêtes qui rodaient. On nous dit qu’avant, il y a longtemps, ces terres cultivées faisaient partie de la forêt. Il n’y a plus beaucoup de tigres… La peur change de camp. Cependant les moustiques, eux, règnent et ne disparaîtront pas.

Le village, entouré de rizières, ressemble à un port minuscule, où l’eau n’aurait pas de profondeur. Nous les traversons à pied, en direction du second, plus éloigné, et surtout, à la rencontre des buffles d’eau. Des enfants chassent les criquets qui attaquent le riz avec de grands filets à papillons virevoltant dans l’atmosphère gorgée de lumière et de chaleur mêlées. Cette image qui se répète ressemble à un mirage. Par endroit, des cendres fertilisent les cultures, par ailleurs, de petits rectangles se transforment en nurseries de riz qu’on transplantera plus tard, en temps voulu. Rien ne se perd, tout se transforme…

En approchant du second village, nous comprenons aussitôt que celui-ci n’a plus grand chose à voir avec les touristes ou un quelconque besoin de s’extérioriser. Ici le calme est présent au même titre que les êtres qui y évoluent. Les vaches le savent, qui s’éloignent en nous découvrant, mais pas les buffles d’eau qui nous observent en mastiquant, le museau pointé vers l’avant. Ils sont beaux et gras et ressemblent à leur terre. Le seul humain que nous croisons, après, est un homme en bleu de Chine assis en tailleur au bord du chemin. Il décortique des escargots couleurs miel et charbon, mettant dans ses gestes beaucoup de patience et de recueillement. C’est la première fois que je le croise, pourtant il m’est familier… La couleur, le geste, le silence, la lenteur de l’animal qui sera consommé. Tout est déjà inscrit, quelque part. Une cueillette d’escargots dans l’enfance, peut-être…

Mireille Disdero - Maï Chau, fin juin 2012

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HANOÏ, VIÊT-NAM

Publié le par Mireille Disdero

 

Dimanche 10 juin, aéroport de Hanoï (Viêt-Nam), le soir.

Après quelques jours à Hanoï, je rentre en Thaïlande. Le vol pour Bangkok a un peu de retard. J’ai acheté des chocolats mais ils ne sont pas pour moi. Un cadeau. J’attends en lisant le dernier Levison avec sa couverture jaune et, dans les lignes, un destin sombre comme je les aime. A côté, des bonzes au crâne lisse et mat portent les couleurs éblouissantes de Bouddha. Assis tranquillement, ils attendent leur avion comme tout le monde, en bavardant. Le contraste me saisit et me bouleverse quand je commence à observer celui qui est à côté de moi : Adidas aux pieds, chaussettes Nike, montre de plongée mais aussi… un regard moderne et scrutateur qui se préoccupe plus de ce qui se passe autour de lui que de méditation. Là tout à coup je me dis que j’ai beaucoup à apprendre du bouddhisme. Avec ma cervelle d’occidentale, pendant tout ce temps je n’y ai rien compris car ces bonzes nouvelle génération me surprennent plus que les deux filles qui s’épouillent dans la rue, assises sur de petits tabourets en plastique bleu. Ils me surprennent plus encore que les gens qui viennent de partout sur le trottoir pour regarder ensemble la télé, dans ce petit restaurant où on déjeune sous le ventilateur poussif et bruyant. Quand le petit écran est remplacé par la radio qui diffuse une musique d’Asie si douce qu’on la dirait créée pour Bouddha, j’en reviens à mes bonzes de l’aéroport. Y penser me fait du bien. Alors, je griffonne sur un petit carnet les quelques mots que vous lisez maintenant.

Mireille Disdero

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HO CHI MINH VIETNAM

Publié le par Mireille Disdero

 


 
L’absolue nécessité de regarder au fond de ces yeux bridés. L’envie d’hurler : Mon père ni personne de ma famille n’est venu vous tuer ici ! Peut-être susurrer : non plus personne pour s'opposer ni défier l’histoire.




Pas d’engagement hier, pas d’engagement aujourd’hui.
- Et quel engagement, aujourd’hui ?
Moi de hausser les épaules et lui, d’ici, de payer le crédit de son scooter.

Puis l’autre, de Paris, d’insister : mais puisqu’ils ont tous l’âge de n’avoir pas vécu alors. Tout est oublié aujourd’hui !
Pas oublié, le vieux croisé ce matin dans la rue, persiflant l’incompréhensible avec son regard noir.

Pas se retourner mais regarder les poules, au bord du boulevard, heureuses, à picorer le tas de sable d’un immeuble en construction. Il faut de tout pour faire un monde, des chantiers, du ciment, du sable et des poules avec leurs œufs à casser.
Tout oublier et revenir avec le désir de recommencer l’omelette.

Enfin, celui-ci, double nom, double nationalité. Si bon, si vrai : Revenu chez moi après la France, il m’a fallu dix ans pour régler mon problème et m’avouer que cette France-là, est pauvre… pauvre de ne plus pouvoir. Alors que mon pays pauvre est riche d’oser.
Il s’appelle Dupont et Nguyen à la fois ; dort ici, à Ho Chi Minh ou à Paris, Champs Elysées. Il est calme et souriant, comme un malade guéri. Il semble avoir tout compris.

Les autres, Parisiens comme le camembert est normand –du cœur jusqu’à l’emballage- s’étranglent aux dires d’une France pauvre.
Mais il faut bien l’admettre, si la théorie est osée, elle n’en reste pas moins séduisante.

Bons baisers du Vietnam !

 

Hervé G.

 

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BLEU D'IRAN

Publié le par Nicolas Bouvier

 

 

 

Bleu d’Iran, Nicolas Bouvier

Mais il y a ici des platanes comme on n’en voit qu’en songe, immenses, chacun capable d’abriter plusieurs petits cafés où l’on passerait bien sa vie. Et surtout il y a le bleu. Il faut venir jusqu’ici pour découvrir le bleu. Dans les Balkans déjà, l’œil s’y prépare ; en Grèce, il domine mais il fait l’important : un bleu agressif, remuant comme la mer, qui laisse encore percer l’affirmation, les projets, une sorte d’intransigeance. Tandis qu’ici ! Les portes des boutiques, les licous des chevaux, les bijoux de quatre sous : partout cet inimitable bleu persan qui allège le cœur, qui tient l’Iran à bout de bras, qui s’est éclairé et patiné avec le temps comme s’éclaire la palette d’un grand peintre. Les yeux de lapis des statues akkadiennes, le bleu royal des palais parthes, l’émail plus clair de la poterie seldjoukide, celui des mosquées séfévides, et maintenant, ce bleu qui chante et qui s’envole, à l’aise dans les ocres du sable, avec le doux vert poussiéreux des feuillages, avec la neige, avec la nuit…

L’usage du monde, Nicolas Bouvier (la Petite Bibliothèque Payot n°100)


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UN SOIR...

Publié le par Mireille Disdero

 

... Au bout du monde

Raymond Depardon et Jean-Claude Guillebaud    

 

Nous dormons, certains soirs, dans des auberges misérables et des bourgades sans lumière. La nuit tombe d’un coup dans les montagnes d’Abyssinie. Nos journées tournent court et nous faisons étape au hasard. Pajero Garée, mêlés à des inconnus, tâtonnant dans l’obscurité, nous marchons un moment sur la route que bordent des maisons en bois, comme on en voit dans les westerns. J’aime ces premiers pas dans ces lieux inconnus dont nous guettons l’atmosphère : tension sourde, insouciance, équilibre indéfinissable. Nous abordons chaque lieu comme on trempe, avec précaution, un orteil dans la mer.

La nuit, en tout cas, nous a rendus à l’anonymat ; grâce à elle nous cessons d’être une attraction pour chacun. Aucun enfant ne crie plus faranj, faranj ou you, you ou encore ster, ster sur notre passage. Les hommes ne nous suivent plus des yeux avec cet air de curiosité oblique, les femmes n’interrompent plus leurs bavardages en nous apercevant. Notre présence ne dérange plus rien ni ne bouscule le train des choses. Nous nous ébrouons enfin. Pour une heure ou deux, une rencontre plus physique, plus naturelle avec l’Ethiopie nous est autorisée. Comme si nous pouvions effleurer non plus l’espace mais le temps lui-même dans sa substance…

In La Porte des larmes, Raymond Depardon et Jean-Claude Guillebaud (Points Seuil 1996)



Vous pouvez trouver ce texte et d'autres encore dans "Comment je vois le monde" sur le site Un Endroit qui accueille la rubrique.

 

 

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THAILANDE

Publié le par Mireille Disdero

 

Thaïlande




Assise sur un chariot à bagages
Dans la gare ouverte aux quatre vents
Qui ne viennent pas
Une caisse en carton ficelée à côté
Elle gratte la noix de cajou
Qu’on vient de faire griller
Puis, du même couteau recourbé
Elle se taille l’ongle d’un pied

 

 

H. Grillot

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SAN JUAN...

Publié le par Mireille Disdero

 


Températures dans le monde...

San Juan
Argentine 37 °C

 

Kaolack
Senegal 36 °C

 

Bajkit
Russie-asie -48 °C

 

Tura
Russie-asie -51 °C

 

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